La lettre F n'existe pas dans la langue géorgienne
TIFLIS #1 avec M. de Barante, le fils du ministre français auteur de l'Histoire des ducs de Bourgogne. Gomme Pouchkine, Lermontoif a chanté le Caucase et il a su admirablement dépeindre la ville de Tiflis dans la pièce de vers intitulée « Un rendez-vous » et dont je vais essayer de vous donner la traduction.
« Le dernier rayon du soleil s’est éteint derrière la sombre montagne. A peine peut-on distinguer la source chaude et bruyante. Les jardins sont embaumés d’un vif aromat. Tiflis est embrassé par le silence et la vallée est envahie de brouillards et de fumée. Les songes pénibles voltigent sur les hommes coupables et les anges tutélaires colloquent avec les enfants. Là-bas, derrière l'antique forteresse, sur la montagne sombre, je me trouve étendu sur un tapis, sous un frais platane. Je suis seul etje pense. N'est-ce pas un songe, La promesse d’un rendez-vous pour cette nuit morne, à cette heure douce pour l’amour. C'est toi que mes rêves appellent, toi mon unique amie ! À mes pieds, on voit seulement les lumières sur le pont, les noirs clochers qui se dressent comme des senti-
nelles et les femmes géorgiennes sortant des bains d’un pas chancelant, formant comme une blanche procession.
« On les voit se trainer le long de la rue déserte, effleurant à peine le sol de leurs pieds. Mais on ne peut pas te reconnaitre sous la longue tchadra. D'ici, je vois ta maisonnette avec son toit en terrasse, son entrée aux marches branlantes, baignées par la rivière, située dans la fraîcheur qui vient de la Koura bleue, la maisonnette est couverte d’un réseau de lierre. Je vois aussi, derrière un peuplier élancé, la sombre fenêtre, mais elle n’est pas éclairée. — J'attends. — En vain mon regard incertain erre partout. Impatient, j'ai lacéré le tapis de la lame de mon poignard. J'attends en vain, mon angoisse redouble. Je suis triste, accablé. — Mais voilà qu’une humidité froide vient de l'Orient. Les cimes crénelées des montagnes rougissent dans le brouillard et déjà les marchands quittent la ville avec leurs caravanes. Va-t-en, larme honteuse ! Que mon cœur brûle; maintenant je comprends, à serpent! ta noire trahison. Je devine à présent par qui, hier, était consolé un jeune Tatare, quand il galopait comme un fou sur le pavé sonore. Ce n’est pas sans motif qu’il se pavanait devant ta fenêtre et que ton père admirait son coursier persan. Je prendrai mon long fusil, je sorlirai de ma demeure. Là-bas, sous les rochers déserts, il y
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a un étroit sentier qui les contourne... J'attends jusqu’à midi, caché derrière une chapelle funéraire et, avec mon arme, Je vise le chemin poussiéreux. — C’est en vain que mon cœur bat. Je me dissimule entre les rochers. Attention! Déjà on entend tout près le pas d’un cheval. Ah ! c’est toi, scélérat!! »
Lermontoif vous a fait assister à un coucher de soleil, à une nuit, à une aurore, à un amour, à une vengeance. — Pouchkine vous à conduit aux bains persans. — Polonsky vous a chanté la Géorgie.
Mon rôle de cicérone a été plus modeste. Evocateur des temps anciens, J'ai cherché à soulever le voile sous lequel se cachent les mystères de la vieille cité; j'ai essayé de faire parler les monuments et de faire mouvoir sous vos yeux ces êtres qui animent le historique, une esquisse de paysage oriental et aussi de tableau de genre.
paysage. J'ai essayé de tracer à la fois une esquisse légendaire,
Si ce que Je viens de vous dire a pu vous intéresser, je terminerai à la manière des conteurs géorgiens.
€ Du ciel tombèrent trois pommes, l’une pour celui qui a raconté; une autre pour ceux qui ont fait raconter; enfin une troisième pour ceux auxquels on a raconté. »
J'estime qu'aujourd'hui le ciel ne laissera tomber que deux pommes; l’une pour remercier le Photo-Club et son aimable président qui m'ont si gracieusement donné la parole et l’hospitalité ; l'autre pour le trop indulgent auditoire qui a daigné me prêter une si bienveillante attention.
1. Œuvres de Lermontoff, édition de Moscou, 1889, rédigée par le professeur Viskovatoff, en six volumes, t. 1°, p. 338.
TT LÉ V7, A ES, l V'ReL A { mn dE, Fa | / | # d \ , \N ’ “ RE AEAES NS RS 5803. — L.-Imprimeries réunies, B, rue Saïnt-Benoît, 7. — MOoTTEROZ, directeur,
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