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LES THERMES DU NORD
comme par les détails; il suffit, pour s’en convaincre, de se reporter au plan (PI. XXXIIl)(l). On sait que cet aménagement symétrique est propre aux grands établissements thermaux de Rome dont nous connaissons le plan ou qui existent encore.
Les murs de l’édifice sont bâtis en blocage enfermé dans des revêtements de belles briques. Il mesure exactement dans ses plus grandes dimensions 8om,$o de longueur sur 6qm,9$ de largeur, sans compter deux contreforts, longs de 3 m , 9 y , qui épaulent le côté Nord du monument.
L’entrée était située sur la grande voie qui, partant de la porte du Nord, se dirigeait vers Cirta; un escalier de dix marches (PL XXXVII, 2) donnait accès à un perron où s’ouvraient deux portes; la partie Sud de cet escalier semble avoir été modifiée à une date postérieure pour permettre au public de pénétrer ou de sortir par la pièce 7; il est probable qif originairement elle était semblable à la partie septentrionale et venait s’appuyer perpendiculairement contre le mur de la façade.
Une ouverture symétrique à l’entrée, mais non précédée d’un perron (2), existe sur la face opposée de l’édifice, regardant l’Ouest et donnant sur une voie secondaire.
On avait accès dans les thermes par un vestibule (6) ; en face de la porte s’arrondissait une niche disposée dans le mur ; aucune ouverture n’y avait été aménagée, de telle sorte que pour pénétrer plus avant il fallait faire un détour et passer par les couloirs $ et 7 ; disposition qui mettait les baigneurs à l’abri des regards de passants indiscrets et les défendait en même temps contre l’arrivée directe de l’air extérieur. C’est dans un de ces couloirs (7) qu'on pratiqua ultérieurement une porte sur le perron pour faciliter la circulation ; on remarquera que le couloir correspondant (VII) en est privé.
(1) Nous y avons rendu cette similitude plus sensible encore en attribuant le même numéro aux salles qui se correspondent, marqué en chiffres arabes du côté de l’Est, en chiffres romains vers l’Ouest.
(2) Ceux qui dirigeaient les ouvriers chargés des fouilles assurent que les traces d’un perron auraient été constatées au cours des travaux ; dans l’état actuel de l’édifice, il est impossible de contrôler leur assertion.
On arrivait alors dans la salle 2. Le pavement en était fait d’une belle mosaïque à larges rinceaux de feuillages, qui a malheureusement assez souffert ; elle était encadrée dans un entourage de marbre rose. Les décharges par où s’écoulaient les eaux de lavage de la pièce sont encore intactes aux quatre coins. La face orientale est décorée de trois niches en segments de cercles et de deux niches rectangulaires ; deux d’entre elles, sont occupées par des portes de communication avec les couloirs d’entrée.
Au Nord de cette salle 2 s’ouvre, par trois entre-colonnements, une pièce de même largeur ; elle communique avec une autre chambre plus petite qui forme l’angle Nord-Est (4). Même aménagement dans la salle II avec ses annexes III et IV.
La face occidentale de la salle 2 est ornée de deux niches, également en segments de cercle, qui encadrent les baies de communication avec la salle 1. L’une de ces niches, celle du Nord- Est, contient une porte biaise par où l’on passe dans une petite chambre (1$). Près de l’autre un passage, également biais, mais bien plus développé, conduisait à la salle 14. Au milieu du passage on avait ménagé un escalier — - par où on pouvait accéder aux terrasses du monument — constitué par des marches en briques de om,6o de longueur (chaque marche est formée par deux briques juxtaposées) et de om,29 de hauteur. Il est resté intact jusqu’au niveau du premier palier. Là une seconde volée prenait une direction différente de celle qui avait été donnée à la volée inférieure.
Le quatrième côté de la salle 2 était percé de deux portes, l’une conduisant à la partie des thermes réservée aux bains chauds, l’autre à une sorte d’antichambre (9) qui s’ouvrait, d’un côté, sur une petite pièce 8, contiguë au couloir 7, de l’autre sur une grande chambre voûtée (10) de 14™, 80 sur 9m, 8 7 , couverte en voûte d’arête et terminée par une partie demi-circulaire. Dans la chambre symétrique qui regarde le Sud-Ouest (X), ce demi-cercle a été utilisé pour établir des latrines; le système est celui que l’on a constaté partout ailleurs à Timgad ; un canal profond longeait le mur,
recueillait les matières et les amenait dans les grands égouts de décharge ménagés le long de l’édifice (voir plus bas).
T oute cette partie du monument est occupée par les pièces secondaires des bains : vestiaire, salles de conversation et d’exercices, chambres réservées au service. Il est difficile de donner à chacune en particulier un nom précis, sans tomber dans la fantaisie.
La grande pièce (i) formait la partie centrale des bains froids (PI. XXXIV). Ses dimensions sont considérables, près de 30 mètres de longueur sur 14 mètres de largeur; c’était la plus ornementée. Les mosaïques du dallage plus riches encore que celles des deux autres grandes salles 2 et II, étaient divisées en trois compartiments correspondant aux trois travées que déterminaient les larges piliers saillants, adossés aux deux longs côtés de la pièce. Le compartiment du milieu était fait de rinceaux et de figures, les compartiments latéraux de dessins géométriques. Il n’en reste presque plus rien aujourd’hui. Au centre de la salle un disque ornementé de jours en forme de rosace permettait à l’eau de s’échapper dans le sous-sol.
L’ordonnance des deux faces Est et Ouest est la même ; une niche hémisphérique occupait la partie centrale du mur, entre les deux baies qui faisaient communiquer la salle avec les pièces 2 et 1 1 : ces deux niches ont conservé leur dallage en mosaïque en fort bon état encore, surtout celle de l’Ouest (fig. 127).
Du côté Nord s’ouvrait une grande arcade, donnant accès, par trois marches élevées, à une longue piscine que longe une banquette et que terminent à son extrémité deux demi-cercles décorés de trois niches, l’une circulaire et deux rectangulaires (fig. 128). Au bas de chacune d’elles on voit encore des amenées d’eau qui passaient soit dans des statues formant sujets de fontaine, soit dans des goulottes ornementées.
Le fond du bassin est de mosaïque grossière noire.
De chaque côté des piliers qui encadraient la piscine, deux renforcements rectangulaires complétaient la décoration de la salle du côté Nord.
Le mur Sud était percé de trois baies. L’une, au centre, permettait d’entrer par trois entre-colonnements dans un vestibule (17) que délimite au fond un mur décoré d’une niche arrondie; les deux autres, à droite et à gauche, à des piscines plus petites que la précédente (B et C : f,^o sur 4'n,$o) où l’on descendait par trois gradins et par un seuil de marbre rose (fig. 129) ; on pouvait y accéder soit en venant de la salle 1, soit en passant par le vestibule 17.
Fig. 128. — Grande piscine des Thermes du Nord.
Celui-ci donnait entrée au Sud dans la partie chauffée de l’établissement. Nous y retrouvons, naturellement, les différentes pièces constitutives des thermes antiques. Les salles 16, 12 et XII constituaient des tepidarium ; on le reconnaît très nettement à ce que la chaleur arrivait sous le pavement, non pas directement d’un fourneau aménagé dans le voisinage immédiat, mais par l’intermédiaire des salles 1$, 11 et XI dont le sous-sol communiquait avec
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celui de leurs voisines (PI. XXXV). Cette chaleur atténuée ne pouvait convenir qu'au tepidarium. Les autres chambres 11, XI, 13, XIII et iy, également toutes voûtées, recevaient, au contraire, la chaleur de fours allumés aux lianes de chacune d’elles (b) et étaient établies sur un système de suspensurae. La grande pièce 1 $ était garnie de trois bassins d’eau chaude, a, c, d terminés au fond par une paroi courbe ; chacun d’eux s’échauffait par des foyers
Fig. 129. — Piscine B.
distincts, deux grands à chaque extrémité de l’avant-corps saillant de l’édifice (PL XXXVI, 1 et fig. 130), un plus petit au milieu. La baignoire d mesure q mètres de largeur sur 9 de longueur ; elle était pavée d’une mosaïque noire grossière ; les autres ne mesurent que ç mètres de longueur. A ces bassins on reconnaît que la pièce 1 ç était un caldarium.
Les salles 11 et XI, un peu moins grandes ( 1 1 m sur 8m), doivent être regardées aussi comme des caldarium ; on pouvait y passer direc-
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tement, suivant l’usage, en sortant du tepidarium, ce qui a lieu pareillement pour le caldarium 1$.
Fig. 1 ]0. — Fourneau du bassin c.
Entre les caldarium 11, XI et le caldarium iç est une troisième chambre chauffée, l’étuve proprement dite (13, XIII) qui se termine dans le fond par un mur arrondi, percé d’une porte d’accès vers la chambre 1$. Nous avons expliqué plus haut qu’à l’époque
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impériale le laconicum formait très souvent une pièce à part(l); il en est ainsi dans les deux établissements de bains du Sud (2) ; les thermes du Nord nous en offrent un nouvel exemple et nous le verrons pour d’autres encore qui restent à décrire. 11 est évident que si l’étuve a été placée de la sorte entre deux caldarium, c’est pour que, échauffée
Fig. 1 3 1 . — Sous-sol de la salle XII.
déjà par le contact de ces deux salles, elle pût être portée plus aisément et à moins de frais jusqu’à la température fort élevée qui en constituait l’essence même.
Toutes ces pièces devaient être pavées de mosaïques; mais celles-ci ont entièrement disparu dans l’effondrement du sous-sol.
Le service des fourneaux se faisait par une galerie souterraine qui occupait presque toute la face méridionale de l’édifice. L’entrée
(i) P. 249 et suiv
(2) Plus haut, p. 249 et 267
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du couloir était ménagée à l’extrémité occidentale derrière la salle X; il était voûté en demi-berceau ; sur quelques points, à la suite sans doute de remaniements, les voûtes étaient faites de tuiles de faîtage posées à plat avec leurs couvre-joints, le tout noyé dans un mortier très dur (PI. XXXVI 2 et fig. 132). Aux angles extrêmes Sud-Est et Sud-Ouest deux chambres étaient destinées à recevoir les provisions de combustibles.
Fig. iî2. — Couloir de service.
L’eau qui avait servi aux bains froids et chauds s’échappait dans des égouts merveilleusement conservés ; ils sont indiqués sur le plan général. Ce sont d’abord de grands canaux qui traversent le sous-sol de l’Est à l’Ouest et dans lesquels on peut circuler librement : leur largeur est de om,6o, leur hauteur de 1 m, 1 5 , le radier est à 2m, 3 5 au-dessous du sol des salles; c’est aussi un caniveau de décharge qui sort sous le grand escalier, longe la façade dans la direction Sud et ensuite le mur méridional (PI. XXXVII, 1) ;
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on en suit tous les détours le long du mur méridional du couloir de service, à l'intérieur de ce couloir (PI. XXXV 1, 2). Certaines parties sont encore couvertes des dalles qui les fermaient (fig. 132).
L’édifice était surmonté de terrasses dont le service des Monuments historiques a retrouvé les éléments de structure. Des mosaïques de ton noir, épaisses de om,2^ — il en subsiste des blocs entiers — reposaient sur une aire en tuileaux, établie elle-même sur un béton de cailloux et de débris de briques ; au-dessous se trouvaient les maçonneries de moellons formant remplissage des reins de voûte, dont les formes sont aisées à reconstituer.
Il n’est pas possible de fixer exactement la date où le monument a été bâti, aucune inscription n’ayant été trouvée dans les fouilles et les briques dont sont faits les murs et les hypocaustes n’étant pas estampillées. Sa situation en dehors de la ville primitive, en avant d’une porte, semble bien indiquer qu’il n’appartient pas aux premières années de Timgad ; la régularité du plan et le soin apporté à la construction indiquent néanmoins une bonne époque, le règne des Antonins ou au plus tard des Sévères.
Il convient maintenant de revenir, en quelques mots, sur l’ordonnance générale de l’édifice.
Nous avons déjà fait remarquer la symétrie des deux parties qui le composent ; c’est, avons-nous dit, une particularité qui se rencontre dans tous les grands établissements de bains romains. Il faut noter encore, comme très caractéristique, la disposition des salles 1 , 2 et II, s’étendant perpendiculairement l’une à l’autre, de façon que l’ensemble offrît l’image d’un double T (I) dont la salle 1 serait le montant commun.
Ce n’est pas non plus là un aménagement nouveau ; on le trouve constamment mis en pratique, à Rome même, depuis le début du 11e siècle de notre ère. Antérieurement on n’y avait pas recours, autant qu’on peut le savoir : ni les thermes d’Agrippa (l), ni
(1) Voir le plan dans Lanciani, Forma urbis Romae, 15; cf. Middleton, The remains of
ancient Rom., p. 143, fig. 71.
ceux de Néron(l) ne sont ainsi disposés; quant à ceux de Titus(2) 3 on n’est pas d’accord sur le détail de leur aménagement^. Au contraire, nous voyons apparaître ce plan dans les thermes de Trajan(4) et il se reproduit dans ceux de Caracalla (5) et de Dioclétien (6). L’architecte qui a construit les thermes du Nord de Timgad n’a donc eu qu’à reproduire un tracé devenu classique et donné par tous les traités de construction. Il a dû pourtant y apporter quelques petites modifications pour réduire un peu les dimensions de l’édifice.
Dans les thermes de Rome mentionnés plus haut [voir le plan ci-joint des thermes de Caracalla que nous avons emprunté à l’ouvrage de M. Richter (fig. 133)], les salles 2 et II passent d’habitude pour des péristyles ou des palestres, des lieux de promenade, d’exercice, de conversation ; à Timgad on les a gardées, suivant toute vraisemblance, avec la même destination.
On a également conservé la salle 1. Mais, à première vue, il semble qu’on en ait modifié l’usage. Si l’on se reporte, en effet, aux plans des thermes de Dioclétien et de Caracalla dressés par les architectes ou aux ouvrages qui en traitent (7), on constate que l’on donne à cette salle, la plus somptueuse de l’édifice, le nom de tepidarium. Blouet déclare qu’il l’appelle ainsi parce qu’elle forme le passage naturel entre la masse des salles chaudes et le frigidarium
(1) Lanciani, loc. cit. ; Middleton, op. cit., p. 145, fig. 72.
(2) Middleton, op. cit., II, p. 154, fig. 74, d’après Palladio. Le plan qu’on adopte aujourd’hui est sensiblement différent; Richter, Topogr. der Stadt Rom., pl. 17; Lanciani, op. cit., 29.
(3) Palladio, Thermes des Romains, nomme
thermes de Titus ceux que l’on appelle maintenant thermes de Trajan. Lanciani, op. cit.,
30, distingue ces deux établissements et donne
des thermes de Titus un plan très fragmenté.
Cf. Bulletl. Comun., 1895, P- 110 et suiv.
(4) Lanciani, op. cit., 23, 25 ; Richter, op. cit., pl. 17.
(5) Blouet, Restauration des thermes d’ Antonin Caracalla ; Lanciani, op. cit., 41,42; Richter, loc. cit.-, Middleton, op. cit., p. 16 fig. 76.
(6) Lanciani, op. cit., 10, 17; Paulin, Restauration des thermes de Dioclétien ; Middleton, op. cit., p. 178, fig. 79. Le fait a déjà été noté comme caractéristique (Baumeister, Denkmàler, p. 1774).
(7) Voir pour les uns et les autres les références citées plus haut.
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ou bassin de natation qui leur fait face de l’autre côté(I). Après lui et d’après lui, semble-t-il, tous ont adopté cette dénomination (2) 3. Or, à regarder les choses de près, on s’aperçoit qu’elle ne repose sur aucun fondement sérieux. Blouet avoue lui-même que le pavement n’est pas établi sur hypocaustes « par sa disposition, ajoute-t-il, la salle est susceptible de recevoir la chaleur du soleil, comme aussi des hypocaustes qui existaient dans les salles des extrémités », autrement dit, elle est voisine de salles chauffées, sans l’être elle-même(4). De
Fig. 133. — Plan des Thermes de Caracaha.
même pour les thermes de Dioclétien, dont les sous-sols n’ont point, d’ailleurs, été étudiés par Paulin, ce qui constitue, dans son travail, une grave lacune. Du reste, cet artiste a eu la prudence de
(1) Op. cit., p. 17 : « J’ai été amené, dit-il, à conclure que le sphéristère était aussi le tépidaire. »
(2) M. Matz, dans l’article des Denkmüler de Baumeister déjà cité, émet pourtant des doutes sur la justesse de cette appellation (p. 1172).
(3) Loc. cit.
(4) Cette particularité nous a été obligeamment confirmée parM. Duquesne, ancien pen¬
sionnaire de l’Académie de France, qui a fait de nouvelles recherches sur les thermes de Caracalla. Dans les salles a et jü, on a reconnu à nouveau, lors des récentes fouilles, que le sol était suspendu ; de plus des tuyaux verticaux qui existent dans les murs, n’ayant pu servir qu'à évacuer la fumée et à accentuer le tirage, il n’est pas douteux que ces salles aient été chauffées. La pièce 1, au contraire, n’était pas chauffée.
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corriger, dans sa légende, l’expression de cella tepidaria par les mots plus vagues « ou cella media » (t). En somme, même en supposant que, par un moyen quelconque autre que le chauffage direct par le soussol, on arrivât à adoucir la température de cette salle — et il fallait un moyen bien puissant, étant donnée l’immensité du vaisseau — en admettant même que les bassins qui garnissaient les quatre coins continssent de l’eau tiède, ce qu’on pouvait aisément obtenir, cela ne suffit pas pour permettre de qualifier la salle de tepidarium (2); et la preuve en est que ceux qui lui donnent ce nom désignent de la même façon d’autres pièces, plus exiguës, chauffées celles-ci par-dessous et spécialement celle qui correspond à la chambre 16 des thermes de Timgad. Il convient donc, à notre avis, de renoncer, pour désigner la grande salle centrale des thermes de Caracalla ou de Dioclétien, à l’expression de tepidarium ; il faut y voir comme à Timgad un frigidarium ou, si l’on veut, une grande salle de réunion communiquant avec la piscine et ses dépendances, en tout cas distincte des parties sérieusement chauffées de l’édifice. Une fois encore les ruines de Thamugadi auront servi à éclaircir, dans le détail, la disposition de monuments antiques existant dans d’autres parties du monde romain.
Mais si l’architecte de Timgad a eu soin de garder la salle 1,
(1) Toutes ces dénominations dont vivent les dictionnaires et les manuels sont empruntées, trop souvent sans critique, aux auteurs les plus divers, Vitruve, Pline, Celse, etc.; on ne tient aucun compte, en se laissant aller à des généralisations imprudentes, de la nature de l’édifice décrit; on applique, par exemple, à des thermes publics des noms et des aménagements qui appartiennent à des bains privés, ou réciproquement. Tepidarium est une expression de Celse et de Vitruve; cella media est un terme de Pline, parlant des bains de sa villa ; il y aurait lieu d’étudier à fond cette question des thermes chez les Romains, en s’attachant aux différences de détail résultant de la destination propre de
chaque construction balnéaire, des diverses époques et des habitudes locales.
(2) Ce qui nous paraît constituer proprement le tepidarium c’est le chauffage par le sous-sol, non pas au moyen d’un foyer direct, mais grâce au surplus de la chaleur utilisée déjà sous 1 q caldarium. Les exemples de tepidarium sans chauffage à air chaud sont rares; on en a surtout des spécimens pour les bains particuliers (Mau, Pompeian. Beitràge, p. 149 et suiv.) ; et l’explication du fait est bien simple. On pouvait échauffer une petite pièce au moyen d’un brasier ; mais il était extrêmement difficile, presque impraticable, d’appliquer le procédé à une grande salle, comme étaient celles des thermes publics.
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telle qu’on avait l’habitude de la disposer ailleurs, il a dû, faute de place, sacrifier une autre portion du plan dont il s’inspirait. Dans les thermes de Caracalla, nous l’avons dit, cette salle 1 communique avec une immense piscine (voir le plan) à laquelle on accède par des salles latérales où donnent les vestiaires. Tout cela a disparu à Timgad : la grande piscine a été réduite à une piscine beaucoup plus modeste (A). Cette modification en a entraîné une autre digne de remarque. On a bien conservé les piscines B et C, qui existent dans les édifices analogues de la capitale, mais celles qui leur faisaient pendant à Rome (B , C ) ont disparu et sont devenues des chambres 1 ç, XV, communiquant avec les péristyles, sans aucun doute, des vestiaires : il fallait bien assurer aux baigneurs, dans le voisinage du frigidarium, un endroit pour déposer leurs vêtements.
Dernière conséquence de la transformation. Les entrées du monument, à Rome, étaient multiples, deux donnant accès dans le frigidarium, c’est-à-dire, dans les pièces latérales à la piscine, deux dans chaque péristyle. La simplification du plan à Timgad en faisait disparaître quatre. Des deux qui restaient, il semble qu’on n’en ait gardé qu’une, l’autre étant devenue une fenêtre01. Une ou deux, c’était assez pour le nombre des baigneurs qui fréquentaient l’établissement. 11 était naturel, d’ailleurs, que la principale fût disposée le long de la grande voie, très passante, de Thamugadi à Cirta.
Au moment où l’on a déblayé le monument, la plupart des murs étaient encore revêtus de leur enduit antique. On pouvait y voir, en maint endroit, des graffites de toute sorte, inscriptions ou dessins, que les baigneurs avaient tracées à la pointe ou au charbon. Malheureusement l’état de ces revêtements était très précaire ; la gelée et les coups de soleil n’ont pas tardé à faire leur œuvre et, malgré les précautions prises pour les conserver, il n’en reste actuellement que quelques spécimens.
(1) Plus haut, p. 270, note 2.
Dessins divers tracés sur les enduits des murs.
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Les dessins offraient une certaine variété (fig. 134). Ici, c’était un navire avec son gréement, sujet qui était répété jusqu’à trois fois, avec de légères différences; là un lièvre poursuivi par un chien de chasse, au-dessus d’un taureau prêt à la saillie; ailleurs un bestiaire luttant avec un ours qu’il cherche à percer d’une longue pique; ailleurs encore un cheval, un chameau; ou Mercure, les ailes aux pieds et à la tête, portant le caducée.