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fenêtres invraisemblables, de vases coloriés et d’un étalage de tapis bariolés et multicolores.
C’est l'Orient dans sa malpropreté et dans sa beauté. Comme contraste, cette procession d'Arméniennes richement vêtues à la dernière mode, non pas celle de là-bas, mais bien celle de Paris. En contemplant ce spectacle, je me demandais si ces belles toilettes représentaient une victoire de l'Occident ou une décadence de l’Orient !
Les cloches sont silencieuses, les chants profanes meurent dans le lointain, les chants liturgiques franchissent la porte de l’église Pétkhaïn (Bethléem) qui s’éclaire de la lueur des cierges. Un brazéro persan fournit au sacristain les tisons pour l'encensoir. Un dernier effort du soleil couchant dore le sanctuaire autrefois séorgien ‘, aujourd’hui arménien. Le clocher a conservé un caractère ancien, sa porte en.ogive persane s'ouvre sur une large plateforme d’où l’on domine toute la ville. Qu'elle est belle à la tombée de la nuit! Une nuée de pigeons dirige son vol et conduit nos regards vers une coupole de briques émergeant d’un fouillis de vieilles maisons. Ce dôme couronne un monument quadrangulaire considéré par Yosséliani comme un atèchga, c’est-à-dire un temple des adorateurs du feu.
Mais tournons le dos à cette ruine musulmane où les pigeons se couchent: à cette église arménienne où les fidèles se prosternent, et contemplons le panorama de la ville éclairée par la lune qui argente les eaux de la Koura.
Pourquoi, me direz-vous, représente-t-on la lune avec un visage :mberbe? Un vieux conte arménien vous l’apprendra. € Une fois, une jeune bru nouvellement mariée, pétrissait une pâte. Mais ce travail déplut à la belle-mère, une méchante vieille qui, trouvant la pâte mauvaise, en prit une poignée et la jeta au visage de sa bru. Celle-ci, penchée, se releva subitement, et comme à cette époque le ciel était si bas que les humains pouvaient y atteindre avec leur visage, la bru le heurta, et la boule de pâte, empreinte des traits de la victime d’une marâtre, y resta collée. Dieu trouvant incommode d’avoir le ciel si bas et voulant donner raison à la malheureuse belle fille, éleva le ciel à la hauteur qu'il occupe