U TERRES
turques, et estiment beaucoup les anciennes lames occidentales. La chanson géorgienne que voici semble une plainte de cette arme pendue et marchandée.
€ Mon sabre! moi, qui suis ton maitre, je te vends et déjà il se trouve un acheteur. —0 mon maître! pourquoi me vends-tu ? Quel défaut as-tu trouvé en moi? N'est-ce pàs moi qui ai tué celui qui voulait ta mort. »
Je vous disais que les lames occidentales sont très estimées et très recherchées. On en trouve parfois de l’époque des croisades ; toutes sont nommées frankes, en géorgien « Prangouli* ». Chose remarquable, un chant populaire géorgien célèbre une de ces armes : cette mélopée:est courte et d’un style élevé.
« La flamberge martelée en France dit :
< En pays frank, un frank m'a forgée.
« Et celui qui m’a forgée a gravé sur ma lame trois souhaits : « Tombe entre les mains d’un brave qui baptise ton acier en le rougissant d’un sang ennemi généreusement versé pendant la bataille.
« Qu’en sortant du fourreau, tu résonnes comme un chant de victoire.
« Qu’en te remettant dans ta gaine, ton maître te bénisse d’un signe de croix! »
Comment les armes ne seraient-elles pas pour les Géorgiens quelque chose d’animé et d’aimé, leur vie n'ayant été qu’une longue défense. Ils emploient encore maintenant le mot « Gamardjoba » avec lequel on se salue le matin et qui signifie : « Sois victorieux ! »
Notre tournée à travers Tiflis est terminée. Je chargerai l’illustre poète Lermontoff de vous en donner une vue d’ensemble. Deux fois 11 visita le Caucase : la première fois en 1837, lorsque les célèbres vers sur la mort de Pouchkine lui valurent une disgrâce. En 1840, il y fut envoyé une seconde fois, à la suite de son duel