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CHAPITRE XIX

Le Siège de Magdebourg.

Merveilleasement favorisée par la nature, proiégée par une Iriple enceinle d'épaisses murailles, puissante par ses richesses, son industrie, son antique renommée, Magdebourg était le plus redoutable boulevard du protestantisme révolutionnaire dans le nord de TAlIemagne. Au temps oii florissait la Ligue hanséatique, Magdebourg y avait j.oué an rôle prépondérant : son commerce rayonnait jusqu'aux extrémités du monde connu, ses nombreux vaisseaux sillonnaient les mers et ses vastes magasins étaient le grenier d'abondance de l'Allemagne. Mais les richesses y avaient amené leurs compagnes ordinaires, ramollissement des mœurs, l'ambition, et cet esprit de contestation et de révolte qui germe dans les bas-fonds de l'envie et qu'on décore du nom pompeux d'amour de la liberté. Sa bourgeoisie, devenue plus remuante, à mesure que la fortune la grandissait, avait de bonne heure ouvert la lutte contre son seigneur légitime, l'Archevêque, et conquis successivement de grands privilèges. Elle embrassa avec ardeur la réforme, parce qu'elle y trouva un levier énergique pour achever l'œuvre de son orgueilleuse ambition et mit le sceau à son indépendance en expulsant ses prélats catholiques et en forçant le chapitre à élire une de ces ombres d'évèques, conservées par les protestants, sous le nom d'administrateurs. Bientôt l'arbre porta ses fruits. Les diverses sectes de l'époque

s'implantèrent à Magdebourg qui devint le refuge des prédicants les plus exaltés et les plus fanatiques. Telle était leur réputation à cet égard que lors de rassemblée des protestants à Francfort en 1557, pour tâcher de trouver une formule de conciliation entre eux, les ministres Mâgdebourgeois furent expressément exclus. Toujours prêts à souffler le feu de Tinsurreclion, ils entraînèrent la ville dans toutes les luttes du protestantisme contre Tautorité impériale. Leur influence sur le peuple était sans bornes, et ils exerçaient une véritable théocratie. Presque toujours divisés entre euK, inquiets et turbulents, ils entretenaient une constante agitation dans les masses, et ils provoquèrent souvent de sanglantes émeutes.

Déjà deux fois Magdebourg avait bravé l'effort des armes impériales. Sauvée la première fois par la trahison de Maurice de Saxe qui l'assiégeait au nom de Charles- Quint, elle eut, soixante ans plus tard, la gloire de résister au superbe Wallenstein et d'humilier l'orgueil de ce fier capitaine. Exaltée par ses exploits, elle s'était décerné le nom de Magdébourg-la-Pucelle et se regardait comme inexpugnable.

Cependant, le désir de s'affranchir des restes de domination qu'exerçaient encore sur elle ses administrateurs et d'obtenir le titre de ville libre impériale, avait empêché la ville de faire cause commune avec les princes soulevés contre l'Empereur, et avec le roi de Danemark. Pour se concilier les bonnes grâces de Ferdinand, elle n'avait pas hésité à faire tous les sacrifices compatibles avec le soin de sa liberté, et l'imprudente agression de Wallenstein ne changea rien à ses tendances. Les partisans de cette politique se rencontraient principalement dans les rangs de la bourgeoisie, alors encore maîtresse du conseil. Mais ils avaient d'ardents adversaires chez les prédicants qui s'appuyaient sur le peuple et sur lesquels s'appuyait à son tour 'administrateur de Magdebourg, Christian-Guillaume de

Braadeboarg. Ce prmce, appelé dès Tâge de onze ans sur le Irône épiscopal, était d^un caractère léger et présotnptueax ; soutenant beaucoup de témérité par peu de capacité, hardi dans ses plans, facile à entraîner, il s échauffait dans les détails et compromettait l'essentiel. Brave, mais dépourvu de jugement et de portée politique, faible dans ses conceptions et entôté dans ses idées, il aimait à se produire et à se faire centre, même lorsque la nécessité lui commandait de s'effacer et de n'être qu'un point .auxiliaire de la circonférence.

Après avoir passé sa jeunesse à disputer son autorité d evèque protestant, tantôt au chapitre, tantôt à la ville de Magdebourg, il avait embrassé avec ardeur la cause du roi de Danemark , puis avait offert ses services à Gustave- Adolphe. A ses haines religieuses, se joignaient des ressentiments particuliers contre l'Empereur qui l'avait destitué en 1625. Plein d'une confiance sans bornes en lui-même, il rêva de conquérir seul l'Allemagne et en proposa sérieusement le plan au roi de Suède, à condition que ce prince lui fournirait les subsides nécessaires pour lever une armée de 30,000 hommes, qu'il assurait pouvoir mettre sur pied presque immédiatement. Gustave se borna à lui promettre une garantie de cent mille écus, en lui recommandant de s'occuper avant tout de bien préparer le terrain el de ne rien compromettre, avant que l'armée suédoise n'eut remporté des succès suflisants en Allemagne. Christian trouva que c'était trop attendre et craignit de perdre le beau rôle qu'il avait convoité. Il noua des relations avec les prédicants et les hommes les. plus remuants de Magdebourg, et h la première nouvelle du débarquement de Gustave-Adolphe, il partit déguisé de Hambourg, accompagne de quelques agents de bas étage, recrutés parmi des banqueroutiers et des débiteurs insolvables, gens toujours prêts à la sédition, et pénétra incognito dans la ville, lé 26 juillet au soir. Quelques jours s'écoulèrent employés à

travailler sourdement le peuple et à gagner quelques partisans dans le conseil. Le dimanche 1^^ août, l'administrateur fit annoncer officiellement son arrivée an conseil et se montra publiquement. La populace fanatisée par les prédicanls raccueillit avec transport, le conseil manifesta quelque hésitation. Les bourgeois, qui avaient quelque chose à perdre, reculaient, malgré l'exaltation de leurs opinions, devant toute démarche de nature à rompre en visière avec TËmpereur. Us auraient désiré s'en tenir à cette politique égoïste et mesquine qui cherche les termes moyens et repousse les allures nettes. Rester en bons termes avec les Suédois, sans se mettre mal avec l'Empereur, jusqu'à ce que la victoire se fût déclarée pour l'une des parties, était le terme extrême de leurs désirs. La subite apparition du margrave proscrit leur créait un grand embarras. L'accueillir était une bravade dangereuse contre l'Empereur ; le faire reconduire hors des murs, une insulte à Gustave- Adolphe. Leurs anxiétés grandirent jusqu'à l'angoisse, lorsque Christian, secondé par Stallman, envoyé officiel suédois à Magdebourg, invita le conseil à poser les bases d'un traité d'alliance avec le roi de Suède. Un pas aussi grave heurtait trop leurs intérêts et leurs vues étroites pour que les menaces et les promesses exagérées, prodiguées, par Stallman, pussent suffire à les convertir.

A bout d'éloquence, le prince et l'envoyé s'emportèrent et déclarèrent qu'ils allaient en appeler au peuple. On sait ce que les manifestations populaires ont de poids sur les esprits faibles et vulgaires dont l'ambition se traîne dans le lerre-à-terre des honneurs et de l'argent. La menace eut son plein effet. Le conseil céda en se bornant à poser des conditions trop caractéristiques pour ne pas être relatées ici. Les privilèges de la ville devaient être non-seulement conservés, mais encore augmentés; l'administrateur s'obligeait à racheter chaque bourgeois fait prisonnier et à indemniser la commune et les particuliers de tout dommage

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résultant de rengagement de la ville avec lai. On voit que si les bourgeois de Magdebourg faisaient peu de cas de leurs devoirs envers Tempire et son chef, du moins ils se préoccupaient beaucoup de leurs intérêts. Quelques superstitieux remarquèrent que le jour où tout ceci s'accomplit, l'Evangile de la fête roulait sur la destruction de Jérusalem, et ils en tirèrent de sinistres présages pour Magdebourg.

L'administrateur n'avait pas de soldats. Il prit, avec le consentement forcé du conseil, le commandement des troupes à la solde de la ville. Mais, au lieu d'en faire le noyau de l'armée qu'il avait promise au roi de Suède, il s'amusa à faire des excursions dans le voisinage. L'œuvre lui était facile, les places fortes n'étaient gardées que par de faibles garnisons, incapables d'opposer quelque résistance. Christian put donc piller, à son aise, tout le plat pays, détruire les couvents et incendier les villages de son propre évèché. La facilité du butin tenta les habitants de Magdebourg; ils se joignirent en foule aux soldats de l'administrateur et luttèrent de rapines avec ces derniers. Le conseil s'effraya de la responsabilité qui pouvait en peser sur lui. Sa pusillanimité l'avait mis à la merci de l'administrateur et de la démagogie. Il crut faire acte habile de séparer oiBciellement sa cause de celle de Christian, et publia une défense sévère, à tout habitant, de prendre part aux excursions des troupes soldées.

L'ordonnance du conseil resta naturellement à l'état de lettre morte, et cette mesure hypocrite ne trompa personne.

Mieux inspiré sur d'autres points, le conseil ne fut pas plus heureux. Dans la prévision d'un siège, il aurait voulu faire ramener, à Magdebourg, les grains, les armes, les canons, les munitions et les approvisionnements de toute espèce enlevés par les coureurs Brandebourgeois sur les Impériaux. Les officiers de l'administrateur s'y opposèrent sous différents prétextes, mais, en réalité, parce qu'ils trouvaient plus de profit dans le gaspillage et la vente de tous

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