‹ Tilly;Chapitre 17 sur 43 · LE COMTÉ T*8CRCLÀE§ DB TILLT A M' DE I4A FAILLE · texte numérisé non relu

LE COMTÉ T*8CRCLÀE§ DB TILLT A M' DE I4A FAILLE

Monsieur,

Je me retroave icy à Tilly malle asseuré pour le dapger de l'ennémy, tant à cause que Je suis au millyeux des chemyns de passage des armées que eignatment parce que Tennemi m*en veut davantage pour respect de mon frère. Les menasses et les adyis que j'ay icy sont d'estre sur ma garde me font vous supplier me feyre tant de bien que. de voUoyre snpplyer la Serenissime infante qu'il lui plaise commander pour ma maison de Tilly dix soldats de garde de ceux de la garnison de Namur ou de ceux de celle de Philippevylle quy ne sçaurat empescher.la garde des pilaces pour sy peu d'hommes, attendu qu'au i)esoing Je les renverrez e( les renforcerez des miens. En quoy, Monsyeur, Je vous prie, me témoigner Taffection que je suis tonsjours promys de voslre bonne volonté, laquelle m'obligera tousjours tant que Je viyray à la continuatipn du debvoyr que Je vous doy, ce que je vous debvraytant plus de Continuer.

Votre plus affectionné serviteur.

Jacques, conte TSsrclaes de Tillt.

Monsieur, etc.

ATillyle40iuing46S3.

Aussitost que j'ay reçeu vostre lettre du 10 de ce mois, J'ay représenté à son Altèze vostre Jésir d'avoir quelques dix soldats pour la garde de vostre maison de Tilly. Mais elle a eàté quelque teifaps sans me déclarer son intention et qu'elle m'a dit estre arriérée parce que le

' Archives du Royaume. Liasses de Taudience. ' Ibid.

274 CORRESPONDANGB DE TILLY.

papier qui contenoisl sa résolution estoit demeuré enlre aoltres sans s*eD estre apperceu : lequel m'ayant esté remis ce matin, j'ay, en môme instant, bien voulu adverlir votre seigneurie de la réponse de sa dite Âltèze, qui porte que de Namur ou Philippevylle on pourra mal tirer ces 40 hommes pour y avoir peu de garnison, mais quelle a donné ordre que Ton les envoyera de Maestricht, au moyen de quoy votre seigneurie se verra en asseurance avec plus de repos, je me tiens obligé de ce qu'elle me fait Thonneur de m'employer en choses de son service ei la supplie d*y continuer et de me tenir,

Monsieur, etc.

A Bruxelles, SSjuin 4683.

LB GOIITE DE TILLT A L^NFAMTE.

MadamOi

Le travail que le Prince Christian de Bmoswich a donné k ceste armée, par ses remuements, depuis qu'elle est sortie en campagne prévenir les dégatz dont il menaçait TEichstett, et dont il avoit desja tant de fois affligé les Ëtatz des princes catholiques et les fîdelz serviteurs de sa majesté impériale a, le Jour d'hier, esté couronné par rheureux succès d*une victoire qu'il a pieu à Dieu nous donner sur luy, les particularitez de la quelle et de tout ce qui s'est passé depuis que Je suis k sa suite, J'ai estimé devoir faire entendre à voslrô Altèze Serenissime, afin qu'elle en fut fidèlement informée : il est donq que m'estant approché de l'armée du dit prince Christian, qu'il avait logée sur une colline proche de Gottingen, J'ay, le 40 du mois passé, fait battre, à la vue de ses trouppes le château de Friedlandt, lequel tant s'en fault qu'il aye secourru, comme il semblait le vouloir faire, qu'an contraire quatre ou cinq Jours après, il a de nuict levé son camp (que toutes fois, il avoit commencé de retrancher) et comme s'il eust désespéré de pouvoir effectuer quelque chose de ce costé, il a tourné ses desseins ailleurs et a prins la route de la rivière de Weser. Incontinent que J*en suis esté adverty, et que J'ai eu nouvelles asseurées du chennin qu'il tenoit, je me suis mis à le suivre, mais il avait desJa cet avan-

Archives du Royaume. Liasses de l'audience.

tage. que deux joore auparavant que sceu arriver au dit Weser, il lavait passé à Hamel et la dilBculeté que ceulx de Hipen faisoient de me donner passage par leur ville m*a encore retardé un Jour à dresser on pont sur lequel mon armée a passé le 30 de juillet, poursuyvant Tennemy avec toutte diligence possible, par le pays de Paderborn, les comtés de la Lippe et Ravesberch et l'évesché de Munster. Le 4 de ce mois, vers le soir, Je suis arrivé à Grève sur la rivière d^Eros, où il avait passé le matin. Jcy mes avant courreurs on commencé k descouvrir son arrière garde, avecq quelque escarmouche : le lendemain s'estant joinct à moy le comte d'AnhoU, mes trouppes passèrent leau de bon matin, et comme je reçeuz nouvelles qus Tennemy paraissoil de rechef, et tiroit vers Steenvoorde, j'ay basté de m'advancer, et sur le soir ay découvert quelques trouppes de sa cavallerie, en une bruyère au delà du dict Steenvoorde, oh cependant que mon armée arrivoit, Ton fit quelques légères escarmouches, avec lesquelles en entretint Tennemy jusques à la nuict que je me logeai en la dite bruyère. Jcy j'eus advis que son dessein n'étoit pas tel qu on Tavoit bien jugé auparavant, je venlz dire de se joindre au Mansfeldt, aios plus tost d*aller passer le Rhin a Rees ou Schenctrischoms et donner dans les Pays- Pas à Tassistance des Ëtatz rebelles, qui, à ce qu'on dit, a voient desja avancé de leurs trouppes pour faciliter son passage. Le lendemain matin qui estoit celluy d'hier, j'ay faict de rechef marcher mes trouppes dès la poincte du jour, et sur les huict heures, la cavallerie de mon avant-garde ayant attainct celle de l'ennemy, on a commencé l'escarmouche, mais comme le gros de mon armée parut, il se retira au travers d'un petit bois, en une aultre plaine, où il fit halte et rangea en bataille plusieurs escadrons: pendant que pour la difficulté du passage ma cavallerie entra en campagne avec plus de courage ^ue d'ordre, le comte de Stirm est venu à la charge avec un desdits escadrons, mais il a esté soutenu en sorte par deux de mes compagnies qui s'éstoient desja mis par ensemble que le dict comte de Stirm y est demeuré mort avec un capitaine et le jeune conte de Latour, blessé de deux arquebusades, à ce que j'entends incurables, l'une au travers .de la gorge et laultre au travers du corps. Incontinent après l'ennemy s'est de rechef retiré, et comme tout le chemin de ceste journée a été en campagne rase entre couppée de petits bois et de passages eslroitz, il a faict sembler retraicte jusques à trois ou quatre fois secondant toujours son canon et bagage avec mine de vouloir combattre. Enfin je l'ay faict suyvre de si près, qu'ayant tourné teste tout a faict, il a mis en bataille quatre régiments d'infanterie et quelque cavallerie, et a tiré sur mes trouppes cinq ou six voilées de canon, mais comme je les

276 GOBRESPONDANGE DE TILLY.

envoyois attaquer par deax de mes régiments et que Je les salnai pareillemeot avecq quelques canonnades, ils se sont autrefois retirez en une bruyère plus avant proche de Stadtloon ou estait le surplus de leur infanterie et cavallerie avec six pièces d'artillerie, celui-ci leor donnant encore cet avantage qu'un marais leur couvroit une bonne partie du fiancq. Je les aiy quant et quant faict suivre par une édite de mousquetaires, lesquels secondez par quelques trouppes de cavallerie de mon avant-garde, les ont agressé avecq telle résolution qu ils les ont rompu et entièrement mis en déroute. Les tués du costé de Tennemy montent à six mille ou environ et entre iceulx un ducq de Saie- Weymar et plusieurs capitaines et officiers ; nous avons gaigné toute Tartillerie qui ostoit de 46 grosses pièces et quatre mortiers,' grande quantité de munitions et de bagage, et quelque soixante drappeaux et huict cornettes. Les prisonniers de marque sont : un aoltre dacq de Saxe Weymar, frère aisné du susdict qui est griefvement blessé, un ducq de Saxe-Altenborch qui est celluy qui Tannée passée avoitlevé un régiment pour le service de Sa Majesté catholique, un comte de Lieuwenstein, un comte de Wittquenstein, et un Rhingrave coronel, un Jeune comte de Schlicq, le comte d*Isenborg général de rarliUerie, le commissaire général Frenq, les colonels Spée , May et Sidon, la pluspart des lieutenants- coronelz, capitaines et officiers de Tinfanterie, et par dessus iceulx plus de quatre mille soldatz. Le ducq Christian s'est retiré vers Vrevoort avecq quelques trouppes.de cavallerie que les miennes fatiguées du chemin des Journées passées n'ont scea atteindre. Des nostres y sont demeurez quatre capitaines de cavallerie et un d'infanterie et peu de soldatz. Â Dieu soit la gloire de cette victoire qu'il a voulu opérer par nos mains; à la confusion de. cest esprit tant fécond en desseins pernicieux desquels les Pays-Bas , et signament le Brabant ont esté le théâtre, à ce que J'ai appris des principaux des dicts prisonniers. J 'espère qu'ils seront interrompus par cet^e route et que votre Âltèze Serenissime me continuant l'honneur de ses bonnes grâces, recevra bénignement ces petits ad vis par la main du comte, mon frère, comme un efifet de la volonté que J'ay et auray tousjours au service de Votre Altèze Serenissime et de Sa Majesté, lesquelles Je prie le Créateur de conserver, Madame, en parfaite santé k longues années.

Au dit Stadtloon, le 7 d'août 46i3.

De S. A. S.

Très-humble et obéissant serviteur.

Jan, conte T'Serglais de Tiut.

BATAILLE DE STADTLOO.

Extrait du rapport du Comte de Tilly , présenté à (Electeur de Bavière par le Comte de Gronsfsldf. (Imprimé à Ausbourg, d'après ï édition de Cologne, en 4623).

Rapport et spécification de ce qui s*est passé dans la bataille livrée par le généralissime impérial, Feld Maréchal Sieur Comte de Tilly, avec la liste des seigneurs tués et Faits prisonniers.

Duc Guillaume de Saxe Weymar, Colonel, blessé et prisonnier.

Duc Frédéric de Saxe-Altenbourg. Colonel, prisonnier.

Comte Wolf Henri d'Isenbourg Budingen, général de rartillerie et Colonel, prisonnier.

Un Comte de Lœwenstein, prisonnier.

Un Comte de Scblick, prisonnier.

Un Comte de Wittgenstein

Rbingrave Jean Philippe j

Henri Frenck, Commissaire général et colonel [ j

Colonel Suée \ . .

Colonel Mey ( P"^»"»'"»

Colonel Sidon

Cinqnantes Capitaines

Soixante-treize drapeaux ont été remis au général, un plus grand nombre a été déchiré.

Huit étendards.

7,000 prisonniers, parmi lesquels plusieurs officiers dont la liste serait trop longue.

4,000 morts, parmi lesquels le lieutenant Colonel Pithan.

Le Comte de Thurn a été blessé de deux balles, dont il est mort.

Le Capitaine de cavalerie Quect de Wiçkrecht, tué.

On a conquis 46 canons neufe, et trois mortiers, 300 voitures d'artillerie, avec toutes les munitions et les équipages de guerre, tous les chariots de bagage, entre autres deux caissons d'argent et quantité de provisions.

On pense qu'Halberstadt ne s* est échappé qu'avec 33 escadrons, et

qu'il 6*est réfugié en Hollande. Kniphausen et d autres Golonek qui n étaient pas avec lui ont été arrêtés. Il leur impute la perte de la bataille et veut faire retomber toute la honte sur eux.'

Etat des forces (Tinfanterie et de Cavalerie du Prince Christian d Halberstadt, lesquelles ont été écrasées et dispersées.

S. G. P- Le prince Christian

Le Comte de Styrum

Capit* Gaspard Greyffde Wesphalen

Duc Frédéric d'Âltenbourg

Duc Jean Frédéric de Saxe-Weymar

Comte de Thurn, le Jeune

Comte d'Isenbourg

Capitaine Toll

S. G. P. Le Prince Christian

Duc Guillaume de Saxe-Weymar

Duc Léonard de Saxe-Weymar

Colonel Knyphausen

Colonel Schenck

Colonel Toll

Colonel Spée

Colonel Mey

Lient* Colonel Plow (Dragons)

6 escadrons.

54 escadrons.

3,000 hommes.

En tout 34,600 h* d'infanterie.

COUHTE RELATION DE LA VICTOIRE RÉCEMMENT REMPORTÉE CONTRE LE PRIHCC CHRISTIAN DE BRUNSWICK, ÉVÊQUE D HALBBRSTADT.

Une autre relation fut également imprimée k Ingolstadt en 46i3, avec cette épigraphe.

Les impies ont tiré le glaive, et bandé leurs arcs pour opprimer les

* Kniphausen fut arrêté, en effet, par les ordres de Christian, qui voulait le Caire décapiter. Mais il fut relâché peu après, sur les instances du piiiice d*Orange, ^ui parvint à le réconcilier avec Tadministrateur.

ANIIEKES. 279

(raovres et les indîgens, pour mettre à mort les hommes au cœur droit. Mais leur glaive se retournera contre eux-mêmes, et leur arc se brisera. Ps.36. V. 4 4 et 4 5.

Ces Jours derniers, des bruits ioquiétans s'étaient répandus dans les Paya-Bas et rhénans, h propos de nouvelles annonçant que l'ennemi se renforçait, que Halberstadt se disposait à se Joindre au plus tôt k Mansfeld avec sa nombreuse armée, que par suite ces deux chefs réuniraient sons leurs ordres 42,000 chevaux, et une innombrable infanterie. Néanmoins, il a plu k la miséricorde divine de détourner ces calamités et de briser la puissance d'un ennemi orgueilleux par une défaite prodigieuse.

Car le Comte de Tilly ayant fait sa Jonction avec le S' d'Anholt et appris que Halberstadt campait avec 54 escadrons et 24 ,600 hommes de pied, dans la grande plaine eutre Stadloo et Steinwoorde, dans l'Evéché de Munster, il s*avanca aussitôt avec son armée, atteignit Farrière-garde de Tennemi avec un fort détachement d'infanterie et de Cavalerie (les lettres de Bruxelles parlent de 5,000 chevaux et de 6,000 fantassins) dispersa ladite arrière-garde, tomba avec tout son monde sur les bandes de Fennemi, et défit ou fit prisonnier toute f infanterie de Christian. La bataille a eu lieu le 6 Août, le môme Jour que le Cardinal Barberini a été élu pape, sous le nom de Urbain VIII.

Une autre lettre annonce que le combat a commencé par des escarmouches qui ont duré depuis le matin Jusqu'à 3 heures de relevée. Entre temps le Comte de Tilly a fait tirer quelques volées de gros canons sur les troupes ennemis, ce qui leur a causé de grandes pertes, puis il a fait son attaque avec toutes ses forces rangées en merveilleux ordre et parfaitement commandées. Halberstadt a commencé à céder do terrain ; mais le Comte de Tilly la si fort pressé que le dit Halberstadt s*est trouvé dans l'impossibilité de faire usage de son artillerie. Le combat a duré jusqu'à 9 heures du soir.

Suit la liste des princes et seigneurs faits prisonniers ; elle ne diffère de la précédente que par la mention du Lient* Colonel Terzy, de l'armée Bruns wickoise, blessé mortellement.

L'infanterie est, partie détruite, partie prisonnière, de sorte que sur neufs régimens, il ne s'est pas échappé 4 00 hommes.

Une bonne partie de la Cavalerie a été aussi tuée ou faite prisonnière.

73 drapeaux ont été remis au général. Les lettres de Bruxelles parlent de 430 tant drapeaux qu étendards.

On a pris 4 6 canons (les lettres de Bruxelles disent 4 8) et trois mortiers, etc.

Halberstadt s'est enfui honteusement à Brevoorde avec 33, d^autres

disent il escadrons, mais fort éclaircis. Don Ck>rdova a déjà marché sur Brevoorde et y assiège Halberstadt ; mais la place est, dit-oo, très forte. .

Il arrive Journellement k Cologne des fuyards qui maugréent contre Halberstadt et disent qu'il a conduit les pauvres soldats àlabçucberie au lieu de les payer.

Enfin, deux Jours après la bataillé, 2,000 Hollandais destinés k renforcer Halberstadt, ont paru sur Tes frontières. Tilly les a empêchés d'avancer plus loin.

Des gens du comte de Tilly sont restés morts, 3 capitaines de cavalerie, deux cornettes, 600 soldats. D'autres parlent de moins encore.

Très cher et bon amy ,

Nous avons reçeu la vostre du 7 de ce mois par l'addresse devostre frère de Tilly qui nous a esté fort bien venu avecque les ad vis et particularitez de la victoire que Diçu vous a donné cont;i% le ducq Christian de Brunswick dont nous le louons infiniment et luy rendons très humbles grâces d*un si heureux succès pour le bien qui en est reussy à nostre sainte religion et à tout lempire. Et comme sa divine bonté Ta octroyé soubs vostre conduite et commandement, nous ne pouvons laisser de nous en Conjouir avecq vous, ni de vous en dire ï la bonne heure. Estimant beaucoup vostre mérite et valeur, et le seing, diligence et célérité dont vous avez usé à le poursuivre. Ce que nous debvrions bien plus de vous tesmoigner par efifect que par lettre avecq asseurance que Toccasion s'en présentant nous serons tousjours fort portée à vous gratifier et Complaire. Et Dieu voue aye.

A Bruxelles, le 4 6 Âoust 4 823 .

6 Archives du Royaume. Liasses de Vaudience.

ANNBXE ^81

l'infante ISAB£IéLE AC comte de T8ERCLAB8 DE TILLT.

Très cher et bien amé,

La présente vous sera délivrée par le S*" de la Mothry da Conseil de guerre do Roy , mon seigneur et nepveu, gouverneur et soperintendanl de la Ville de Maestricbl, lequel nous envoyons vers vous pour le subject qu'il vous déclarera ; c'est pourquoy nous vous requerrons de luy donner en ce qu'il vous dira de nostre part entière foy et crédance.

Dt Bruxelles, le 47 d'Aoust 4623.

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