SOUVENIRS D’UNE MISSION
11 faudrait être peintre ou poète pour esquisser le tableau ou chanter le spectacle que présente Tiflis.
Hélas ! je ne suis ni l’un ni l’autre, mais, simple voyageur séduit pour la troisième fois par l’originalité de cette cité, Je désire vous y conduire et vous faire partager les impressions que j'y ai ressenties. Presque toutes les villes d'Orient sont pittoresques, soit par leur couleur locale, soit par la vie qui circule dans leurs murs.
Les monuments immuables d’une civilisation endormie depuis des siècles semblent emprunter à un soleil étincelant leur physionomie et leur éclat.
Surprise dans son sommeil oriental, Tiflis est une de ces reines antiques subitement entraînées à leur déclin vers les destinées du progrès et comme violées par un excès de modernisme. Son passé mal défini apparaît à travers un nuage magique, derrière lequel l'inconnu prend des formes d’histoire légendaire et le connu des accents de poésie charmeuse.
La naissance de Tiflis est elle-même une légende. Le roi de Géorgie, Wakhtang, chassait à l'endroit où se trouve maintenant cette cité; en poursuivant un cerf, il le blessa d’une flèche.
Le prince vit l'animal se précipiter soudainement à l’eau et en sortir sain et sauf. Le monarque, frappé de la vertu merveilleuse de cette eau naturellement chaude, se proposa d’édifier une ville à l'endroit où il avait été témoin d’un tel prodige. C’est pourquoi, en langue géorgienne, cette ville se nomme « Tbilissi »*, ce qui signifie eau chaude. Il est curieux de constater que les Russes aient adopté le nom de Tiflis, qui est la traduction persane du