F A V S T V S ET
VALENf NA
Hygiae Aug(ustae) Faust us et- V aient ina.
(1) Bull. arch. du Comité, 1901, p. 311.
(2) Ibid., p. ccx.
LES MAISONS
Il y avait donc, pour orner cette pièce, deux statues, Tune d’Esculape, l’autre d’Hygie, divinités dont la présence dans les bains publics ou privés est chose habituelle. Mais là n’est pas le véritable intérêt de la trouvaille; elle réside dans les noms de ceux qui ont dédié l’inscription à Hygie. M. Vars, qui dirigeait les fouilles de la maison, y a reconnu, sans hésiter, deux personnages célèbres de Timgad, deux des bienfaiteurs de la cité, ceux qui
Fig. 159. — Petit bassin de la maison de Sertius. (Photographie de M. Ballu).
ont fait bâtir à leurs frais le joli marché voisin de l’arc de Trajan (l): M. Plotius Faustus, dit Sertius et Cornelia Valentina Tucciana, dite Sertia. La maison leur appartenait donc. La façon dont elle empiète sur le tracé primitif de l’enceinte qui limitait la ville au Sud prouve qu’elle ne remonte pas à la fondation de Timgad; elle aura été bâtie par eux, c’est-à-dire au début du IIIe siècle, époque ou l’on sait, d’autre part, qu’ils vécurent.
Par le vestibule 1 on accédait aussi dans l’atrium B, grande
(1) Voir plus haut, p. 191.
330 LES MAISONS
cour de 14 mètres sur 12, occupée dans presque toute sa longueur par un bassin (fig. 159).
A gauche, un couloir conduisait à la voie des thermes, entre
Fig. 160. — Mosaïque du tablinum de la maison de Sertius. (Photographie de M. Ballu).
une boutique et les salles 10 et 11; puis on trouvait ces salles elles-mêmes, ou existent des restes d’hypocaustes : il y avait là, sans doute, un second établissement de bains, moins soigné que le premier, peut-être une adaptation de basse époque.
Le fond de l’atrium est occupé par une grande chambre 9, pavée d’une mosaïque (8 mètres sur 10), d’un coloris et d’un éclat
LES MAISONS
tout à fait remarquables (fig. 160): c’est le tablinum ; à côté s’étend une autre salle, assez vaste (13), pavée également de mosaïque.
Entre cette salle et la rue sont plusieurs pièces qui semblent communiquer d’une part avec le dehors, de l’autre avec la maison.
Les salles 14 et iç conduisent dans la seconde partie de l’habitation, groupée autour d’un péristyle P. Celui-ci, de forme très allongée (14 mètres de long sur 7m,$o de large), est précédé
Fig. 161. — Grand bassin de la maison de Sertius — vu de l’Ouest. (Photographie de M. Ballu).
d’une galerie dallée de calcaire bleu (18). Au centre on voit un grand bassin (fig. 16 1 et 162), entouré d’une clôture de dalles verticales s’emboîtant dans des dés de pierre. On y remarque, à l’extrémité, du côté de l’Est, une vasque demi-circulaire en marbre blanc, ornée de bas-reliefs: à droite deux personnages manœuvrant une barque munie d’un mât, au milieu un homme, étendu sur un lit, qui pose la main sur un autre homme debout ; à gauche un cinquième personnage dans une seconde barque, la gaffe à la main. Ce basrelief est, du reste, fort endommagé.
On a fait, à propos de ce bassin, au cours des fouilles, une
LES MAISONS
constatation fort intéressante. M. Vars s’exprime ainsi, à ce sujet, dans son journal de fouilles: « J’ai eu l’idée de faire soulever une des dalles qui forment le fond du bassin, pour me rendre compte de la cavité qu’elle me paraissait recouvrir. J’ai pu constater ainsi la présence d’un sous-sol maçonné; je l’ai fait déblayer de la vase dont il était rempli et je me suis trouvé en présence d’un second bassin inférieur dont le plan reproduit celui de la cuve
Fig. 162. — Grand bassin de la maison de Sertius — vu de l’Est. (Photographie de M. Baliu).
supérieure. Dans les parois, bien enduites, étaient percés des trous de iç centimètres de diamètre; ceux-ci étaient formés par l’ouverture de vases en poterie, fixés horizontalement dans la maçonnerie du mur, qui sont intacts. En y enfonçant le bras, on touche le fond de ces vases et on suit très bien le contour de leur base. Tout cela est en fort bon état... Il faut remarquer aussi que les dalles qui recouvraient la cavité inférieure sont percées en deux endroits d’un trou biais qu’une clef de pierre, formant coin, pouvait boucher hermétiquement. » Il y avait donc communication
LES MAISONS
entre ces deux bassins superposés. On peut supposer, avec M. Vars, que celui du dessous constituait un vivier où le poisson descendait par ces trous biais dont il a été parlé plus haut et où il trouvait un abri contre la lumière et la chaleur au fond des tuyaux de poterie ménagés dans les parois.
A b extrémité Ouest du péristyle on a constaté la présence d’un puits bien conservé, profond de $ mètres. A une certaine époque, on en avait masqué l’orifice par le pavage en pierre de la cour.
Au fond, un portique limitait une grande salle (6m, i f sur 7 mètres) qui répond assez bien à Yoecus des maisons grécoromaines (17). Le dallage qui était jadis de mosaïque a été refait à une basse époque.
A droite, se trouvait un ensemble de pièces dont le plan indique suffisamment la disposition; on ne peut garder de doutes que sur les ouvertures dont on ne saurait affirmer qu’elles remontent toutes à la même époque. Un corridor (19) semble conduire à une porte ménagée à la partie postérieure de la maison. A gauche, une galerie (20), longue de 30 mètres sur 2m,70, borde une série de pièces dont le côté opposé donne sur la voie des thermes. Un second couloir (21) paraît aboutir à cette voie. Dans la chambre contiguë à ce couloir se voient les restes d’un petit escalier.
La maison voisine du forum, celle de Sertius, celle de l’Hermaprodite se distinguent de toutes les autres par leur importance; elles' atteignent un développement exceptionnel pour Timgad. D’habitude les habitations de la ville sont beaucoup plus restreintes : elles ne suffisent point à occuper entièrement une de ces insulae, de 20 mètres de côté, formées par l’intersection des diverses rues qui divisaient la ville primitive ; il n’est pas rare de rencontrer dans un seul de ces carrés jusqu’à trois établissements distincts. Ne 'pouvant décrire toutes ces maisons, nous en citerons quelques-unes comme spécimens (voiries plans à la page 338):
Carrés nos 73 et 82. Ces deux carrés ont été réunis ultérieure-
334 LES maisons
ment en un seul tout par la suppression de la rue transversale qui les séparait. La moitié, qui touche au decumanus maximus, est détruite en partie : on ne saurait dire quelle en était la destination. L’autre moitié est occupée par un atrium entouré de colonnes de marbre rose et orné à sa partie centrale par un grand bassin de forme allongée, terminé en demi-cercle (fig. 163). Sous le portique de l’atrium s’ouvrait toute une série de chambres dont la destination
Fig. 165. — Bassin dans une maison. (D’après une photographie de M. Ballu).
nous échappe. On reconnaît seulement au Sud le tablinum avec les arcades soutenues par des colonnes qui y donnaient entrée et, au Nord-Est, les salles de bains avec leurs hypocaustes.
Carré n° yp II est occupé dans sa totalité par une maison. Celle-ci a conservé en entier le portique qui la bordait du côté du decumanus. A l’angle Nord-Ouest on voit encore une cave en sous-sol dont le plafond était supporté par des piliers. Quatre soupiraux bien conservés en assuraient l’aération (fig. 164). On accédait à la salle du rez-de-chaussée par une large baie qui s’ouvrait sur le
LES MAISONS
portique; c’était peut-être un magasin. Il est possible qu’il en fût de même des pièces qui faisaient l’angle du carré au Nord-Est et au Sud-Ouest. Au centre se trouvait la cour, à ciel ouvert, ornée d’une vasque demi-circulaire; on y arrivait en traversant un vestibule qu’un escalier mettait en communication avec la rue de derrière. Dans le même vestibule s’ouvrait la porte des bains; la première pièce, au Sud-Est, était le tepidarium, - la seconde le caldarium, chauffé directement par un fourneau, encore reconnaissable.
Carré n° 90. Toutes les pièces semblent appartenir à la même maison.
On ne peut en déterminer la nature ; on reconnaît seulement à l’angle Sud-Est une cour dallée avec vasque demi-circulaire, ouverte par de larges entre-colonne-
mCntS d’un côté sur un Fig. 164. — Soupiraux de cave. (Photographie de M. Ballu).
couloir, de l’autre sur une salle rectangulaire.
Carré n° 91. Il est occupé également dans sa totalité par une maison ; au centre était un atrium pavé de calcaire bleu et entouré de colonnes; un puits s’ouvrait au milieu; la margelle en est encore en place. A une basse époque une des pièces de l’édifice a été transformée en écurie; on y disposa quatre mangeoires en grès percées de trous pour attacher les chevaux et un bassin (fig. 165).
Carré n° 92. Une grande salle, qui forme l’angle Nord-Est, semble avoir été isolée du reste de l’îlot. Au centre existe un bel atrium dallé où l’on voit, sur le sol, la trace d’une vasque polygonale enfermée elle-même dans une vasque rectangulaire; l’une aura remplacé l’autre lors d’un remaniement de la maison. De
LES MAISONS
l'atrium on pénétrait dans un tablinum ouvert par trois entrecolonnements.
Carré n° 98. Ce carré se compose aujourd’hui de trois parties. La moitié méridionale forme une seule grande salle ayant son entrée sur la voie de l’arc de triomphe; l’autre est divisée en deux: l’une, constituée par trois pièces, ouvre au Nord sur la voie transversale; l’autre, de cinq pièces, sur la voie du musée.
Carré n° 83. Ce carré comprend pareillement trois parties:
Fig. 165. — Maison aux mangeoires. (Photographie de M. Balluj.
hune, au coin Nord-Ouest, est divisée en quatre chambres; la seconde, au coin Sud-Ouest, qui contient le même nombre de divisions. Le reste de 1’îlot est fait de sept pièces, dont deux dallées.
Carré n° 109. Ce carré est, lui . aussi, dans l’état actuel, divisé en trois parties : celle qui donne sur le cardo Sud contient six pièces; celle qui forme l’angle Nord-Ouest, quatre chambres dont deux sont reliées entre elles par trois entre-colonnements ; l’autre est faite de quatre pièces.
On voit quelle variété existe dans ces différents plans et
Fig. 1 66. — Plan de quelques maisons de Timgad.
LES MAISONS
combien peu ils répondent à celui qui nous est connu par les fouilles d’Italie. Mais il ne faut pas oublier, ce que nous avons déjà dit, que l’aménagement de ces habitations a certainement été modifié plus d’une fois au cours des siècles et que les restes que Ton découvre ne permettent pas toujours de se rendre compte exactement des dispositions primitives des constructions.
Nous ferons remarquer en terminant’ que, malgré la multiplicité des établissements thermaux publics, les maisons les plus importantes étaient munies de bains privés, confortablement aménagés.
On a reconnu l’existence de latrines dans un certain nombre d’habitations, d’ailleurs assez restreint.
APPENDICE
LE TRACÉ PRIMITIF DE THAMUGADI
Une découverte survenue en 1901 et qui est due à M. Vars, inspecteur des fouilles de Timgad, a jeté un jour nouveau sur le tracé primitif et sur le développement ultérieur de la colonie romaine de Thamugadi. Il faut en parler ici pour compléter ce qui a été dit dans l’introduction.
Au cours des travaux de dégagement, le Service des Monuments historiques (l) fut amené à rechercher la limite de la zone bâtie vers le Nord. L’alignement en était encore reconnaissable entre les grands thermes décrits plus haut(2) et les premières ruines de maisons voisines. On le suivit en partant de la porte Nord et en se dirigeant vers l’Ouest; on constata bien vite sur ce point la présence d’une muraille interrompue à une centaine de mètres de ladite porte et dans l’alignement d’une des voies qui traversaient la cité par une autre porte. Cette porte secondaire, dont il ne reste que les moulures inférieures et une assise de soubassement, était à une seule ouverture avec deux pilastres sur la face septentrionale et une demi-colonne sur la face méridionale (fig. 167). La façon seule dont elle empiète sur la voie où elle est plantée et l’irrégularité de sa situation suffisent à prouver qu’elle fut ajoutée pos-
(1) Cf. Ballu, Comptes rendus des séances de Timgad , p. 5 et suiv. Gsell, Mél. de Rome,
la commission de l’Afrique du Nord {Bull. 1903, P- 307.
arch. du Comité, 1903, p. xx); les Ruines de (2) P. 269 et suiv.
APPENDICE
térieurement et à une époque assez basse. En continuant l’exploration, cette fois dans l’autre sens, on mit au jour, à l’Est de la porte principale et à une distance de 130 mètres environ, une seconde poterne (l) reliée à la porte par un mur assez bien conservé par endroits.
En suivant alors la muraille septentrionale tant à l’Est de la
LE c Ael/e
deuxième porte secondaire qu’à l’Ouest de la première, on aperçut deux retours en quart de cercle, se dirigeant vers le Midi. Celui qui regarde l’Est va rejoindre l’arc de Khenchela (porte de l’Est), qui fait pendant à l’arc de Trajan; celui qui est tourné à l’Ouest se prolonge en ligne droite jusqu’à ce dernier arc.
De l'autre côté l’enceinte se poursuit à travers les différentes constructions bordant la voie capitoline jusqu’à la maison de Sertius. Là se trouve, sous une des salles de l'habitation, un pan de mur en
(r) Ballu, Les ruines de Timgad, p. 13.
LE TRACÉ PRIMITIF DE THAMUGADI 341
quart de cercle qui réunissait l’extrémité de la muraille occidentale avec celle qui constitue le front méridional de la cité et dont le début de ce côté forme précisément une des séparations intérieures de la maison. De là le mur franchit une voie, où existent les traces d’une poterne de basse époque (l), se continue à travers la maison qui fait face à celle de Sertius pour se perdre peu après. Il n’est guère douteux qu’il s’incurvât pareillement en quart de cercle à l’extrémité Sud-Est de la ville et rejoignît la porte de l’Est.
Ainsi, toute la partie centrale de la ville était enserrée dans une enceinte quadrangulaire à angles arrondis et percée sur chaque face de portes et de poternes.
Quelques rares portions de cette muraille, du côté Nord, sont en appareil un peu soigné; il en est de même, par endroits, de celles qui traversent les bâtiments de la voie du Capitole et les deux maisons du Sud. Mais la plupart du temps, le mur est fait de moellons informes reliés par de la terre. Il n’est pas douteux qu’il appartienne à une époque assez basse, à une période où, la ville étant devenue trop vaste pour le nombre de ses défenseurs, on crut devoir en limiter l’étendue à la partie la plus dense et la plus habitée. D’autre part, cette construction n’offre aucun caractère byzantin et est certainement antérieure au pillage des grands édifices de la ville par les soldats de Solomon chargés de construire la belle forteresse qui fut élevée alors pour garder la position stratégique : il n’y avait pas lieu de fortifier une ville brûlée et saccagée. Il est probable que l’enceinte en question a été établie dans la période de troubles qui précéda l’arrivée de Bélisaire et avant que les Berbères de l’Aurès n’eussent ruiné Thamugadi pour arrêter les soldats de l’empire d’Orient(2). Aussi bien la porte secondaire du Nord, contemporaine de cette enceinte réduite, témoigne-t-elle encore de quelque tradition romaine.
Mais ce qu’il y a de curieux, c’est que ce nouveau rempart
(1) Ballu, op. cit., p. 15.
(2) Cf. notre introduction, p. xii.
APPENDICE
parait avoir été bâti sur l'emplacement même des limites primitives de la colonie de Trajan.
Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter un coup d’œil sur le plan des ruines (PI. XLII).Ony remarque, en effet, deux systèmes absolument differents pour l’établissement des édifices et le tracé des rues. Dans l’intérieur de l’enceinte tout est tiré au cordeau. Les voies, uniformément dirigées de l'Est à l’Ouest et du Nord au Sud, forment comme une sorte de damier dont chaque case contient une ou plusieurs maisons, avec cette seule exception que les grands monuments comme le forum et le théâtre occupent plusieurs de ces cases. En dehors de l’enceinte, au contraire, rien n’est régulier. La voie décumane s’infléchit brusquement vers le Nord-Ouest, les édifices occupent des positions toutes de fantaisie; les thermes du Sud, le Capitole, le marché de Sertius, le temple du Génie semblent jetés au hasard dans la, plaine; les rues forment des coudes ou se coupent à angle aigu. Cette double disposition prouve évidemment que la ville a été formée de deux parties qui correspondent à des périodes distinctes de son histoire.
Si l'on réfléchit, en outre, que le pan de mur en quart de cercle que forme l’angle de l’enceinte au Sud-Ouest a été trouvé, ainsi qu’il a été dit plus haut, dans les parties basses de la maison de Sertius qui l’avait recouvert; et si l’on se rappelle que ce personnage vivait vers le début du IIIe siècle, on se persuadera aisément que ce pan de mur appartenait non pas à une fortification de basse époque, mais à une muraille contemporaine de la fondation de la ville.
L’espace rectangulaire nettement délimité et si régulièrement divisé correspond au premier établissement romain fondé en cet endroit, le reste à des agrandissements successifs et qui, par cela même, échappaient à tout plan d’ensemble, à toute symétrie voulue. C’est dans cette seconde phase de son existence que la cité de Timgad s’étendit peu à peu vers le Sud et surtout vers l’Ouest et que l'entrée de ce côté, marquée jusque-là par l'arc de Trajan — que le monument dans son état actuel remonte à ce prince ou ait
LE TRACÉ PRIMITIF DE THAMUGADI 343
succédé à une porte primitive moins ornée (l) — fut reportée fort avant dans la direction de Lambèse, à l’endroit où existe encore aujourd’hui un arc en ruines.
Nous pouvons donc nous rendre un compte exact de ce qu’était la ville fondée par Trajan à l’endroit nommé Thamugadi ; le plan que nous donnons (fig. 168) est celui-là même qui a été dressé aumomentde la construction. L’enceinte constituait à peu près un carré; s’il n’est pas absolument régulier, ce dont on ne s’aperçoit pas au premier coup d’œil, c’est que l’exécution sur le terrain n’a sans doute pas répondu mathématiquement aux mesures adoptées sur le papier.
Le géomètre chargé par le Service des Monuments historiques de relever la longueur des quatre côtés a trouvé : pour celui qui regarde le Nord, 3 2 4 m , 3 ç , soit à peu près 109$ pieds romains (en comptant le pied romain à om,29Ô); pour celui qui regarde le Sud et est parallèle au précédent 328 mètres, c’est-à-dire 1 168 pieds; pour celui de l’Est 3^7 mètres, c’est-à-dire 1268 pieds; pour celui de l’Ouest 3 ^ 4m ,67, c’est-à-dire 1 198 pieds.
Ce carré était coupé, suivant l’usage, de l’Est à l’Ouest par la voie décumane dont la largeur actuelle n’est pas non plus aujourd’hui constante : elle varie entre 4m,4o et $m,io (entre et 17 pieds (2)). La voie divise assez exactement le terrain en deux bandes d’égale hauteur.
Théoriquement il devrait en être de même de la seconde grande artère de la ville, celle qui, dans toute colonie romaine, courait du Nord au Sud, le cardo maximus. En fait, nous sommes en présence d’une anomalie. La porte du Nord qui, on se le rappelle, portait deux inscriptions — retrouvées au pied de l’édifice, pendant les fouilles (3) — l’une du temps de Trajan et l’autre du milieu du
(1) C.f. Gsell, Mël. de Rome, 1903, p. 308 note 1.
(2) Devant la porte de l’Est: 4m,8o; 5m,io et 4m,éo à droite et à gauche de la rue qui
longe la maison aux jardinières ; 4m,40 en
face l’entrée du forum; 4m,8o à l’extrémité Nord-Ouest du forum; 4”, 65 en face la rue qui mène aux petits thermes, etc.
(3) Voir plus haut, p. 127 et 128.
Thermes
Fig. 1 68. — Plan théorique de la colonie de Thamugadi.
LE TRACÉ PRIMITIF DE THAMUGADI
IIe siècle, qui, par conséquent, semble avoir été établie au moment même de la fondation de la colonie ne s’ouvre pas au milieu même de l’enceinte; elle est plus proche de l’Ouest que de l’Est, néanmoins, comme la voie qui y prend naissance aboutit exactement à l’entrée du forum, on ne peut pas douter que ce soit proprement le cardo maximus. Un autre argument pourrait aussi être produit à l’appui de cette assertion. On a remarqué que toutes les rues de la ville sont dallées de grès; il n’y a d’exception que pour la via decamana et le cardo dont le dallage est de calcaire bleu ; ceci n'est certainement pas l’effet du hasard. Il est vrai que, si l’on avait voulu suivre jusqu’au bout la théorie des agrimensores romains, ces deux grandes voies auraient dû être plus larges que les autres; c’était leur caractéristique (I) ; il n’en était point ainsi, mais comme, à Timgad aussi bien qu’ailleurs, c’étaient les plus passantes, il a fallu recourir, pour les rendre plus solides, à un pavage plus dur, plus propre à résister au sabot des chevaux et aux roues des chars; là est la seule particularité qui les différencie des autres rues.
La nature des dalles employées pour la voie Nord-Sud permettrait donc, à défaut d’autre argument, d’y reconnaître le cardo (2).
Il est à remarquer que le cardo maximus s’arrête net à la porte du forum et ne continue pas dans la partie méridionale de la ville occupée par le forum lui-même et par le théâtre ; il n’est même pas certain qu’il y ait eu de ce côté une porte faisant pendant à
(i) Hygin, Delimit.constit. (Ed. Lachmann, I, p. 168) : Decumanus autem primas maximus appellatur, item kardo ; nam latitudine caeteros praecedunt ; cf. De limit. (Ibid., p. m') maximus decumanus et cardo plus petere debent sive pedes XXX, sive pedes XV, sive pedes XII, sive quot volet cujus auctoritate fit. A Timgad les voies ont en moyenne 5 mètres c’est-à-dire 17 pieds. La même règle existait pour la voie prétorienne et la voie décumane dans les camps : Hygin, Démunit, castror., 14. Et de fait on
sait qu’il en était ainsi. Dans les colonies militaires d’Auguste le decumanus maximus a 40 pieds, le cardo 20 pieds, le limes quintarius 12 pieds, les autres limites 8 pieds (cf. Rudorff, Rom. Feldmesser, I, p. 194).
(2) La largeur de cette voie n’est pas non plus constante ; en moyenne elle est de 5 mètres, mais elle atteint en certains endroits jusqu’à 5 m, 2 5 ; à son départ de la porte Nord, elle mesure 5m,30.
APPENDICE
celle du Nord. La voie qui remplace cette seconde partie du car do absente est l’avant-dernière qu’on rencontre en allant vers l’arc de Trajan; elle aussi est dallée non en grès, mais en calcaire bleu; c’est à l’extrémité de celle-ci qu’a été établie, à une basse époque, il est vrai, la seule porte du Sud qu’on ait reconnue jusqu’ici.
De chaque coté de ces voies principales existent des voies secondaires de même largeur qu’elles en moyenne, dix allant de l’Est à l’Ouest, et dix du Nord au Sud, sauf naturellement dans la partie de la ville occupée par le forum et le théâtre (l).
Il convient de faire, parmi ces voies, une distinction. On sait que, d’après les théories des agrimensores la cinquième voie à partir du cardo ou du deciimanus (quintarius limes) est plus importante que les autres,2) : elle tient le deuxième rang parmi les rues secondaires de la colonie. Or il est à remarquer que le seul cardo quintarius qui existât à Timgad aboutissait à une porte, celle du Nord-Est, et se continuait avec son beau dallage au delà de l’enceinte.
Enfin entre les dernières maisons et l’enceinte existait un boulevard de ceinture distant de celle-ci de 12 mètres en moyenne, quelquefois un peu plus (47 pieds); c’est ce que, dans le langage des camps, on nomme l’ interv allumé . Les différents carrés que dessinait l’intersection des rues n’ont pas tous exactement la même surface. On peut dire qu’en moyenne ils mesuraient 20 mètres de côté, entre 69 et 71 pieds romains; en réalité les dimensions différaient presque avec chaque ilôt.
On en jugera par le tableau suivant qui comprend seulement le coin du Sud-Ouest de la ville (voir les figures 166 et 168).
(1) Au-dessous de toutes ces voies sont aménagés de beaux égouts. Leur hauteur varie entre i mètre, et om,8o; leur largeur uniforme est de om,40. Celui qui suit le tracé du cardo faisait fonction de collecteur. On a remarqué que les sections des égouts des voies secondaires vont en diminuant au fur et à mesure de leur éloignement du cardo
(Ballu, Les Ruines de Timgad, p. 17 et fig. 5)-
(2) Hygin, De limit. constit., I, p. 168; Rudorff, Rom. Feldmesser, II, p. 350.
(l) Hygin, De munit, castror., 14 : opus pedum LX, quod est inter vallum et legiones et ideo quibusdam intervallum est cognominatum.
LE TRACÉ PRIMITIF DE THAMUGADI
Carrés 73 et 82(I)
oc
CO
OO
D’ailleurs, les murs de toutes ces maisons ont été assurément remaniés dans la suite, sans pourtant que les dimensions des carrés aient changé. Bien plus, certains de ces carrés ont été utilisés pour des constructions publiques, soit dès la fondation de la ville, soit ultérieurement; il est même arrivé que plusieurs d’entre eux ont été empruntés pour un seul édifice. Nous l’avons déjà indiqué pour les carrés 73 et 82. Dans l’îlot 40 on a établi une basilique, dans l’ilot $4 un édifice à abside décrit plus haut; les carrés 77 et 78 ont été absorbés par un marché, les carrés 8^ et 86 par des thermes; d’autres thermes occupent le carré 101 ; d’autres encore couvrent les carrés $9, 60, 71, 72, etc. Malgré ces remaniements et ces adaptations, les dispositions de l’ensemble primitif apparaissent clairement; et cette constatation est d’un véritable intérêt historique.
C’est la première fois, en effet, que nous pouvons dresser le
(1) Ces carrés forment aujourd’hui un seul tout ; ils ont absorbé la rue qui les séparait
autrefois (voir plus haut, p. 333 et 334).
APPENDICE
plan complet d’une colonie militaire romaine fondée sur le sol pro vincial(l). Ce qui frappe à première vue, quand on y jette les yeux, c’est la similitude absolue qu’il présente avec celui d’un camp romain. On savait, depuis longtemps, que les règles suivies dans la castramétation étaient identiques à ceffes qui étaient prescrites pour la fondation des colonies (’j; les unes et les autres relèvent de l’art augurai et, partant des mêmes principes, arrivent au même résultat, on ne peut souhaiter de meilleure « illustration » pour ainsi dire, de ces réglementations théoriques que la vue générale de la colonie de Thamagadi. Cette cité, entourée de murs aux angles arrondis, avec ses voies qui courent de l’Est à l’Ouest et du Nord au Sud pour venir se couper devant le forum, ne se distingue que par ses dimensions du camp voisin de Lambèse — pour ne parler que de celui-là — dont elle est une émanation. Bien plus, autant qu’on peut en juger, la place publique ne devait guère différer
d’aspect autrefois de ce qu’était la cour intérieure du praetorium, telle que les fouilles récentes du Service des Monuments historiques l’ont fait connaître (3).
Au reste, la fondation de Thamugadi sous la forme d’un camp retranché n’a pas lieu de nous surprendre. Nous avons expliqué dans l’introduction de notre livre (4) quel avait été le but de l’empereur Trajan en l’établissant. Plantée au pied de î’Aurès comme place de seconde ligne et pour tenir en respect les populations toujours remuantes de la montagne, il est tout naturel qu’on l’ait mise à
(r) Le plan de la ville romaine de Silchester ( Archœol. , LVII, pl. X) présente la même division en carrés que Timgad mais l’enceinte extérieure n’a pas la forme d’un rectangle. Les rues y sont moins larges (3 mètres en moyenne) et les côtés de carrés plus longs (30 mètres au moins). Quant aux villes dont s'est occupé M. Schulten dans son travail intitulé Die rômische Flurtheilung und ihre Reste ( Abhandl . der Gesselschaft der Wissenschaften zjï Gôttingen, phil. hist. Klasse, 1898, II, n" 7), il les. a étudiées spécialement sous le
rapport de la centuriation rurale, non de la division urbaine.
(2) Hygin, De lirait, constit., I, p. r8o: decumanus etkardo per. . . quattuor portas in morem castrorum ut viae amplissimae limitibus diriguntur. Cf. Marquardt, Organisation de l’empire,
(3) Gsell, Monuments historiques de l’Algérie, p. iv et suiv.
(4) Timgad, p. 11. Cf. mon Armée romaine d’Afrique, p. 582.
LE TRACÉ PRIMITIF DE THAMUGADI
l’abri d’un coup de main en l’enfermant dans une enceinte à la façon d’un camp; comme il n’est point étonnant non plus qu’après sa période de prospérité et en présence de dangers analogues à ceux qui avaient nécessité son établissement, elle se soit de nouveau entourée d’une fortification, souvenir et résurrection de sa muraille primitive.
TABLE DES MATIÈRES
Introduction, p. : à xxn.
Rôle militaire de l’Aurès, i ; ses pentes septentrionales formaient une ligne de défense à l’époque romaine, ni ; Timgad, point stratégique, iv; Timgad, type des cités de droit romain créées en Afrique, v; son nom ancien (Thamugadi), vi; aspect général, vin ; traversée par deux voies perpendiculaires, x; forteresse byzantine, xi; son histoire, xn.
Explorateurs qui ont visité Timgad, xiv; Bruce, xiv; L. Renier, xvi ; Delamare, xvn; Masqueray, xviii ; Wilmanns, ibid. ; fouilles du service des monuments historiques ; Boeswilwald et Duthoit; leurs collaborateurs, xix.
Bibliographie, XXIIHX
Le Forum, 1-92.
Sa forme générale, i ; fontaines aux abords, 2 ; boutiques sur le decumanus, 5 ; lettres d’assemblage sur les pierres dont elles sont faites, 10 ; latrines, 13.
Entrée du forum, 18; portique septentrional, 19; table de jeu sur le pavé, 19; la basilique, 22; date de sa construction, 25 ; jeu gravé sur le dallage, 27; côté méridional du forum, 27; jeux de billes gravés sur le pavé, 30; construction à l’angle Sud-Ouest, 31; la curie, 32; date de la construction, 34 ; listes de décurions trouvées dans l’édifice, 38; comparaison avec les différentes curies connues, 40; statue impériale trouvée dans les fouilles, 42 ; édicule de la fortune, 45 ; temple, 47; tribune, 50; date de sa construction, 51; édifice contigu au temple, 54.
(1) A la bibliographie qui était complète lors de l’apparition du Ier fascicule de ce livre en 1892, il y aurait de nombreuses additions à faire. Nous citerons seulement les différentes publications de M. Ballu : Les ruines de Timgad. Paris, 1897, in-8 et Les ruines de Timgad (nouvelles découvertes), Paris, 1903, in-8 ; Guide illustré de Timgad. Paris, 1904, petit in-8 ; et le volume que nous avons consacré M. Ballu et moi à la description du Musée de Timgad. Paris, 1902, in-4 (dans la Collection des Musées d’Algérie et de Tunisie).
TABLE DES MATIÈRES
Dessins gravés sur le pavé du forum, 58; bases des statues, 59; impériales, 63; divines, 68;
ironiques, 70; statues trouvées dans les fouilles, 77.
Date de l’établissement du forum, 80; comparaison avec d’autres forum, 81 ; Veleia, 83 ; Pompéi, 85 ; Silchester, 85 ; maison à l’angle du forum, 88.
Le théâtre, 92-120.
Ses abords, 92; description générale, 95 ; cave a, 96 ; orchestre, 97; pulpitum, 103 ; rideau, 107; mur de la scène, 108; fragments ornementés trouvés dans le théâtre, 110; statue d’impératrice, in ; date de la construction, 113 ; comparaison avec d’autres théâtres, 116 : sa contenance, 1 1 7 ; pourquoi il a été construit, 118.
Les arcs de triomphe, 121-içi.
Arcs de triomphe et portes, 121.
i° Porte du Nord, 124. Date de Trajan, 127.
20 Porte de l’Ouest, 130. Date de Marc-Aurèle, 132.
3° Arc dit de Trajan, 133 ; comparaison avec d’autres arcs, .145. 40 Porte de l’Est, 1 5 1 .
Le Capitole, i $ 1,-182.
Ses abords, 153 ; portique antérieur, 154; différents Capitoles connus en Afrique, 156; Capitole de Rome, 159; plan des Capitoles connus, 160; description du Capitole de Timgad, 167 ; inscriptions et ornements trouvés dans les fouilles, 168; péribole, 173; colonnes et chapiteaux du temple, 176; plan de l’édifice, 178; statues trouvées au cours des fouilles, 179.
Le marché de Sertius, 183-21 9 .
Description générale, 183; entrée et bases de statues, 184; la famille des Sertius, 185; cour centrale, 190 ; portiques, 196; boutiques, 197; consoles de la partie circulaire, 200; cour antérieure, 204; annexe du marché, 205; comparaison avec les marchés connus, 210; Pouzzoles, 21 1; Pompéi, 213.
TABLE DES MATIÈRES
Les thermes du Sud, 217-268.
i° Grands thermes du Sud, 218; éléments constitutifs des thermes romains, 219 ; entrée des grands thermes, 222; date de la construction, 224; salles diverses, 226; frigidarium, 233 ; tepidarium, 243; caldarium, 244; laconicum, 248; latrines, 250; chambres de chauffe et couloirs de service, 252;
20 Petits thermes du Sud, 258; entrée et vestibule, 258; statues trouvées dans les fouilles, 263 ; Mannenkenpiss, 264; frigidarium, 265; tepidarium, 265 ; caldarium et laconicum, 2 66.
Les thermes du Nord, 269-287.
i° Les grands thermes du Nord, 269; entrée, 270; grande salle centrale, 272 ; tepidarium, 274; caldarium, 274; fourneaux, 276; ordonnance générale de l’édifice, 278; comparaison avec les thermes de Rome, 279 ;
20 Les petits thermes du Nord, 286.
Les thermes de l’Est, 288-296.
i° Les grands thermes de l’Est, 288 ; date de leur construction, 290; mosaïque du frigidarium, 292; 20 Les petits thermes de l’Est, 294.