SCÈNE PREMIÈRE
FLAVIUS, seul.
Tenant un livre de comptes.
Que le ciel à mon maître aujourd'hui soit propice ! Il ne sait pas qu'il est au bord du précipice : Au moment d'y tomber, h ses vils courtisans Il offre un grand banquet et de nouveaux présents; Ce seront les derniers. Leur multitude avide Aura beau demander, le coffre-fort est vide.
Je ne puis rien donner ; il ne me reste rien ! Et Timon ne sait pas encor que tout son bien Est perdu sans retour, hélas ! et par sa faute ! De tous les malheureux, Timon s'était fait l'hôte ; Ses affaires... jamais il n'en a pris souci.
Depuis dix jours, armé des comptes que voici, Malin et soir, partout je le suis sans relâche; Mais dès qu'il voit mon livre, il m'évite, il se fâche:
II m'appelle importun, brouillon, empoisonneur. Il m'accuse d'aimer à troubler son bonheur.
Il est juste pourtant!... C'est aujourd'hui sa fête... Si je pouvais le voir une heure en tête à tête ! Ses amis vont venir... Que dis-je, ses amis?
Ses flatteurs, ses bourreaux par l'Achéron vomis. - On vient. .. Encore quelqu'un de cette tourbe inique. Ah ! c'est Apemantus, philosophe cynique; D'insolence, d'orgueil, de vanité bouffi.