UN POÈTE, UN PEINTRE
PHILÉMON
Puissent les destinées Toujours filer pour toi des heures fortunées !
TIMON
mes amis ! veuillez être assez complaisants, Pour ne pas refuser quelques petits présents ; Ils vous rappelleront les jours passés ensemble.
PREMIER COURTISAN
A la bonté des dieux votre bonté ressemble.
SECOND COURTISAN
De bienfaits mille fois vous nous avez comblés ; Sous le poids de vos dons nous sommes accablés.
PHILÉMON
Ta générosité nous met dans l'impuissance De te prouver jamais notre reconnaissance.
TIMON
Le vrai bonheur consiste à faire des heureux, Et le devoir du riche est d'être généreux.
Je récompense en vous l'amitié noble et franche. Mais allez ! Vous prendrez un jour votre revanche, Et je vais maintenant, avec un soin jaloux,
Chercher l'occasion d avoir besoin de vous.
On doil à ses amis savoir se rendre utile. L'amitié sans cela serait un mot futile. — Ces modestes présents, daignez les recevoir ; Donner à ses amis est le premier devoir.
doux lien des cœurs ! Un ami c'est un frère ! Que le destin nous soit favorable ou contraire, Toujours sur notre route il vient semer des fleurs ; Notre joie est sa joie, et nos pleurs sont ses pleurs. Mes frères ! souffrez donc qu'avec vous je partage Les biens qui m'ont été légués en héritage ; L'homme qui jouit seul, ne jouit qu'à moitié, Et le plaisir n'est doux qu'au sein de l'amitié.
LE POÈTE
J'ai fait un dithyrambe en votre honneur.
LE PEINTRE
Voici, Mon noble protecteur, votre portrait.
TIMON
Merci.
Amis, qu'en dites-vous ?
PREMIER COURTISAN
Il est assez fidèle.
SECOND COURTISAN
Cependant il n'a pas la grâce du modèle.
LE POÈTE
Ecoutez !
Déclamant avec emphase-
« Peuple grec! hurle et bondis d'amour;
» Car la faveur des dieux au terrestre séjour,
» Pour combattre le mal envoie un autre Hercule... »
Les courtisans applaudissent, PREMIER COURTISAN.
C'est superbe !
SECOND COURTISAN
C'est beau !
TROISIÈME COURTISAN
C'est grand !
APEMANTUS, sortant de son tonneau et fendant la foule.
C'est ridicule !
Décidément Timon veut qu'on le montre au doigt.
TIMON, au peintre et au poète.
Mon intendant paira la somme qu'on vous doit.
LE PEINTRE
Vive le grand Timon, l'ami de la peinture !
LE POÈTE
Vive le protecteur de la littérature !