CHAPITRE XVIII
Cannée de la Ligue. L*armée impériale. Rumeurs sur Wallenstein. Franchise de Tilly. Menées de Wallenstein. Portrait de Gustave-Adolphe. Ses préparatifs de guerre. Débarquement des Suédois. Prise de Wolgast et de Gamin. Torquato Gonti et le duc de Savelli. Prise de Stettin. Le duc de Poméranie est obligé de traiter avec le roi de Suède. Prise de Damm et de Stargard. Expédition du roi de Suède en Mecklembourg. Siège de Golberg. Gonti est remplacé par le comte Annibal de Schaumbourg. Misères de Tarmée impériale. Prise de Greifenhagen. Retraite désastreuse de Schaumbourg. Détresse des impériaux. Tilly entre en campagne. Plans du roi de Suède. Seconde expédition du roi dans le Mecklembourg. Il prend Prenziau et Neu-Brandebourg. Bravade et lâcheté du commandant de Loitz. Prise de Demmin. Opérations de Tilly. Prise et sac de Neu-Brandebourg. Gustave- Adolphe s'empare de Golberg. Gamp de Schwedt. Retraite de Tilly. Sac de Francfort-sur-rOder, par les Suédois. Assemblée de Leipzig.
II est difficile de concevoir une position plus compliquée, plus fâcheuse et plus entravée d'obstacles, que celle de Tilly, dans sa nouvelle charge de généralissime des armées impériale et catholique. Il avait à obéir à deux souverains, dont la politique différait sur bien des points, dont les vues militaires s'accordaient rarement. Déjà défiant de lui-même et de sa fortune, à quel point ne devaient pas monter ses anxiétés, à la réception des ordres contradictoires qui se
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croisèrent fréquemment dans ses mains? De là, dans plus d'tine circonstance, les hésitations et Tincertitude de mouvements dont sut profiter son jeune adversaire et qu'on lui reprocherait à tort. Ainsi enchaîné par ces deux moteurs agissant trop souvent en sens contraire, il trouvait de nouveaux embarras dans les instrumenta qu'il était chargé de manier. Les deux armées étaient hostiles Tune à l'autre divisées de longue date par des rivalités et des jalousies déplorables, qu'avait suscitées et entretenues à dessein l'ambitieux Wallenstein. La distinction maintenue entre elles par les calculs étroits des princes de la Ligue était peu faite pour étouffer ces divisions. Toutes deux étaient dans le plus déplorable état. L'armée de la Ligue mal payée, par la négligence plus ou moins volontaire des princes à solder leurs contributions de guerre, manquait d'artillerie, d'armes et de chevaux:. Sa discipline, qui longtemps avait fait sa réputation, s'était fortement relâchée, conséquence infaillible de l'absence de solde et d'alimentation régulière. Presque entièrement renouvelée, par suite de seslongues guerres et surtout de ses souffrances pendant les quartiers d'hiver, elle ne comptait plus qu'un petit nombre de vétérans, noyés au milieu d'une quantité de recrues, sans expérience de la guerre et de ia subordination. La plupart des chefs qui l'avaient si souvent conduite à la victoire avaient disparu, enlevés par la mort, détachés par Wallenstein, mis hors de service par leurs blessures, dispersés au loin par les besoins de la guerre. Parmi ceux qui restaient, l'ambition avait ruiné l'union, étouffé l'esprit d'obéissance. Le plus illustre, Pappenbeim, n'avait pu pardonner à Tilly la chute des espérances qu'avait fait naître en lui Wallenstein. Jaloux du héros catholique, il supportait son commandement avec impatience, taxait sa sage circonspection de faiblesse de vieillard, et regrettait la destitution du duc de Friediandt.
Mais, telle qu'elle était, cette armée était encore mora-
lement bien supérieure à ce qui restait de Tarmée impériale. Ramassis de toute nation et de toute langue, disloquée par le licenciement des troupes cantonnées dans le centt^ et au midi de l'Allemagne, elle ne comprenait plus que les corps commandés par Torquato Conti et le duc de Savelli^ dans la Poméranie et le Mecklembourg. Ces corps isolés, et sans réserves, fractionnés par la nécessité d'occuper une foule de places, séparés par plus de deux cents lieues des troupes de la Ligue, étaient complètement abandonnés à euxmêmes, en proie à une véritable décomposition. L'habitude de vivre aux dépens des pays conquis, de recevoir pour toute solde les larges mais rares gratifications de leur général, de n avoir de frein que celui de la hart, d'amis que leurs officiers, de religion que les plus bestiales pas* sions, avait réduit les soldats impériaux à la plus misérable condition. Tant que Wallenstein se trouvait au milieu deux, sa présence imposait quelque retenue, maintenait une apparence d ordre : mais il les avait quittés depuis près d'un an, et dès lors, le désordre avait été croissant. Officiers et soldats ne s'étaient occupés qu'à satisfaire leur cupidité, extorquer l'argent des bourgeois et des paysans, torturer les récalcitrants, assouvir leur brutalité jusque sur l'enfance. Dans les lâches excès d'une cruauté stupide, ils incendiaient des villages entiers, détruisaient les moissons, brisaient les charrues, tuaient les chevaux pour en vendre la peau. Ils se rendirent si odieux aux habitants, que leur seule approche précipitait des populations entières au fond des forets. Ces dévastations insensées amenèrent rapidement une disette cruelle. La famine devint telle, dans l'armée impériale, que les soldats allaient mendier par bandes autour des habitations encore debout et que ceux que retenait un reste de pudeur, restaient souvent plusieurs jours sans manger de pain. Des milliers d'hommes moururent de faim, la désertion acheva d'éclaircir les rangs. Ce qui restait , amolli par le débordement de tous les vices.
n'était plas redoutable qu'aux paysans des campagnes ou aux habitants des villes, dont on leur confiait la défense. Khevenhiller, parlant de la situation des Impériaux, au moment du débarquement de Gustave, dit : « Ils étaient sans chef, sans plan, sans instructions; les colonels étaient les premiers à donner à leurs subalternes l'exemple contagieux du découragement et de la fuite, car, bien qu'ils fussent chargés de la défense du pays, ils ne rougissaient pas d'abandonner les places qu'ils commandaient, au premier avis d'une attaque de lennemi et d'en remettre le soin à des officiers inférieurs. »Que pouvait, avec des troupes aussi démoralisées, le rigide Tilly? Eût-il eu le temps de les réorganiser et de les refondre dans d'autres cadres, il ne l'aurait pu. Wallenstein, en quittant le commandement, avait emmené avec lui la plupart de ses meilleurs colonels, et les entretenait splendidement, pour les empêcher de reprendre du service. D'autres, tels qu'Arnim, Georges de Lunebourg, Hébron, couraient déjà s'offrir au roi de Suède. Ceux que retenait le loyal sentiment de la fidélité à l'Empereur, se trouvaient blessés de servir sous les ordres du général de la Ligue, et ne lui prêtaient qu'une obéissance restreinte et malveillante. Passant d'un chef orgueilleux, mais prodigue, plein de morgue, mais accessible à la séduction de l'argent, facile sur les mœurs et les exactions de ses subordonnés, magnifique, fastueux dans ses manières, mais souffrant au-dessous de lui le même faste, et faisant rejaillir sur les siens l'éclat de son luxe royal, à un général simple, modeste, économe, ferme et inflexible, sans passions et sans faiblesses, dès lors sans prise pour la flatterie et l'intrigue, plus désireux de faire bien que de parler haut, célèbre par la sévérité de sa discipline, ils ne pouvaient taire leurs regrets, et servaient sans zèle comme sans dévouement.
La cavalerie était pauvre en chevaux, l'artillerie, plus qu'insuffisante, la campagne dévastée, le ravitaillement
des places rencontrait les plus grands obstacles, à cause de Thostilité des paysans, les informations étaient presque impossibles, et ce ne fut pas une des moindres causes des échecs subis parles impériaux, toujours mal instruits, faussement renseignés, tandis que le roi de Suède trouvait, dans l'affection du peuple, les sources les plus sûres de renseignements, et connaissait jusque dans les moindres détails les mouvements de ses ennemis.
Tels étaient les éléments avec lesquels Tilly allait avoir à combattre le plus formidable ennemi de l'Empire, tandis que derrière lui s'agitaient de perfides intrigues. La plupart des historiens , le grave Khevenhiller en tète , ont positivement accusé Wallenstein d'avoir entretenu des relations secrètes avec Gustave-^Adolphe , afin de satisfaire sa soif de vengeance contre l'Empereur et l'Electeur de Bavière. Sans entrer ici dans une dissertation qui nous écarterait trop de notre sujet, il suffit d'établir que le caractère bien connu du duc ne pouvait qu'autoriser celte opinion, et qu'après sa destitution, Gustave- Adolphe lui fit porter ses compliments de condoléance et ses offres de service, par le vieux comte Mathias de Thurn. Soit que la notoriété universelle de ses passions vindicatives et cette étrange démarche du roi de Suède aient servi simplement de base à des soupçons assez plausibles, soit qu'ils aient pris naissance dans la découverte d'actes réellement coupables, il est certain que la rumeur publique les accueillit et les commenta. Les journalistes français, en reproduisant les bruits de l'époque, leur donnèrent du corps, et en firent le thème de leurs articles. Quelques-unes de ces gazettes furent envoyées à Tilly, par ses agents , accompagnées de notes inquiétantes. L'ame droite du général catholique se révolta à la pensée de ne voir qu'un traître dans l'homme qui, grâce à la faveur impériale, était monté des degrés inférieurs de la noblesse jusque sur les marches du trône. Avec cette fière loyauté des consciences sans tache , qui
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dédaigne les chemins couverts et s'honore elle-même en honorant la sincérité de ses rivaux, il envoya copie des rapports de ses agents à Wallenstein avec la lettre suivante :
« Votre Grandeur, verra, par les annexes ci-jointes, ce qui m'a été communiqué sur elle, il y a peu de jours. Certes, je ne doute pas un seul instant que le contenu ne soit un tissu de faussetés inventées par les ennemis de Votre Grandeur, et je m'empresse de vous déclarer que je n y ajoute pas Tombre de foi. Je ne puis admettre, en effet, que Votre Grandeur ait jamais pu se laisser entraîner par qui que ce spit, ou par quelque ressentiment que ce puisse être, à des projets aussi funestes et aussi détestables contre le Saint-Empire romain eticontre l'Empereur, votre auguste souverain, dont Votre Grandeur a reçu tant de bienfaits. Cependant comme ces allégations sont de la plus haute gravité et qu'elles touchent de près à la réputation et à l'honneur de Votre Grandeur , je n'ai pu laisser, par l'affection sincère que je lui porte, d'en faire part à Votre Grandeur, afin qu'elle en soit instruite et qu'elle puisse prévenir l'effet que de semblables rapports pourraient produire sur l'Empereur ou sur les Electeurs ou princes de l'Empire, et ôter tout motif raisonnable aux diverses pensées que de telles rumeurs feraient nécessairement naitre, persuadé que Votre Grandeur accueillera ma démarche avec bienveillance et<;omme dictée par une affection aussi loyale que sincère^ . »
Wallenstein se montra plus piqué que reconnaissant de cette communication, et se plaignit à ses amis de la précipitation de Tilly à croire de « pareilles balivernes. » Mais le ton léger de ses lettres n'est pas sans trahir quelque embarras, et son affirmation réitérée, qu'il ne se croit
* Foerster. Wallenstein II. p. U9. La lettre est datée de Âlt-Brandenbourg. Ie24 février 4634.
nnllement offensé par TEmperear, qu'il ne peut donc pas en avoir de ressentiment, ne s'accorde ni avec ses efforts pour retirer du service ses meilleurs ofSciers, ni avec sa conduite ultérieure.
Du reste, hostile à Tilly, entretenant chez les officiers impériaux des sentiments peu favorables à leur chef et de dangereuses tendances à l'insubordination, il montrait assez ce que pesait son patriotisme.
La position de Gustave , avec ses forces en apparence inférieures par le nombre, était infiniment plus avantageuse que celle des catholiques. À peine âgé de 36 ans, dans la force de l'âge et la plénitude de ses forces, Gustave-Adolphe joignait, à une rare intelligence delà guerre, une instruction profonde et une grande expérience militaire. Depuis 18 ans, il avait successivement guerroyé contre les Russes, les Polonais et les Danois. Dès l'enfance, il avait été bercé par l'histoire des grands conquérants de l'antiquité; il rêvait leur renommée, il ambitionnait leur gloire. Pour lui, la Suède était un trop petit théâtre, il aspirait à ébranler l'Europe du bruit de son nom , à se frayer, dans l'histoire des nations ,jane large et ineffaçable trace. À cet orgueil immense, source de tant de malheurs pour les peuples, correspondaient les talents les plus éminents. L'homme d'Etat chez lui égalait l'homme de guerre. Sa pénétration politique ne le cédait en rien à son coupd'œil sur les champs de bataille. Diplomate aussi fin que clairvoyant, il battit les plus habiles agents de Richelieu. Inflexible dans ses idées, vif et ardent par nature, il savait attendre et user de patience. Impérieux et raide de caractère, il avait au plus haut point l'art de séduire par la grâce de ses manières et l'affabilité de son abord, un tact parfait pour reconnaître le côté faible des hommes et le joint des choses.
Sévère dans ses mœurs et naturellement pieux, il metrtait aux manifestations^ de sa piété une affectation propre à
les faire ressortir et à en imposer au vulgaire. Son ambition, pivot de tous les mouvements de son ame, légitimait à ses yeux, tous les moyens. Peu lui importait de tenir, s'il pouvait séduire en promettant; de feindre, s'il pouvait frapper les crédules. Nul ne sut mieux que lui dissimuler les vastes conceptions de son orgueil égoïste, sous les apparences du zèle religieux. Intolérant chez lui jusqu'à la cruauté, il ne craignit pas de se proclamer, sur le continent, le héros de la tolérance; despote dans ses Etats, le défenseur des libertés de l'Allemagne, de cette même Allemagne qu'il voulait asservir. Doux et clément, quand les besoins de sa cause l'exigeaient, il se montra impitoyable dans d'autres occasions et calculait sa mansuétude comme sa colère , son indulgence comme sa rigueur. 11 avait les faiblesses de son défaut dominant; fier de la prospérité de ses armes, il parlait en termes méprisants de ses adversaires, traitant Wallenstein de bravache y Tilly de vietix caporal. Absolu dans ses armées comme dans ses Etats, il aimait à faire sentir à ses généraux le poids de leur dépendance, à maintenir sa supériorité sur ses alliés, et supportait difficilement la con^adiction.
Il avait été formé, de bonne heure, à la fatigue, et son corps supportait impunément le froid et le chaud, la faim et la soif. Il ne se traitait pas mieux que le dernier de ses soldats , et les encourageait par l'exemple. Mûrissant de longue main les conceptions de son ambition sur l'Allemagne, il s'était préparé à les appliquer. Dès 1629, il avait attiré à lui les meilleurs officiers licenciés des armées impériales, et consacré tous ses soins à l'organisation de sa propre armée. Mettant à profit les leçons de l'expérience, il introduisit de nombreuses améliorations, dans le système militaire, perfectionna le maniement du mousquet et allégea l'équipement du soldat, simplifia les manœuvres, s'appliqua à les rendre surtout plus faciles et plus rapides, et imagina une disposition fort ingénieuse pour
faire soutenir la cavalerie par les mousquetaires. II porta aussi son attention sur Tarlillerie. Aux grosses pièces de fonte et de fer, usitées à celte époque, il ajouta une nouveile sorte d'artillerie de campagne, fort légère, dont l'invention est due au baron Melchior de Wurmbrand, Tun de ces officiers impériaux ralliés à la fortune du roi de Suède. Elle se composait de canons du calibre de quatre, dits pièces de régiment, consistant en un cylindre de cuivre battu, trèsmince. La chambre de même métal était renforcée de quatre bandes de fer, des cordes entortillaient la pièce dans toute sa longueur, et un cuir bouilli et coloré enveloppait le tout. Les pièces s'échauffaient difficilement de manière qu'elles tiraient huit coups, avant qu'un mousquetaire en pût tirer dix, et sans qu'on fût obligé de les rafraîchir ; elles étaient montées sur des affûts si légers que deux hommes suffisaient pour traîner et manœuvrer un canon. L'infanterie les menait presque toujours avec elle, les enfermait dans ses carrés, et au signal donné, s'ouvrant subitement, les démasquait et inondait de mitraille l'ennemi déjà effrayé à la vue de ces batteries volantes, jusque-là inconnues.
L'infanterie était composée en grande partie d'Allemands, la cavalerie exclusivement de Suédois. Peu nombreux, mais formés d'hommes choisis, bien exercés, parfaitement aguerris au feu, plies à une obéissance exacte et à une discipline sévère, les régiments royaux formaient un excellent et sûr noyau, autour duquel vinrent bientôt se rallier les soldats si inopportunément licenciés par l'Empereur, en 1630.
Soutenu des subsides de la France, de l'Angleterre, de la Hollande et des Vénitiens, comptant sur le concours des princes protestants de l'Allemagne avec lesquels il entretenait des relations secrètes , appuyé sur de fortes réserves, sur une flotte nombreuse qui entretenait ses communications avec la Suède, riche de magasins et de subsistances, Gustave-Adolphe entra en campagne sous les auspices les plus favorables.
Il s'embarqua au commencement du mois de mai avec 15,000 hommes suivi d'une flotté de 200 bâtiments de diverses grandeurs. Son intention était d'attaquer l'ile de Rugen , près de Straisund , mais ayant appris en route qu'elle était déjà aux mains du colonel Leslee , commandant de la garnison suédoise de Straisund, il se dirigea sur l'ile d'Usedom, située à l'embouchure de l'Oder et presque attenante à la partie occidentale de la Foméranie et y débarqua le 4 juillet, au moment où s'ouvrait la diète de Ratisbonne. Il s'attendait à quelque résistance et n'en trouva aucune.
Les impériaux s'étaient retirés précipitamment sur Wolgast, d'où il leur était facile de surveiller les mouvements du Suédois et de rendre sa conquête inutile. Gustave les suivit sur le continent, attaqua Wolgast et s'en rendit maître au bout de six jours. La plus grande partie de la garnison passa à son service, triste symptôme du peu d'attachement au drapeau , qui régnait parmi ces soldats démoralisés. L'ile de WoUin et la ville de Gamin, situées de l'autre côté de l'embouchure de l'Oder, lui furent abandonnées presque sans combat. Réduits par le manque de subsistances à s'éloigner des côtes, les impériaux, victimes de leur cruelle imprévoyance, se concentrèrent dans les deux camps d'Ânklam et de Garz. Leurs forces, montant à 15,000 hommes environ, étaient sous les ordres de Torquato Gonti, duc de Guadagnolo , brave soldat, générai habile, mais pillard ins^iable. Sous un chef énergique, ces forces eurent été suflîsantes pour arrêter les succès de Gustave ou les lui faire, du moins, acheter chèrement ; mais les généraux semblaient préférer à la gloire des combats le lucre des pillages. Sous prétexte de couper les vivres aux Suédois, ils achevèrent de ravager le pays et se privèrent eux-mêmes de leurs dernières ressources. Près d'eux, dans le Mecklembourg , le duc de Savilli disposait d'environ 30,000 hommes. Le devoir lui commandait d'appuyer
Conti\ et de se joindre à lui pour rejeter les Suédois dans la mer. Malheureusement, à la cupidité féroce du routier, il joignait une profonde incapacité militaire, et il négligea de secourir son collègue pour se livrer à d'indignes brigandages.
Gustave, maitre de postes importants, qui, avec la ville de Stralsund, assuraient ses communications avec la Suède, porta ses regards sur la ville de Stettin. Cette place, qui commandait l'Oder, lui offrait un point d'appui favorable pour s'avancer dans l'intérieur du pays. Elle n'avait qu'une faible garnison, au service du duc de Bogislas de Poméranie, et les Impériaux avaient négligé de s'en assurer. S'apercevant trop tard de sa faute, Conti voulut la réparer, nuiisdéjà Gustave l'avait prévenu et était entré dans Stettin. Ce succès eut des conséquences importantes pour le roi. Le duc Bogislas se vit contraint de signer un traité qui le livrait pieds et poings liés à la Suède. Il était déjà âgé et sans enfants; après lui, ses domaines devaient échoir, par suite d'arrangements déjà anciens, à la maison de Brandebourg. Gustave fit insérer , dans le traité, une clause artifîcieusément calculée, pour hii assurer l'héritage de Bogislas^ au détriment des droits de Brandebourg, montrant ainsi, dès l'abord, combien il était peu sincère dans ses fastueuses assertions d'être le libérateur désintéressé de l'Allemagne. Cette précaution prise pour Tavenir, il imposa de fortes contributions au duché, l'obligea de mettre sur pied quelques régiments^, et incoiipora, dans son armée, les troupes de Bogislas.
Peu après, la trahison lui ouvrit les portes de Damm et de Stargard. La prise de cette dernière place, l'un des magasins impériaux^ fut d'autant plus sensible à Conti que ses communications avec la Poméranie orientale et surtout avec Colberg, se trouvaient coupées. Il rappela, à la hâte, les garnisons d'Anklam, d'Uckermunde et d'autres villes. Ces détachements, en se retirant sur Gartz , commirent de
si horribles cruautés que le sentiment populaire, déjà fortement surexcité par leurs vexations, se déchaîna avec la plus grande violence contre eux. Partout les portes s'ouvrirent aux Suédois comme à des libérateurs. Partout on courait à eux pour les guider, pour leur porter le peu de vivres échappés à la fureur extravagante des anciennes bandes de Wallenstein , et les Impériaux, traqués de toutes parts, n osaient se hasarder qu'avec force dans les campagnes.
Sur ces entrefaites, le maréchal Horn amena un renfort de 8,000 hommes, au roi, dont l'armée s'accroissait en outre, chaque jour, aux dépens des Impériaux. Gustave remettant à Horn le soin de poursuivre les opérations de guerre en Pomcranie, s'embarqua, dans le courant de septembre, avec 6,000 hommes, pour Stralsund, dans l'intention de faire une tentative sur le Mecklembourg. Son but était de se rapprocher de Magdebourg, où l'ancien administrateur ChristiaTi-GuilIaume, reçu avec enthousiasme par les bourgeois, fomentait l'insurrection de tout l'évèché, de stimuler le Landgrave de Hesse-Cassel, qui n'attendait qu'une occasion pour jeter le masque et se déclarer ouvertement contre l'Empereur, de donner la main au duc François-Charles de Saxe-Lauenbourg, qui venait de commencer les hostilités sur les bords de l'Elbe, à l'aide de quelques levées formées de soldats licenciés, et enfin de s'assurer des villes de Lubeck et de Hambourg, dont il espérait tirer de larges contributions. Ses premiers pas furent heureux, il enleva quelques postes dont les défenseurs passèrent sous ses drapeaux. Â Ribnitz, il fit égorger la garnison, pour la punir d'un commencement de résistance et répandre la terreur parmi les Impériaux, oubliant qu'il autorisait ainsi leurs représailles. Mais il ne put pousser plus loin. Avant qu'il eut rejoint le duc de Lauenbourg, celui-ci avait été battu et pris par Pappenheim, qui barrait aux Suédois la route de Magdebourg. Le plat pays, maintenu par les Impériaux, n'osa répondre a ses ardents mani-
Testes. Rostock, qu'il espmil enlever comme Stetlin, se Irouva mis à labri d'un coap de main. Un combat heureux contre les troupes de Saveiii ne lui donna que d'inutiles lauriers. La saison s'avançait et les opérations importante^ qui- avaient lieu en Poméranie appelaient son attention, il renonça donc momentanément à son entreprise sur le Mecklembourg, et retourna à Stettin.
Pendant son absence, le colonel Sperreuter avait attaqué Colberg, port de mer de la Baltique, la seule grande forterfôse que les- impériaux possédassent encore sur les côtes de la Poméranie, et dont l'importance naturelle s'accrois-* sait par ce fait, qu'elle enfermait dans ses murs tout l'immense butin, ramassé dans le duché, par les officiers de Wallenstein. François de Mœrs, l'un des rares commandants qui surent remplir leur devoir, la défendait avec i, 500 hommes.
Sperreuter, trop faible pour l'emporter de force, en ferma les avenues. De son côté, Gonli avait fait fortifier Greinfenhagen, sur la rive droite de l'Oder, et de là lançait des détachements soit pour dégager Colberg, soit pour tenter un conp de main sur Stettin. Il échoua sur tous les points^ etses troupes, rudement ramenées parHornetKnyphausen^ regagnèrent en désordre le camp de Gartz, où régnaient^ avec la faim et sa compagne l'épidémie, le découragement et l'indiscipline. CoUti désespérant de la fortune, et atteint d'ailleurs, d'une maladie grave, demanda son remplacement, et eut pour successeur le comte Ânnibal de Schaumbourg. Quelque préparé que fût le nouveau général au spectacle misérable qui l'attendait, il trouva la réalité bien au delà de ses craintes; Les débris que lui laissait Conti ne méritaient plus le. nom d'armée. « Les corps de guerre, dit Khevephiller, n'ayant plus ni solde ni vivres, refusaient toute obéissance, se masquaient par bandes de plusieurs centaines d'hommes avec leurs officiers, pour courir les grands chemins, détrousser et massacrer les paysans, piller
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les fermes et inceDctier les villages. » Schaumbourg, rude soldat de Técole de Tilly, révolté des affreuses scènes qu'il avait journellement sous les yeux ^ et désolé d'en encourir la responsabilité, sans pouvoir y porter remède, éclata en plaintes et manda à Vienne a que si on ne lui donnait pas à la main les moyens de changer un tel état de choses, il donnerait sa démission et quitterait l'armée, car il n'était pas possible à un loyal militaire d'assister silencieusement à de si horribles barbaries, moins encore d'y concourir. » Sa position était, en effet, désastreuse. Il crut du moins pouvoir espérer que l'hiver lui donnerait le temps de prendre les mesures exigées par l'état déplorable de ses troupes, car, dans les habitudes militaires de l'époque, l'hiver amenait toujours un armistice tacite entre les parties belligérantes. La rigueur inusitée de la saison lui rendait .ce temps d'arrêt plus désirable encore. Pour s'en assurer, il se ménagea Une entrevue avec les généraux suédois, les traita splendidement, puis, abordant la question, leur dit, « que malgré qu'il ne craignît personne, qu'il fût bien pourvu de troupes et de vivres, il désirait, à cause de l'àpreté exceptionnelle du présent hiver, mettre ses troupes en cantonnements, et qu'il espérait que les Suédois ne feraient rien pour s'y opposer, étant hors de doute que sous peu de mois une bonne et honorable paix se ferait entre l'Empereur et le roi. » Les Suédois répondirent brièvement « que leurs gens guerroyaient aussi bien en hiver qu'en été, et n'avaient pas l'habitude de prendre des cantonnements et de fouler les pauvres gens, que les impériaux étaient maîtres de faire ce que^bon leur semblait, que pour eux ils viseraient à ne pas perdre leur temps pendant l'hiver. »
Ainsi déçu et prévenu, Schaumbourg n'eut pas même la consolation de pouvoir concentrer ses misérables ressources pour résister aux attaques dont on l'avisait. L'inflexible nécessité de vivre le contraignit de disperser ses troupes, là où elles pouvaient subsister, en dépit du danger
de cet éparpillement de forces, et il ne laissa que 2,500 hommes à Greifenhagen.
Gustave, parfaitement instruit de ce qui se passait dans le camp impérial, méditait, en effet, un coup de main contre Greifenhagen et Gartz. Ses soldats, bien nourris, chaudement vêtus, aguerris d'ailleurs aux rudes frimas du nord, ne demandaient qu'à se battre. Après avoir renforcé le corps qui assiégeait Colberg, il rassembla sous les murs de Damm, 12 régiments d'infanterie et 85 cornettes de cavalerie, appuyés d'une nombreuse artillerie, et se présenta devant Greifenhagen, la nuit du 24 au 25 décembre. Aux premières dispositions de l'assaut, le commandant de la place, don Ferdinand de Capoue, l'abandonna et battit en retraite sur Gartz. Vivement poursuivi, il tourna tète avec son arrière-garde, pour donner au gros de la garnison le temps de gagner du terrain. Ce but, il l'atteignit, mais aux dépens de sa vie. Blessé mortellement dans la lutte, il fut fait prisonnier avec une centaine des siens, et amené à Stettin, où il mourut, peu de jours après.
La chute si prompte de Greifenhagen déconcerta Sehaumbourg et jeta la terreur parmi ses soldats. Sans attendre l'attaque des Suédois, il abandonna son camp, incendia la ville, mit le feu à ses poudres, jeta à l'eau ses canons, ses vivres et ses bagages et se retira vers Francfort sur l'Oder, ville grande, forte et d'autant plus importante qu'elle était comme le centre de la Poméranie, de la Silésie, de la Saxe et du Brandebourg.
Cette retraite ressembla fort à une déroute. Elle aj|k été si précipitée que plusieurs régiments, cantonnés Jv^les campagnes, demeurèrent sans ordres et furent forcés de se sauver isolément dans la plus grande confusion, les uns à Francfort, les autres à Landsberg, sous la poursuite de la cavalerie suédoise, qui sabra impitoyablement tous les Croates et ne fit quartier qu'aux Allemands.
Ainsi, six mois après le débarquement de Gustave, la
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Poméranie eolière était au pouvoir de ce monarque^ à quelques places près, et il avait le pied dans le Brandebourg.
Tel était le fruit des querelles suscitées par Tambitioû de Wallenstein entre l'Empereur et les princes catholiques , querelles qui absorbèrent leur attention pendant des mois entiers, amenèrent la dissolution des armées impériales, au moment ou elles auraient été le plus nécessaires, et laissèrent les esprits aigris et divisés. Une lourde responsabilité pèse encore, au point de vue militaire, sur le généralissime, dont la négligence laissa ses troupes du nord sans unité de commandement, ses lieutenants sans instructions, ses magasins sans approvisionnements, ses soldats à l'abandon.. Son devoir l'appelait d'ailleurs, en Poméranie, à la première nouvelle de l'embarquement de Gustave-Adolphe, et c'est précisément alors qu'il s'éloigne et va s'enfoncer dans la Souabe. A l'espoir de maîtriser violemment les princes, sauf, à se retourner ensuite sur Gustave et à l'écraser de ses innombrables, forces, joignait-il la pensée subsidiaire de se rendre en tout cas nécessaire et de puiser, dans les dangers de l'invasion suédoise, un moyen de se rendre nécessaire et d'imposer encore ses services? Nous préférons cette hypothèse à celle de la trahison. Mais, après sa destitution, il n'en serait pas moins inexplicable qu'on eût persisté à disloquer l'armée impériale et à ne donner aucun appui aux généraux de l'armée du nord, si l'on ne savait quelle force paralysante s'échappe de la discorde et à quel point les passions en lutte peuvent chasser la réflexion, oblitérer le jugement et aveugler l'esprit sur tout ce qui ne touche pas le but prochain qu'elles poursuivent.
Rien ne peint mieux le triste état des affaires de l'Empereur, à cette époque, que la lettre suivante, écrite par Schaumbourg à Tilly, après son arrivée à Francfort. « Je ne puis vous celer que, ainsi que je m'en suis déjà plaint tant et tant, la soldatesque à pied et à cheval, sous mes
ordres, ne cesse de fondre tous les jours et que dans cette fuite et retirade sous une froidure glaciale la moitié de mes gens, à cheval comme à pied, est demeurée sur les routes. J'ai bien ensemble quelques 80 cornettes, mais elles n'ont pas 4,000 cavaliers à mettre en campagne ; de Tinfanterie, il y a tout au plus 8,000 hommes valides , il est fort à craindre que Landsbei^ ne puisse se maintenir, et si contre mon espérance, cette place était forcée de se rendre, j'aurai fort à faire de pouvoir conserver le passage de Francfort. Ce que le colonel Cratz (commandant de Landsberg qui, menacé par les Suédois, réclamait de Tartillerie, des vivres et des munitions) demande, me manque à moi-^mèmé, car je n'ai plus la moindre provision, et il ne se trouve guère dans mes magasins que 8 ou 9 quintaux de poudre, ^ à 300 quintaux de mèches, deux pièceâ de 24, deux cou-^ ieuvrines et 8 petites pièces de 8, 40 ou 12 livres de balles, sans attelage, et qui ont coûté des peines inouïes à amener ici.
» Les paysans ont abandonné leurs maisons , les villages et le plat pays sont déserts, ce qui reste de chevaux et tout en général a été réfugié dans les villes en lieux sûrs, de sorte qu'il est impossible d'emmener le canon et les munitions. J'avais espéré que Votre Excellence m'aurait envoyé 3 régiments frais, mais comme je n'en ai pas de nouvelles, j'ai grand'peur que ce secours ne tarde encore longtemps et que Landsberg et Francfort ne soient perdus, auquel cas toutes nos communications avec la Silésie seraient coupées. Je n'ai donc pas pu vous celer mes inquiétudes, d'autant que je suis affligé jusqu'au fond de l'ame, et mortellement désolé de ce qiie ces calamités tombent sur moi, et par moi, quoique je n'aie, Dieu le sait, contribué en rien à les amener,' prêt, si l'on peut me reprocher la moindre faute, à l'expier de mon sang et de ma vie.
» Je supplie donc Votre Excellence de me prendre sous sa protection, afm que je ne perde pas innocemment le peu
d'honneur et de réputation que j'ai acquis par mes longs services.
)> Pour dire la vérité, je pourrais facilement me passer des lauriers qu'il y aurait à cueillir dans une pareille situation, et je comprends maintenant pourquoi personne ne voulait venir en Poméranie. Le soldat est abattu , découragé, mécontent et n'a plus de cœur à son. devoir. Je laisse donc à juger à Votre Excellence, si je puis tout faire seul et sans aide*. »
Au moment où Tilly reçut cette lettre, il se trouvait en Westphalie, occupé à rassembler les forces de la Ligue. Obligé de laisser derrière lui de nombreusiss garnisons et de détacher un corps d'armée contre Magdebourg, soulevé par l'administrateur Christian Guillaume, il ne pouvait réunir que 18,000 hommes d'infanterie et 36 escadrons, en tout 24,000 soldats éprouvés. Par une de ces marches rapides auxquelles il avait dû dans ses dernières guerres tant de succès et que la saison rend plus étonnante encore, il parut aux portes de Francfort, avant même qu'on n'y eut reçu la nouvelle de son départ. Son arrivée fut saluée comme celle d'un sauveur. Il amenait avec lui de l'argent pour solder les troupes, une artillerie bien attelée et de grands convois de vivres et de munitions. Des secours considérables lui étaient promis, et tandis que. Gallas et Âldringen, rendus libres par là pacification de l'Italie, accouraient en Allemagne avec leurs vaillantes bandes, de nouveaux régiments s'organisaient.
Il trouva les troupes de Schaumbourg dans une détresse extrême ; sa présence, les distributions de vivres et d'argent qu'il fit faire aussitôt, relevèrent leur moral, et dans une grande revue, qu'il passa dans les plaines de Francfort, il constata que le chiffre total des forces dont il pouvait disposer s'élevait à 34,000 hommes. Il fit travailler
' Westenrieder. Hist. de la Guerre de Irente ans*. T. II. p. 42S.
avec la plus grande activité aux fortifications de la place, y ajouta qnelcpies ouvrages avancés, et l'entoura d'un large fossé. En même temps, il fît avancer une forte division sur Landsberg, et força les Suédois à lever précipitamment le siège de cette forteresse.
La subite apparition de Tilly déconcertait les projets formés par le roi sur Francfort et Landsberg. Mais la puissante fécondité de son esprit lui inspira immédiatement un nouveau plan. Il résolut de faire une fausse attaque sur le Mecklembourg, afin de donner le change à Tilly, l'éloigner de Francfort, le fatiguer, et par un mouvement rapide, pour lequel toutes ses mesures étaient prises d'avance, revenir sur ses pas et tomber comme la foudre sur Schaumbourg. La lâcheté de quelques officiers, l'incurie de la cour de Vienne et la disette de vivres contribuèrent singulièrement à faire réussir ce plan habile. En admettant que Tilly l'eût déjoué, le roi pensait au moins profiter de sa pointe, pour s'emparer de quelques passages importants, par où il pût mettre la Poméranie en sûreté et s'ouvrir le Mecklembourg.
En quittant Landsberg, Horn s'était retiré à Sodlin avec 9,000 hommes. Gustave lui ordonna de s'y retrancher, et de n'en pas sortir, à moins que l'ennemi n'attaquât Stargard ; il envoya trois régiments renforcer l'armée de siège de Colberg, franchit l'Oder avec 16,000 hommes, et se dirigea sur le Mecklembourg. Il ne rencontra guère plus de résistance qu'en Poméranie. Prenziau se rendit sans coup férir. Neu-Brandebourg, où le colonel Marzini commandait avec 1,600 hommes, fit d'abord mine de se défendre, mais capitula à la première apparence de tranchée. Klempenau et Treptow furent abandonnées par leurs garnisons.
La seule approche du roi répandait la terreur chez les Impériaux, abrutis par tous les excès, dégradés par tous les vices. Loitz, petite ville importante, parce qu'elle
domine la route de Stralsand, semblait devoir offrir plas de difficultés. £n recevant la première sommation, le commandant, Italien du nom de Perazzi, répondit avec hauteur qu'il ne voulait pas être un lâche comme celui de Treptow, et qu'il se défendrait comme un cavalier jusqu'à ^n dernier homme. Là-dessus, fier de sa bravade, l'Italien se revêtit de ses plus belles armes et alla parader devant les dames réfugiées à la citadelle, qu'il effraya de ses fanfaronnades. Mais à la première nouvelle de l'arrivée du roi, iftnt ce courage d'emprunt s'évanouit. Ebranlé par les cris des femmes éplorées, il se hâta d'aller quitter son armure et de demander quartier. Le roi exigea qu'il parût en personne devant lui. Perazzi obéit. Comme il entrait dads la salle, une magnifique chaîne d'or qu'il portait sur ses vêtements frappa les yeux d'un volontaire Suédois de la suite royale, qui supplia le roi de lui permettre de s'en emparer avant que la capitulation ne fût signée. Le monarque y consentit, et, séance tenante, le volontaire dépouilla Perazzi de sa chaine, sans que l'Italien tremblant osât hasarder une seule observation.
La prise de Loitz facilita la jonction de Gustave avec le général Knyphausen, qui lui amenait, de Stralsund, 2,000 hommes d'infanterie et 1,000 chevaux. De là, l'armée Suédoise marcha sur Demmin. Cette place, située sur la Peine^ protégée par trois rivières, bordée de larges marais, aussi forte par sa position que par les murailles qui la défendaient, était de la plus haute importance pour Tilly, soit parce qu'elle était un de ses grands magasins, soit parce qu'elle était la clef des deux duchés de Poméranie et de Mecklemboui^. Aussi n'avait-il rien négligé pour là mettre en état de défense. Au duc de Savelli, qui s'y était enfermé, il avait donné 17 compagnies de ses meilleures troupes, des vivres en abondance, et l'ordre formel de s'y maintenir, au moins trois semaines, et^n cas de capitula-^ tion, de se retirer sur Rostock.
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If énergie dun commandaDt habile eût pu, en effet, paralyser les plans du roi et briser le prestige de ses armes, en sauvant la place. MaisSavelli s'entendait mieux à eiitorquer le dernier éeu du paysan qu'à commander une armée ou à défendre une place. Aussi négligent que faible, aussi incapable que cruel et avide, il perdit la tète, oublia jusqu'au soin élémentaire de faire casser la glace des fossés, et rendit lâchement Demmin. Dès les premières attaques, afin de sauver ses richesses, il ne pensa pas même à fafre insérer dans la capitulation, la clause de sa retraite sur Rostock, et accepta, au contraire, l'obligation de diriger sa marche sur l'Elbe. Il sortit de la ville, laissant aux Suédois 8,000 muids de blé, 440 quintaux de poudre, 36 canons, et quantité d'objets d'équipement. Lorsqu'il défila devant le roi, le monarque ne put s'empêcher de lui dire qu'il se félicitait de ce qu'un aussi brillant gentilhomme eût bien voulu quitter ses magnifiques possessions d'Italie, pour venir faire la guerre en Allemagne. Puis, après l'avoir congédié, se tournant vers son état*major, il ajouta : « Je ne changerais pas ma tète pour celle de Savelli, car certes s'il était des miens, je la lui ferais sauter des épaules. Mais il ne lui arrivera rien, car ces gens-là comptent trop sur la mansuétude de l'Empereur. »
La prise de Demmin consterna Tilly. Dans sa juste colère, il s'en prit à Savelli, et lui envoya l'ordre de quitter l'armée et d'aller chercher à Vienne le châtiment qu'il méritait* .
Le général catholique retenu pendant quelque temps près de Francfort par la difiiculté de réunir les subsistances de son armée, s'était ébranlé le S février. Comptant • sur les défenseurs de Neu-Brandebourg, Treptow et Dem-
' Le duc de Savelli, arrivé à Vienne, y fut arrêté et traduit devant un conseil de guerre. Mais il parvint à se justifier tant bien que mal, et en fut quitte pofir quelques mois de prison, malgré les instances de Tilly qui demandait qu*eieinple fût f»it en sa personne. II rentra môme en grâce auprès de rEmpe« reur, qui l'employa dans d'importantes affaires diplomatiques.
min, pour tenir le roi en haleine, et retarder ses progrès, il se dirigea lentement, à l'ouest, sur le Brandebourg. Cette direction avait un double but : de cacher ses véritables intentions au roi, et d'intimider l'électeur de Brandebourg, auquel il reprochait d'avoir ouvert Custrin aux Suédois et de favoriser secrètement leurs entreprises. A Ali- Brandebourg, il tourna rapidement à droite et mena son armée, à marches forcées, sur le Mecklembourg, espérant passer entre Gustave et Horn et les battre séparément. En route, il apprit la reddition de Demmin et la nouvelle que le roi, au premier bruit de son approche, avait rebroussé chemin sur l'Oder, laissant une partie de son armée entre Neu-Brandebourg et la côte, sous les ordres de Knyphausen, et Banner, avec une forte garnison, dans Demmin. Il n'en continua pas moins sa marche sur Neu-Brandebourg, où Knyphausen avec 2,000 hommes se jeta et mit aussitôt le siège devant cette place.
En partant pour Stettin, où il allait presser les préparatifs de son expédition contre Francfort, le roi avait laissé, à ses généraux, des instructions détaillées, et portant, entre autres, « que dans le cas où les Impériaux attaqueraient Neu-Brandebourg, Banner se joindrait immédiatement à Knyphausen et le soutiendrait jusqu'à l'arrivée de secours plus efficaces. »
Depuis lors, d'autres ordres, envoyés de Stettin, enjoignaient à Knyphausen de ne pas sacrifier inutilement ses troupes dans une ville à moitié ouverte, et de battre en retraite. Mais ces ordres furent interceptés, et Knyphausen comptant sans doute sur un prompt secours de Banner, résolut de se défendre. Soit que Banner fut prévenu des nouvelles instructions du roi à son collègue, soit qu'il craignit de compromettre le sort de Demmin, il ne fit pas la moindre tentative de délivrer Neu-Brandebourg. Au bout de six jours, la place fut emportée d'assaut, et la garnison entière fut passée au fil de l'épée. Des 2,000 Suédois qui
y étaient renfermés, 60 seulement échappèrent à cette boucherie, et parmi eux, Knyphausen, qui, terrassé dans la mêlée, fut fait prisonnier, malgré une défense désespérée.
La joie de ce léger succès fut singulièrement troublée pour Tilly, par la nouvelle de la prise de Colberg. Cette place de la Baltique, considérable par elle-même, le devenait encore plus pour les Suédois, parce qu'elle leur assurait un nouveau point de communication avec leurs flottes, et qu'elle rendait de plus en plus difficile leur expulsion de la Poméranie. La famine avait seule contraint son commandant, François De Mœrs à capituler. Pendant cinq mois, il avait résisté à toutes les attaques, mais l'arrivée de tous les petits détachements de troupes impériales qui, chassés de leurs cantonnements par les Suédois, étaient venus se réfugier dans la ville, épuisa ses ressources, sans rien ajouter à la force de sa défense. A bout de vivres, il fit battre la chamade. Le roi, plein d'égards pour sa vaillance, lui accorda une capitulation des plus honorables et le combla d'éloges. Trois jours après la reddition de la place, 4 bâtiments, frétés par les Impériaux et chargés de vivres, se présentèrent devant le port. Ce secours, longtemps arrêté par les vents contraires, eût, quelques jours plus tôt, permis à De Mœrs de se maintenir tout l'été. Trop tardif, il n'excita chez les braves défenseurs de Colberg que d'inutiles regrets et faillit servir à augmenter le triomphe des Suédois, qui s'emparèrent d'un des bâtiments du convoi.
Au milieu de ces diverses opérations, Gustave faisait exécuter, sur la rive droite de TOder, aux environs de Schwedt, d'importants travaux. Fidèle à la prudente maxime de prévoir constamment les revers de fortune et de s'assurer, à chaque pas en avant, un point de retraite et de ralliement, il établit, sur ce point, un camp fortement retranché, aboutissant à la rive gauche par deux tètes de pont, fortiGées selon toutes les règles de l'art, et défendues par une formidable artillerie. Cependant, à la nouvelle du siège
de Neu-Brandebourg, il s'avança, pour essayer de dégager cette place. Arrivé à Friediandt, il apprit qu'elle venait de succomber , et que Tilly avait repris la. route de Ruppin. Il revint immédiatement à ses lignes de Scbwedt, dont il voulait surveiller, en personne, rachèvôment.
Ce n'était pas sans peine que Tilly s'était décidé à abandonner sa marche sur le Mecklembourg. La lâcheté de Marzini, de Savelli et des autres commandants de places avait rompu tous ses plans, et là où ses habiles combinaisons, suppléant au défaut de troupes., avaient préparé an échec mortifiant pour les Suédois, il trouvait, pour luimême, péril et confusion. La fortune qui, disait-il, n'a de faveurs que pour la jeunesse, commençait à fuir ses cheveux blancs. Engager son armée au delà de l'Oder, était compromettre l'unique ressource des catholiques et lâcher la bride aux princses protestants qui, rassemblés à Leip* zig, suivaient, d'un œil inquiet, les chances de la lutte, prêts à prendre les armes pour le roi de Suède; c'était leur faciliter les moyens' de délivrer Magdebourg, assiégé par Pappenheim , de lui fermer l'Elbe sur ses derrières et de l'enclore ainsi dans un cercle de fer. Il ne pouvait penser à couvrir Francfort et Landsberg, à cause dé l'extrême dtfliculte de faire subsister ses troupes dans la contrée, ni courir les chances d'une bataille suprême qu'il lui était enjoint d'éviter. Et cependant, en abandonnant ces places, il livrait aux Suédois la clef de la Silésie et des Etats autrichiens, il sacriHait les dernières et meilleures troupes de l'armée impériale qui s'y étaient renfermées, il courait le risque de se voir obligé de laisser l'Empire sans défense, pour s'épuiser à la poursuite du roi. Il écrivait lettre sur lettre à Munich pour représenter l'urgence de presser les levées, d'élever l'armée à un chiffre suffisant, pour agir à la fois avec vigueur et succès contre Magdebourg et contre les Suédois. Mais ses représentations, ses instances, secondées par Pappenheim, échouaient contre l'inertie des
princes. Ceux-ci, fatigués des longs saorifices que leur imposait la guerre, ne répondaient, aux demandes des généraux, que par des lamentations sur leur propre misère, par de futiles réclamations d'allégement, criaient à Timportunité, h l'exigence insatiable, et allaient même jusqu'à accuser Tilly de rechercher plutôt les gloires égoïstes de victoires faciles, que l'intérêt bien entendu de ses souverains. Le vieux général, mal secondé, trahi par ses officiers, rebuté, sans argent, sans ressources, dans un pays rendu hostile par l'absurde cupidité des impériaux, ne prévoyait qae trop les suites funestes de l'incurie des princes. Profondément découragé, il insista pour faire agréer sa démission. Maximilien chercha à ranimer sa confiance, lui renouvela la promesse de son concours actif ei lui envoya quelque argent.
Déjà Tilly était devant Magdebourg. Avec sa promptitude de résolution ordinaire, il était revenu rejoindre Pappenheim, dans l'espoir ou d'attirer sur ses pas le roi de Suède et de sauver ainsi les provinces autrichiennes, ou de frapper par la prise de la grande forteresse du nord un coup retentissant dans l'Empire, capable d'intimider les princes protestants^ de rétablir l'honneur compromis des armées impériales et. de contrebalancer les succès de Gustave. Il avait adjoint à Schaumbourg le comte de Tiefenbach, nouvellemeut promu au grade de feld-maréchal, et avait jeté 8,000 vieux soldats dans Francfort. Landsberg, défendue par le brave Cratz, avait aussi été ravitaillée. H comptait que ces deux places tiendraient le roi de Suède assez longtemps en échec pour qu'il pût les secourir, et si Magdebourg était prise par un énergique effort, mener ses soldats victorieux et enthousiastes à l'assaut des retranchements suédois.
A peine était^il entré dans ses lignes de siège, qu'il reçut avis que le roi de Suède quittant le camp de Schwedt, marchait sur Francfort, par les deux rives de l'Oder, avec
20,000 hommes cl 200 canons, convoyaiil une partie de rinfanlerie et de la grosse artillerie embarquée sur le fleuve. Deux petites villes sur le passage des Suédois furent emportées et les garnisons massacrées. Le 2 avril, Gustave parut devant Francfort et commença sans tarder ses opérations de siège. Les mauvaises dispositions des généraux impériaux, leur négligence et la lâcheté des soldats firent tomber le premier jour entre les mains des Suédois les principales défenses de la place. Une surprise livra le lendemain la ville elle-même aux assiégeants, et une horrible boucherie commença. Deux fois, les impériaux battirent la chamade; rien n'y fit; les soldats de Gustave, ivres de fureur, égorgeaient tout ce qui leur tombait sous les mains. Les impériaux éperdus voulurent s'échapper par le pont de TOder, qui conduit à Landsberg. Ce pont, bien fortifié, pouvait offrir une résistance sérieuse contre les Suédois et favoriser puissamment une retraite bien ordonnée. Mais, dans leur confusion, ils oublièrent ce moyen de défense et ne pensèrent qu'à fuir au plus vite. Le pont, bientôt encombré, devint impraticable; des centaines d'hommes se noyèrent dans l'Oder, tandis que les Suédois, l'épée à la main, et s'escrimant à l'aveugle dans cette foule pressée, en firent un effroyable carnage. Ghemnitz rapporte que dans les rues débouchant sur le pont, l'accumulation des cadavres amoncelés les uns sur les autres, fut si grande que le passage en fut intercepté. Les Suédois ne firent des prisonniers, que lorsqu'ils furent las de frapper. Les impériaux laissèrent dans la ville plus de 2,000 morts, parmi lesquels les colonels Fernemont, Hénon, Hardegg^ Herberstein. Un millier périrent dans l'Oder, huit cents demeurèrent prisonniers, et dans le nombre, beaucoup d'ofSciers, tels que Sparre, Moers, Butler, etc. Le reste s'enfuit dans le plus affreux désordre jusqu'à Glogau, avec Tiefenbach , ou se dispersa dans la campagne ; sept régiments d'infanterie et un de cavalerie se trouvèrent ainsi
rédails à néant. Toute rartUIerie, 900 quintaux de poudre, 1,200 de blé, 700 de mèches, 26 drapeaux et quatre étendards tombèrent aux mains du roi émerveillé de sa propre fortune. La conquête ne lui coûtait pas plus de 400 morts et blessés.
Trois heures de pillage furent la récompense du soldat; il s'y acharna tellement, qu'il fallut Tinteryention armée des officiers et de Gustave lui-même pour le faire sortir des maisons, longtemps après Theure du rappel. Les malheureux habitants, sans distinction de sexe, furent dépouillés même de leurs vêtements et abandonnés nus aux intempéries de la saison rigoureuse, leurs maisons bouleversées et radicalement vidées. Dans la nuit, un incendie éclata et brûla tout un quartier, avant qu'on pût l'éteindre.
Il est digne de remarque que les historiens si faciles à accueillir et à propager les plus noires calomnies contre Tilly, à propos de la prise de Magdebourg, glissent, avec une étrange complaisance, sur le sac, mille fois plus abominable de Francfort sur l'Oder. Le massacre de la garnison n'était pas, à la vérité, un fait nouveau de la part des Suédois, chez qui ce mode de terrorisme était passé en habitude; cependant, à Francfort, il ne se justifie pas par la vigueur de résistance des assiégés, non plus que par la sanguinaire exaspération d'une prise d'assaut meurtrière. Mais ce qui ne peut pas même s'expliquer, c'est la brutale férocité des vainqueurs à l'égard des habitants. Ces derniers étaient protestants, connus par leurs dispositions favorables au roi de Suède, dispositions que comprimait à grand'peine la nombreuse garnison impériale, et qui ne contribuèrent pas médiocrement au facile succès des Suédois.
On a avancé, en guise d'excuse, pour les Suédois, qu'ils brûlaient de venger leurs camarades, taillés en pièces, à Neu-Brandebourg, et qu'ils égorgeaient les Impériaux demandant quartier en criant : «Oui, comme à Neu-Brandebourg.» Mais, les circonstances étaient loin d'être les mêmes.
28 TILLt.
Les défenseurs de Meju-Bramlebourg avaient été lues les armes à la main, après une de ces luttes acharnées» où la colère semble éteindre tout sentiment humain. A Francfort, rien de semblable ; à peine une ombre de résistance, moins encore qu'à Ribnitz, oii les Suédois avaient appliqué, en tout cas, les premiers, l'horrible système des massacres de sang-froid.
Tilly eût-il commis, à Magdebourg, les cruautés qu'on lui a si mensongèrement attribuées, qu'il serait encore moins coupable que Gustave- Adolphe, livrant à ta brutale et sanguinaire licence de ses soldats, non pas seulement les défenseurs de Francfort, mais les biens, la vie et l'honneur même de ses coreligionnaires, qu'il prétendait venir délivrer. Ces malheureux expièrent cruellement le tort impardonnable, aux yeux du héros de la tolérance, de différer d'opinion avec lui sur quelques points de doctrine. Pendant le sac de la ville, le prédicant calviniste, Pesargul, vint se jeter aux pieds du roi et implorer sa pitié en faveur des infortunés Francfortois ,- il fut repoussé avec mépris : « Vous n'avez, lui dit le roi, que le juste châtiment des fausses doctrines que vous avez introduites/dans l'Eglise. » Et le sac de la ville s'acheva.
Landsberg ne tarda pas à partager le sort de Francfort. Son commandant, le comte Cratz, ayant été tué, dès la première sortie, la garnison découragée capitula. Lés Suédois, en la voyant défiler, remarquèrent, avec ëtonnement, qu'elle traînait à sa suite des milliers dé filles de joie et une tourbe inOnie de valets, circonstance qui explique assez comment cette armée de lions n'était plus qu'un troupeau de lièvres.
La nouvelle de la chute si prompte de Francfort trouva Tilly à Ait-Brandebourg. Le général catholique, qui surveillait attentivement les mouvements des Suédois, s'était mis en marche, au premier bruit de leur expédition contré Francfort, avec une partie de son armée. Chacun de ses
pas semblait appeler une disgrâce. Si grande que fût sa diligence, elle élait toujours en retard sur Ja fortune ennemie. Navré de douleur, il réprit immédiatement la route de Magdebourg.
A ce moment, les princes, protestants de l'Allemagne claienl réunis; en congrès à Leipzig, pour délibérer sur les moyens de faire valoir leurs griefs et de se soustraire à la prétendue tyrannie de TEmpereur. L'Electeur de Saxe, leur chef, docile aux inspirations d'Arnim, cherchait à profiter des circonstances, pour élever, entre les catholiques et les Suédois, un tiers parti, et. trouver un moyen d'arriver, sans frais et sans risques, à ses fins. La plupart des autres princes partageaient ces sentiments : prodigues de vœux stériles pour Gustave, ils l'encourageaient comme un champion gratuit de leur cause; le patriotisme les retenait peu, mais ils craignaient, avant tout, de se compromettre, et se berçaient de l'espoir que le roi jouerait, à leur égard, le rôle du chat de la fable. C'est ainsi que le duc Georges de Lunebourg, après avoir sollicité et obtenu des patentes de général, au service de Suède, attendit prudemment l'issue des premières entreprises de' Gustave, avant . de signer son acceptation et de rompre avec l'Empereur. Seuls, le Landgrave de Hesse-Gassel et les ducs de Weymar plaidaient hautement l'alliance suédoise, mais leur voix rencontra peu d'échos.
Après la prise de Fraqcfort, Gustave s'empressa d'annoncer sa victoire à l'assemblée, et l'engagea à prendre une attitude plus décisive à son égard. Son appel fut infructueux. Les princes se séparèrent, après s'être arrêtés à la résolution commune de former une confédération séparée et d'armer, chacun chez soi; pour être prêt à tout événement. Afin de témoigner cependant de leurs dispositions pacifiques, ils acceptèrent l'invitation des catholiques hune journée de composition^ qui fut remise au mois d'août suivant,
TILLT. 3
Bien que rassemblée de Leipzig, tenue sans^ l'autorisation impériale, fût illégale, tous ses membres n'hésitèrent pas à signer une adresse à l'Empereur, contenant, à la suite de la longue liste de leurs griefs, la demande du retrait de l'édit de restitution, le refus de payer désormais les contributions de guerre et la justification des armements purement défensifs, résolus par l'assemblée. La pièce se terminait par la banale formule des sentiments de fidélité inviolable et d'obéissance des signataires.
Fort de ses droits, l'Empereur répondit en cassant toutes les décisions de l'assemblée, et défendit, par un mandai adressé à chacun de ses membres individuellement, de faire les armements auxquels ils s'étaient engagés.
La lutte commençait donc entre l'Empereur et les protestants, naguère humiliés et soumis. Elle éclatait dans des circonstances peu favorables au chef suprême de l'Empire. Depuis un an, les choses étaient bien changées. Du colosse qui semblait prêt à écraser sous son pied victorieux les libertés de l'Allemagne et l'indépendance de ses princes, il ne restait plus qu'une ombre vaine. Il s'était éteint au milieu de sa puissance, frappé mortellement par des mains catholiques. Son immense armée, terreur des uns, désespoir des autres, ruine de tous, avait disparu comme emportée par la tempête d'un jour. Déjà l'édifice de sa grandeur s'ébranlait sous les coups du conquérant que la main de Dieu allait promener dans toute l'Allemagne, comme un fléau vengeur destiné à laver, dans des flots de sang, l'avarice et le luxe des prélats, l'ambition et la vénalité des princes, la cupidité et l'orgueil impie des généraux, la férocité et les horribles excès des soldats, la démoralisation des citoyens, jusqu'à ce qu'il s'évanouit lui-même au milieu de ses triomphes, semblable à l'instrument devenu inutile que rejette la force qui l'a créé.