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T <* 1 VLIO TERTVL LO ANTIOCHO O B • I N S IG N E M I N S E D I G N A T I O N E M L- VALERI V S OP T A T I A N V S EQ • R- ADVOCAT VS CL I E N S • E I V S PA N AC RI V S
Antacio, virtutum omnium viro! T. Julio Tertullo Antiocho ob insignem in se dignationem L. Valerius Optatianus eq(ues) r(omanus) advocatus, cliens ejus. — Panacrius.
Ce personnage est totalement inconnu ; il appartient assurément au IIIe siècle.
Enfin la quatrième base, qui s’élève au coin sud de la pièce,
(i) C. I.L., VIII, 2393.
LES THERMES DU SUD
porte une inscription (l) à laquelle nous avons déjà fait allusion plus haut(2).
1 M P CA ES P L I C I N I O GALLIE NO 1 N V I C T O PIO FELICI A VG PONT M a x i ni 0 GER-Max - TR P O T • I I I • Cos ii P • P • P R O cos RESP-COL-TlA M V G • D E V ota N V M I N I • M A IESTATIÇREO RVM'
Imp(eratori) Caes(ari) P. Licinio Gallieno Invicto Pio Felici Au-
g(nsto) pont(ifici) m[aximo], Ger(manico) m[ax(imo)] tr(ibunicia) pot es-
tate) III c[o(n)s(uli) II] p(atri) p(atriae) pro[co(n)s(uli)] resp(ublica) col(oniae) Thamug(adensis) dev[ota ] numini majestatiq(ue) eonim.
Le monument est daté de l’an 25 ç. Nous avons dit qu’il ne fut sans doute érigé dans le caldarium qu’en 2^9.
La salle était voûtée en berceau, comme l’autre caldarium M car, par une particularité digne de remarque, les thermes de Timgad contenaient deux pièces dont la destination paraît avoir été identique et auxquelles on est bien obligé de donner le même nom.
Ce second caldarium (pi. XXXI et fig. 1 10) est plus grand que le premier: il mesure 6m, 3 7 de large et 1 3 m, 3 o de long. Trois baignoires garnissent le côté méridional. L’une, en prolongement du grand axe de
(2) Page 230.
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la salle, en occupe presque toute la largeur ($m, ço) ; elle est profonde de 3m,20 ; la seconde (//z) , aménagée dans le mur oriental (fig. i io), a 4 mètres de largeur et 2m,6o de profondeur. La troisième (/z) , qui lui fait face, est aussi profonde (2m,7o), mais moins large (3 mètres).
Chacun de ces bassins était séparé du sol de la salle par une murette qu’il fallait enjamber pour descendre ensuite par deux marches jusque dans Yalveas. Les marches permettaient aussi aux baigneurs, qui ne voulaient point s’immerger, de s’asseoir au niveau de l’eau et se traiter par aspersion. Le chauffage des baignoires se faisait par le sous-sol; nous y reviendrons plus loin. Elles se vidaient au moyen d’une canalisation en plomb communiquant avec l’égout.
On distingue encore, surtout le long du mur septentrional, au pied, les restes de la disposition qui permettait à l’air chaud des hypocaustes de circuler tout autour du caldarium, dans la muraille. Les conduits n’étaient point composés d’une série de briques, creuses à l’intérieur, superposées et communiquant entre elles par leurs ouvertures supérieures et inférieures, — procédé qu’on a constaté dans les ruines de certains thermes (l), — ni de plaques de terres cuites, pourvues à chacun de leurs angles de saillies en forme de mamelon, telles qu’on en a trouvé, par exemple, dans les Nouveaux bains de Pompéi(2); on avait ménagé, le long de la muraille, un espace vide divisé par
Fig. 110. — Caldarium.
(1) Schôpflin, Alsatia illustrata , I, pl. XV, 4; Bossler, Die Rômerstatte beiBebel, p. 3 1 ; Radimsky, Wissenschaftliche Mittheilungen ans Bosnien, p. 232 et 233.
(2) Overbeck-Mau, Pompeji, p. 227; Mau, Pompejan. Beitr., p. 149; Nissen, Pompeijan. Studien, p. 65 ; Fiorelli, Pompei, p. 165 ; Monumenti antichi... dei Lincei, 1897, -p. 462.
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une série de petites cloisons, sur lesquelles on avait appliqué des carreaux de terre cuite scellées par du mortier, et on avait masqué le tout par un enduit. Ces tuyaux communiquaient, par leur partie inférieure, avec rhypocauste.
Dans cette salle a été trouvée une troisième statue de nymphe à la coquille, laquelle appartenait peut-être à la piscine I’.
Entre ces deux caldarium s'étend une pièce L, jadis voûtée en arêtes (fig. 1 1 1) : elle est large de 6m,68 et longue de 9’n,6 y . Avant
de chercher sa destination, il est nécessaire de signaler une modification importante apportée, avec le cours du temps, dans le plan des thermes romains (I).
Dans certains bains, dans ceux qui remontent à une époque
ancienne ou qui en suivent les traditions, l’étuve était placée à l'extrémité du caldarium, juste au-dessus des fourneaux; on lui donnait la forme d’un hémicycle voûté en cul de four, de telle sorte que la chaleur amassée sous la coupole étant continuellement accrue par celle qui montait de l’hypocauste, on arrivait à obtenir dans cette partie du monument une température fort élevée. Mais, en pareil cas, le laconicum n’était, somme toute, qu’une partie, une dépendance du caldarium ; ou, si l’on veut, les thermes ne possédaient pas de laconicum, mais un caldarium perfectionné (2).
Cette conception est celle de Vitruve, qui nous a transmis les
Fig. iii. — Laconicum.
(1) Cf. à ce sujet Saglio, Dictionnaire des Antiquités , s. v. Balneum et surtout, Pauly- Wissowa, Realencyclopedie , s. v. Bâder.
(2) Les grands thermes construits à Rome par les empereurs et dont le plan se répète
presque identique, ceux de Titus, de Caracalla, de Dioclétien, de Constantin sont bâtis suivant les traditions anciennes: il n’y a pas de laconicum distinct.
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préceptes des âges antérieurs à lui et de la Grèce fl). Mais il semble que vers la fin de l’époque républicaine et pendant l’empire on ait donné un rôle beaucoup plus considérable, dans le traitement thermal, aux bains d’air brûlant. Dès lors l’étuve constitua, toutes les fois qu’on disposait de la place nécessaire, une division bien nette du caldarium, séparée de celui-ci par des murs de refend; parfois une pièce tout à fait distincte. C’est ainsi qu’à Pompéi, les Anciens et les Nouveaux bains, qui remontent à une date plus ancienne que notre ère, nous offrent l’exemple d’un laconicum voûté, dépendance du caldarium1 (2), tandis que dans les Thermes du centre, qui étaient en construction au moment de la catastrophe de 79, le laconicum est une salle spéciale (3). If en est de même, avec différentes variantes, à Wroxeter(4), en Angleterre ; à Perennou(5) 6 et à Champlieu^ en France, à Mackwiller(7) en Allemagne, à Lambèse^8), à Cherchel(9), à l’Oued-Athmenia(lo) en Afrique.
Ceci posé, il n’est point difficile d’identifier la salle L des thermes de Timgad : elle constitue le laconicum. L’édifice avait été construit suivant les habitudes de l’époque impériale; l’étuve y forme une chambre distincte, et conçue dans de grandes proportions. Cette particularité est fort intéressante à signaler. On ne peut s’empêcher, au reste, de constater qu’une place très importante a été réservée dans cet établissement aux bains chauds; le frigidarium et les parties accessoires ont été relativement moins largement traités.
Il nous reste à parler d’une salle indépendante du système que nous venons d’étudier, celle qui est marquée sur le plan par la
(1) Archit., V, r 1 et 12.
(2) Overbeck-Mau, Pompeji, p. 202, 210,
(3) Ibid., p. 234, 237.
(4) Archaeol., IX, pl. 31 et 32.
(5) Caumont, Antiq. monum., 1837, pl. 3.
(6) Peigné-Dehcoun,L’hypocaustedeChamp-
lieu, 1867.
(7) Caumont, Antiq. monum., 1860, p.
(8) Rec. de la Soc. de Constantine, 1866 (X), pl. 28.
(9) Gsell, Cherchel-Tipasa, p. 45 et plan annexé.
(10) Recueil de la Soc. de Constantine, 1878 (XVIII), p. 437 et suiv. ; pl. XIX.
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lettre A. Elle s’ouvre sur le couloir RP”, à quelques pas de la porte P”, dont elle est séparée par un escalier de cinq marches.
Cette salle (fig. i i 2) affecte la forme d’un demi-cercle dont le diamètre est de iq mètres. La face qui longe le couloir était décorée dans son milieu d’un motif décoratif soutenu par deux colonnes et accompagné à droite et à gauche de deux pilastres. La face demicirculaire est divisée en vingt-huit compartiments limités par des séparations, dont les traces de scellement sont encore parfaitement reconnaissables; ils contenaient à n’en pas douter des sièges de latrines. Chaque siège, en pierre, profond de om,$i, était percé en
Fig 112. — Latrines des thermes.
son centre d’un trou de om,2i de diamètre, légèrement échancré en avant; c’est une disposition que nous avons déjà notée à propos des latrines du forum. Les deux établissements offrent, d’ailleurs, dans leur aménagement, les analogies les plus frappantes ; l’installation était, de part et d’autre, parfaitement comprise. Au bas de chaque place, des rigoles, taillées dans le dallage, avaient pour objet de conduire les liquides à un profond canal qui courait, dans le sous-sol, tout le long de la paroi interne de la construction.
Aux deux extrémités, en t, des robinets déversaient de l’eau dans un caniveau large de om,20 qui faisait le tour de la salle ; au centre existait également une fontaine plus importante, remplacée
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à une date postérieure par une plate-forme. On se servit, pour établir celle-ci, de deux morceaux d’inscriptions empruntées à quelque édifice de la ville. Ce sont des fragments d’une dédicace à l’empereur Claude I I(l) qui régna de 268 à 270. La réparation de la fontaine eut donc lieu au IVe siècle, suivant toute vraisemblance.
Fig. 11 3. — Couloir desservant les fourneaux.
La salle était pavée, non point de grandes dalles comme les latrines du forum, mais d’une riche mosaïque, ce qui est digne de remarque dans un endroit de cette sorte. On y avait représenté des
(1) Bull. arch. du Comité, 1893, p. 16 1.
2$2 LES THERMES DU SUD
animaux dans un motif central et tout autour des rinceaux faits de motifs variés. Il ne reste plus guère d’intact qu’un crocodile.
L’existence de latrines dans un établissement thermal est chose toute naturelle. Néanmoins on n’en avait pas encore trouvé d’exemple aussi concluant. Celles des Nouveaux bains de Pompéi sont tout à fait exiguës (6m, 3 2 sur 3m,9°)(l); ailleurs les lieux d’aisance ont laissé si peu de traces que l’on n’a pas cru les reconnaître ou trouvé inutile de les signaler.
Telles sont les différentes salles qui constituaient le rez-dechaussée des thermes. Ils ne possédaient pas d’étage supérieur; mais un sous-sol s’étendait sous une partie du monument et l’agencement en est fort bien conservé. Il mériterait une description détaillée, s’il ne reproduisait, à peu de chose près, ce qui a été constaté ailleurs. Nous insisterons surtout sur les détails propres à Timgad. (Voir la planche XXIX.)
On y pénétrait, ainsi qu’il a été dit, par la cour de service au moyen de deux escaliers ( d , d). Ils conduisaient aux deux extrémités d’un couloir voûté qui circulait tout autour des hypocaustes, donnait accès aux différents fourneaux (fig. 113) et permettait de surveiller les chambres de chauffe. Le couloir était éclairé par des regards percés dans la voûte.
A la pointe sud-est, une grande salle, soutenue par des piliers I, a dû servir de réserve pour le combustible (fig. 1 14) ; on y a trouvé des résidus de charbon de bois incrusté dans les murs; et l’on sait que c’était là la matière que l’on utilisait de préférence, le bois n’étant employé que beaucoup plus rarement (2).
Les fourneaux, tous construits en briques, sont au nombre de dix : un sous le tepidarium (1), trois sous le petit caldarium (2, 3, 4), un sous le laconicum ($), les cinq autres sous le grand caldarium. Ils se composent, sauf les fourneaux 7 et 9, de petites chambres
(1) Overbeck-Mau, Pompeji , p. 233.
(2) Cf. sur ce détail l’article du P. Thé-
denat dans le Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines , s. v. Hypocaustum.
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voûtées, bâties en moellons et en briques, et de longueur variable, semblables en somme à nos fours.
L’aménagement de ceux qui existent sous les caldarium est par-
Fig. ii 4. — Réserve pour le combustible.
ticulièrement curieux. La chaleur, avant de pénétrer dans les hypocaustes soutenant les salles, passait sous les alvei qu’elle enveloppait contribuant ainsi à y maintenir une température élevée.
Les fourneaux 7 et 9 sont beaucoup plus grands que les autres
(fig. I I 0 ; c’est qu’ils contenaient chacun une chaudière destinée à alimenter les baignoires du grand caldarium.
Un voit encore la trace de ces récipients dans le mortier où ils
Fig. 1 1 j. — Fourneau.
etaier|t scellés; ils occupaient la partie circulaire qui termine la paioi nord de chaque chambre. Leur diamètre était de im,6^. On connaît beaucoup mieux aujourd’hui, depuis la découverte de la villa délia Pisanella, près Pompéi, la façon dont ces réservoirs étaient
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aménagés. Il suffira de rappeler que dans les ruines de cet établissement on a trouvé en place, au-dessus du fourneau, un grand cylindre, ou plutôt deux cylindres de plomb superposés et réunis ensemble. Le fond se composait d’une calotte sphérique de bronze où le bas du cylindre était engagé. A mi-hauteur étaient fixés plusieurs tuyaux de plomb munis de clefs par où l’eau froide pénétrait dans le récipient. Au bas un conduit de décharge, réglé par une clef de bronze, permettait l’écoulement de l’eau chaude (I). La figure que nous donnons ici (fig. 1 1 6) , et qui est composée d’après le travail de M. Pasqui, montre tout ce système de réservoirs et de tuyautage; elle permettra de se représenter l’état antique des chambres de chauffe 7 et 9, dans les thermes de Timgad, mieux que tout ce que nous pourrions ajouter.
L’établissement des hypocaustes n’offre rien de particulier. Comme partout, ils se composaient d’un système de piles superposées, hautes de o'n,8o à om,90 et espacées de om,4o environ (exactement om,$8 d’axe en axe, la largeur des briques étant de om,2o sur om,2o). Sur ces piliers était établie la suspensura; de larges briques posées horizontalement et reposant par leurs extrémités sur quatre piliers formaient un premier lit, recouvert d’une couche de béton et décoré extérieurement d’une mosaïque ; en tout le plancher mesurait om,2q d’épaisseur.
Il n’est pas sans intérêt de noter que les caldarium étaient chauffés, l’un par deux fourneaux, l’autre par trois, tandis que le
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Fig. l 1 6.
(1) Monumenli antichi . dei Lincei, 1897, p. 450.
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sous-sol du laconicüm n’en possédait qu’un seul, de dimensions assez restreintes. Sa situation entre les deux caldarium , dont le voisinage seul y entretenait une température constamment élevée, pourrait peut-être expliquer le fait en partie.
Au Sud-est, derrière les latrines, le plan (pl. XXVI 1) montre deux bassins rectangulaires qui ont été découverts en 1895. Il n’est pas téméraire de supposer qu’ils avaient quelque relation avec les
thermes ; ils servaient probablement à emmagasiner l’eau destinée à alimenter les pis¬
cines et les baignoires.
A l’Ouest, sur la voie, on a recueilli, au cours des fouilles, deux statues, dont l’une au moins provient assurément de l’établissement. Dans la première (fig. 1 1 7) il n’est pas difficile de reconnaître une Hygie, de dimensions à peu près semblables à celle dont il a été question plus haut. Elle mesure im,oç de haut.
Elle a ceci de remarquable que : la tête et les bras, les mains même, sont à peu près intacts; peu de statues africaines ont éprouvé une égale bonne fortune. La déesse est représentée dans la pose et avec les attributs traditionnels, mais diadémée et l’épaule gauche nue, la draperie ayant légèrement glissé jusqu’à la hauteur du sein. Le même détail s’observe sur la statue du Musée de Lambèse, déjà citée par nous.
Toute la partie centrale du serpent subsiste; la tète qui se tendait vers la patère, suivant l’usage, a seule disparu. Malgré sa petitesse ou peut-être précisément à cause de cette petitesse, les formes de cette statue sont plus rondes, plus épaisses que celles de l’autre Hygie de Timgad.
Le second morceau de sculpture, de grandeur naturelle, offre
Fig. 1 1 7.
l’image d’un homme nu; la tête, les bras, le bas de la jambe droite à partir du genou, et toute la jambe gauche ont été brisés. Rien ne permettrait de lui donner une attribution, si la poitrine n’était garnie d’une courroie passant sur l’épaule droite et retombant sur le côté gauche, à hauteur de la taille. On reconnaît là l’ornementcaractéristique des représentations d’Apollon citharède (l). Cette courroie servait à supporter le poids de la lyre, qui s’appuyait sans doute sur la hanche gauche, à l’endroit où l’on aperçoit encore une attache visible. Un autre tenon existe de l’autre côté, au haut de la cuisse droite : il reliait la statue à quelque tronc d’arbre ou qu la nature.
En résumé les Grands Thermes du Sud à Timgad ne constituent pas, comme d’autres monuments de la ville, la curie ou le marché, par exemple, une nouveauté Fis- “8pour les études d’archéologie romaine : les dispositions générales sont conformes aux types déjà connus et, s’ils trahissent quelque originalité, c’est plutôt dans l’aménagement de certains détails. Il n’en est pas moins vrai qu’ils prennent rang parmi les établissements balnéaires les mieux conservés que l’on connaisse. Les parties élevées sont malheureusement écroulées ; mais le plan du rez-de-chaussée et le sous-sol ne sont nulle part en meilleur état. Ils nous montrent bien comment, dans une ville de province aisée, on concevait le confortable des bains, comment on réussissait à y allier la commodité au souci des embellissements artistiques et au plaisir des yeux.
(i) Reinach, Répertoire de la statuaire grecque et romaine, I, p. 242, 247, 250, 251,
255 ; II, p. 94, 95 ; Gauckler, Musée de Cherche}, p. 132 (avec la note) et pl. XII, 3.
LES THERMES DU SUD
2° PETITS THERMES DU SUD
Redescendons maintenant vers le decumanus maximus.
Un peii avant de rencontrer la rue transversale à laquelle nous avons donné le nom de voie du théâtre, nous remarquerons sur notre gauche une fontaine monumentale, qui est venue masquer, à une certaine époque, hune des rues parallèles à la voie du théâtre et au decumanus maximus. La partie centrale formant saillie était accompagnée sur les côtés de deux colonnes correspondant à autant de pilastres. Un grand bassin encore en place faisait une légère saillie sur l’alignement de la rue.
En face s’ouvre une rue dirigée vers le théâtre parallèlement au decumanus maximus ; celle-ci limite au sud un pâté entouré d’autre part par la voie que nous avons suivie pour revenir des grands thermes, par celle du théâtre et celle de la curie. Ce pâté était entièrement occupé par un second établissement balnéaire, plus petit que le précédent, mais assez semblable pour la disposition générale (fig. 119).
L'entrée principale est en A sur la voie du théâtre. Elle donne accès dans un vestibule, une galerie B, où s’ouvrent les portes intérieures de l’édifice. On a remarqué qu’elle était percée non au milieu, mais sur le côté du vestibule, faisant face à un mur plein, de telle sorte qu’on ne pouvait pas apercevoir du dehors ce qui se passait dans l’intérieur de l’édifice ; disposition qu’on a soin de conserver fidèlement, aujourd’hui encore, dans la construction des bains maures, en Afrique : la nécessité même l'impose. A l’origine, le vestibule n’avait qu’une largeur minime, deux mètres au plus, — à cette époque le mur oriental des bains suivait l’alignement des autres constructions qui bordent la rue de la curie. Ce n’était alors, en réalité, qu’un couloir. Plus tard on voulut en faire une pièce véritable, capable de contenir un certain nombre de personnes ; on
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empiéta sur la largeur de la voie en reculant le mur vers l’Est de près de quatre mètres; au lieu d’un pavé en mosaïque, comme celui
Fig. il 9. — Flan de? petits thermes.
qui existait dans le couloir primitif, on dalla le sol de la galerie rajoutée — ce dallage est superposé à celui de la voie ; — enfin on
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ouvrit une seconde porte plus petite A’, sur la rue qui fait face à la fontaine.
Deux autres entrées secondaires existent à l’angle Nord-ouest et à l’angle Sud-ouest de l’édifice ; l’une et l’autre conduisent dans des galeries voûtées qui donnent accès aux fourneaux du sous-sol ; c’étaient des portes réservées au service. On se rappellera que la même disposition a été constatée pour les grands thermes voisins.
Au fond du vestibule existait autrefois une petite pièce, C,
aujourd’hui à moitié détruite. On peut y chercher le bureau du tenancier.
Trois grandes baies, larges de 2m,2^, permettent d’accéder du vestibule dans une salle carrée de 9 mètres de côté, antichambre ou salle des pas perdus, analogue à celle qui, sur le plan des grands thermes, est marquée de la lettre B.
Sa destination devait être la même.
Dans cette salle on a trouvé encore en place et assez bien conservée une grande mosaïque à figures. La partie centrale représentait un sujet dont on possède de nombreux exemples, les quatre saisons T. Suivant l’usage le printemps y est représenté par une tête de jeune femme ornée de Heurs ; l’été est figuré par une autre tête ceinte d’épis de blé, et accompagnée d’une faucille. La figure ci-jointe (fig. 120) représente ce morceau de la mosaïque. L’automne, assez endommagé, devait
(1) La liste de toutes les mosaïques représentant les Saisons a été donnée par M. Héron
de Villefosse dans la Galette archéologique, 1879, p. 148 et suiv.
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se montrer sous les traits d’une femme couronnée de raisins et de pampres ; et l’hiver, qui a totalement disparu, sous ceux d’un personnage, la tête enveloppée d’un capuchon, et caractérisé par un hoyau ou par des roseaux. Chaque médaillon est entouré de riches bordures formées d’entrelacs aux couleurs variées.
Le champ de la mosaïque est semé de figures d’animaux, surtout d’oiseaux, canard, paon, perdrix, etc., tous motifs chers aux mosaïstes africains.
Au milieu des débris se trouvait également une grande statue sans tête, de im,70 de hauteur (fig. 121). Le costume est celui d’une femme: tunique et palla.
Le bras droit, plié en deux, est enveloppé dans la draperie; la main seule émerge, ramenée à la hauteur de la poitrine. L’autre bras est étendu et la main relève le bas du manteau. Deux fois déjà nous avons reproduit des statues tout à fait analogues dans les pages qui précèdent^ : c’est un type courant 1 (2) *. Celle-ci n’est ni mieux conservée, ni d’un art plus soigné; mais elle offre deux particularités qu’il est impossible de passer sous silence. Elle a à ses pieds des rouleaux de papyrus réunis ensemble par un lien qui les entoure ; de la main gauche elle tient, en même temps qu’un pli de son vêtement, deux têtes de pavots et deux épis assez mal figurés, il est vrai, mais dont la nature se précise par comparaison avec les représentations analogues déjà connues. Ces derniers attributs sont ceux de Démèter, de Cérès. Les céréales, froment, orge ou épeautre et le pavot étaient parmi les végétaux, ceux dont la révélation et la production étaient spécialement attribuées à cette divinité (5).
Fig. 121.
(1) Plus haut, p. 1 12, fig. 49 et 189, fig. 84.
(2) Cf. Reinach, Répertoire de la statuaire
antique, II, p. 665 à 668.
(3) Cf. Lenormant, dans le Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines, s. v. Ceres. I, p. 1035.
LES THERMES DU SUD
Les artistes s’en sont servis d’une façon constante pour caractériser les images de la déesse (I). De même lorsqu’on voulait représenter une femme en Cérès, on lui mettait à la main des pavots et des épis. Telles sont plusieurs statues d’inconnues provenant soit d’Afrique (2), soit d’Italie(3).
Tels sont aussi, — et ce monument est plus important encore parce qu'il nous montre combien le type était adopté en Afrique,
Fig. 122.
deux bas-reliefs trouvés par M. le capitaine Lebreton à l’Henchir-es-Sif (Tunisie) (4).
Sur un cippe funéraire hexagonal (fig. 122) est représenté un Romain barbu, drapé dans sa toge, entouré des membres de sa
(1) Reinach, Répertoire de la statuaire grecque et romaine, II, p. 239 et suiv.
(2) Overbeck, Griechische K unst mythologie, II, p. 465, n° 17 et pl. XIV, n°23 ; Gauckler, Musée de Cherche l, p. 58, 59.
(3) Reinach, op. cit., p. 656, 9. Les impé¬
ratrices étaient parfois figurées de la sorte.
Voir par exemple la Faustine restaurée du Louvre. (Reinach, op. cit., p. 240, 1 ; Catalogue sommaire des marbres antiques du Louvre, n° 1139).
(4) Bull. arch. du Comité, 1893, p. 238, pl.
LES THERMES DU SUD
famille; les femmes qui occupent sa droite et sa gauche, sa femme sans doute et sa fille, portent toutes deux le bras droit replié et enveloppé dans leur manteau et ont, à la main droite, l’épi et le pavotff'f Ces comparaisons nous amènent à voir, dans la statue des thermes de Timgad, bien plutôt qu’une Cérès, une dame romaine en Cérès. La présence de rouleaux de papyrus à ses pieds est assez difficile à expliquer. Cet objet est absolument étranger aux représentations de Cérès ; fréquent sur les statues d’hommes à l’époque impériale, il est tout à fait exceptionnel pour les statues de femmes, à cause de l’idée même qu’il exprime : on ne le trouve qu’à côté de Muses ou de femmes poètes(2). Il est possible qu’il ait été attribué à la personne représentée ici, pour célébrer ses qualités littéraires: dans une ville où un grammairien s’amusait à faire graver en onciales au forum et dans des bains, son nom et ses qualités, et dans quel style (3) ! on peut croire à l’existence de quelque femme savante ou artiste (4). Mais l’explication est peut-être beaucoup plus simple encore. Qui sait si cette addition n’est pas simplement imputable à la fantaisie du sculpteur qui, sans attacher de signification à ces rouleaux, les aurait placés aux pieds de la femme, parce qu’on avait l’habitude d’orner ainsi les statues d’hommes ? Qui sait s’il n’a pas trouvé sur le modèle dont il s’est inspiré un objet différent, autel ou ciste, et s’il ne l’a pas transformé, par imitation, en un paquet de papyrus ?
Au fond de cette même salle, en face de l’entrée, à droite on remarque une niche demi-circulaire dont le sol est recouvert de mo-
(1) On pourrait se demander si le sculpteur n’a pas voulu représenter ainsi des femmes attachées au culte de Cérès, comme prêtresses ou comme desservantes de rang inférieur. Les représentations de prêtresses de Cérès sont rares encore en Afrique ; la seule dont on pourrait tirer quelque lumière est mutilée (C. I. L., VIII, 1233 1, épitaphe d ' Aemilia Amotmicar , sacerdos Cererumj. La prêtresse est figurée à côté d’un autel sur
lequel elle laisse tomber des grains d’encens ou une offrande; de la main gauche elle tenait un attribut aujourd’hui méconnaissable. (Doublet, Bull. arch. du Comité, 1892, p. 129).
(2) Cf. Reinach, Rev. arch., 1898 (XXXII) p. 162 et 163 (statue de Corinne).
(3) Cf. plus haut, p. 236.
(4) A Gafsa on a trouvé mention d’une musica (C. I. L., VIII, 126); à Dougga d’une paedagoga (1506).
LES THERMES DU SUD
saïque. Peut-être contenait-elle quelque fontaine, quelque lavabo. Il se pourrait même qu’il faille y replacer en imagination une petite statue de pierre qui a été découverte dans les constructions de basse époque voisines des thermes. Elle représente un jeune enfant haut de om, 8$ (fig. 123). La figure est joufflue et le front couronné d’une chevelure frisée. Le bras droit élevé, se replie au-dessus de la tète
pour retenir, par une anse, une urne reposant sur l’épaule gauche. Le bras gauche est brisé: suivant toute apparence, il se relevait soutenant l’urne de l’autre côté. Celle-ci ne s’appuie pas directement sur le haut du bras; elle en est séparée par une draperie dont une extrémité apparaît sur l’épaule, tandis que le reste retombe par derrière jusqu’aux pieds. C’est là un sujet de fontaine assez commun et la pose n’est pas nouvelle (l): on en a trouvé des exemples à Mantoue, à Eormies(2), et à Rome(3). Un détail pourtant mérite de fixer l’attention. La statue est percée de part en part d’un petit canal qui donnait passage à un tuyau ; celui-ci, traversant l’épaisseur du corps, aboutissait à l’appareil urinaire de l’enfant; l’eau s’en échappait, comme elle s’échappe, à Bruxelles, du Mannenkenpiss.
Là encore nous avons, d’ailleurs, des analogies. Presque à l’époque où les ruines de Timgad nous rendaient ce morceau de sculpture, on trouvait à El-Djem, en Tunisie, la statuette en marbre d’un berger, percé lui aussi d’un canal d’écoulement qui va de l’anus
(1) Reinach, Répert. de la statuaire grecque (3) Ibid., p. 436, nos 7 et 8. Dans ce der-
et romaine, II, p. 436, n° 6. nier exemplaire l’indication de la draperie est
(2) Ibid., p. 437, n° 1. identique.
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au pubis, et la main droite placée de telle sorte qu’on ne peut garder aucun doute sur les intentions du sculpteur (I).
De la salle centrale on pénètre au Sud, par trois ouvertures, dans une chambre rectangulaire oblongue, E. Le sol en est aussi couvert d’une mosaïque. Primitivement, il y avait un pavement riche, orné de dessins géométriques ; puis, à un certain moment, par suite d’un accident ou simplement de l’usure, on lui substitua un dallage économique fait de cubes noirs unis.
Le seuil des trois portes est pareillement orné de mosaïques. Dans cette pièce latérale, nous reconnaissons une de ces galeries de repos ou de conversation chères aux baigneurs.
A l’autre bout, vers le Nord, trois chambres sont nettement dessinées. L’une, F, qu’il serait plus juste peut-être d’appeler un renfoncement, une alcôve, n’était point séparée de la salle D par un mur percé d’une porte ; si l’ouverture en était close, c’était par un rideau. Ici encore le sol est recouvert d’une mosaïque à ornements géométriques. Nous ne nous tromperons point en y plaçant le vestiaire. A côté, un espace rectangulaire de 3m,$o de large sur 2 mètres de profondeur mène à une piscine. Rien de particulier à signaler à propos de celle-ci, sinon qu’on y descendait par trois marches, que le fond en est formé d’une mosaïque à damiers alternativement vert clair entourés de blanc et noirs, les côtés étant encadrés de bordures à grecques noires et blanches ; que les parois de la cuve sont nettement inclinées et que le trou de décharge est encore parfaitement visible. Il est curieux de constater à quelles infimes proportions se réduit le frigidarium dans ces bains.
Par contre la partie réservée aux bains chauds (pi. XXXII) a donné lieu à un aménagement complet et très soigné. La première pièce, 1, est reliée à la salle D par une ouverture de im,6o. La place que cette chambre occupe nous indique un tepidarium bâti
(1) Gauckler, Bulletin de la Société des Ami- (vignette). La statuette fait aujourd’hui partie quaires de France , 1895, p. iro et suiv. du musée de Sousse.
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sur hypocaustes. On notera qu’il ne recevait pas la chaleur d'un fourneau spécial ; elle lui arrivait au moyen d’une ouverture qui le reliait par le sous-sol avec le caldarium voisin. Celui-ci, J, large de
Fig. 124. — Les deux caldarium et le laconicum des petits thermes.
3"’, 07 et long de $m,8o, est caractérisé nettement par une baignoire demi-circulaire. Il existe également un autre caldarium, L, de 4”\o^ sur 3 in , 7 y , muni de deux bassins, l’un demi-circulaire, l’autre rectangulaire.
Une pièce, K, les sépare, large de 4m,o$ et longue de 3m,7^ ;
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il ne faut pas hésiter à y reconnaître le laconiciitn. Ici encore, au lieu de ne former qu’une annexe du caldarium communiquant avec lui, l’étuve constitue un local spécial, entièrement clos. Nous avons assez longuement insisté plus haut sur cette particularité pour nous dispenser d’y revenir. Nous noterons seulement la forme assez bizarre de la chambre : les petits côtés en sont curvilignes (fig. 124), ce qui rapproche le plan du laconicum du plan circulaire qu’affecte l’étuve dans certains bains, par exemple, dans les thermes légionnaires de Lambèse(l). Le motif d’une telle disposition est indiqué dans Vitruve : elle permettait à l’air brûlant de tourner autour de la pièce et de se répandre également dans toute la cavité (2). S’il y avait au centre une vasque, un labrum, il n’en reste plus trace aujourd'hui.
Chacun des caldarium et le laconicum possédaient des fourneaux distincts (fig. 1 19 et 1 2$). Sous la salle J, existaient deux foyers b et c , le dernier destiné à maintenir une température élevée dans la baignoire (fig. 126); pour la salle L, deux autres foyers, plus importants, e et d, étaient disposés de telle sorte que faction du feu se faisait sentir sous les cuves d’eau avant d’agir sur l’air qui circulait dans le sous-sol, entre les piliers de brique de l’hypocauste. Quant au laconicum, il recevait directement la chaleur par un fourneau spécial, fort bien aménagé, qui s’étendait jusqu’au centre même de la pièce et où l’on pouvait, grâce à ses dimensions mêmes, développer une chaleur très puissante. C’est à peu de chose près, la répétition de ce qui existait aux grands thermes voisins.
(1) Rec. de Constantine, X, pl. 28 (salle e ).
(2) Archit., Y, 10.
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Aucun document écrit ne permet d’assigner une date précise à la construction de ces thermes. On ignore également quel en est le fondateur, s’ils ont été élevés aux frais d’un particulier ou avec l’argent de la municipalité.
Il est également impossible de savoir si l’établissement formait
Fig. 126. — Foyers du caldarium J.
double emploi avec les grands thermes que nous avons signalés plus haut ou s’il était réservé, soit à une catégorie spéciale de baigneurs, aux femmes, par exemple, soit à des bourses plus modestes. Les touilles étant entièrement achevées, on devra se résoudre à l’ignorer toujours, et à désigner ces bains sous le nom vague de Petits Thermes du Sud.
Fig. 127. — Un coin du frigidarium des Thermes du Nord.
LES THERMES DU NORD
1° LES GRANDS THERMES DU NORD
Autrement considérables que les deux établissements de bains décrits dans le chapitre précédent sont les thermes qui existaient en dehors de la ville à quelque distance de la porte du Nord ; ils constituent aujourd’hui encore un ensemble fort imposant et donnent l’idée d’une construction qui était certainement autrefois presque somptueuse.
Ce qui les caractérise c’est la régularité du plan, inconnue aux autres bains de Timgad, et aussi la symétrie parfaite de chaque moitié de l’édifice : l’axe transversal, c’est-à-dire celui qui est parallèle à la façade et qui court du Sud au Nord, divise exactement la construction en deux parties semblables par la disposition générale