‹ Timon d'AthènesChapitre 6 sur 29 · UN COURTISAN · texte numérisé non relu

UN COURTISAN

Qu'on dresse dans Alhène un temple en son honneur !

APEMANTUS.

Je forme aussi, Timon, des vœux pour ton bonheur : Ecoute celui-ci... Puisse l'effet s'en suivre ! De ta prospérité que le ciel te délivre !

TIMON

Vieux hibou que je daigne admettre en ma maison, Vas-tu recommencer ta sinistre chanson ?

APEMANTUS.

Dusses-tu nie chasser à grands coups de massue , Il faut que mon courroux s'ouvre enfin une issue. Seul ici j'oserai dire la vérité :

On te trompe, Timon ; mais tu Tas mérité.

Je veux faire partout crier à son de trompe : Venez tromper Timon ! Timon veut qu'on le trompe! Il aime le mensonge et l'achète au comptant , Et plus on le bafoue, et plus il est content.

TROISIÈME COURTISAN

pauvre Apemantus ! L'envie amère et louche Brûle dans les regards, écume sur ta bouche.

QUATRIÈME COURTISAN

D'amis comme d'écus, je le crois indigent.

Moi je n'ai point d'amis, car je n'ai point d'argent.

A Timon :

Pour dessiller tes yeux, pauvre visionnaire, Faudra-t-il que le ciel s'arme de son tonnerre? Du volage Piutus n'attend pas le départ; Change, change de vie avant qu'il soit trop lard. Chasse d'autour de toi ces méprisables tourbes D'adulateurs titrés, aussi lâches que fourbes, Ces poètes rampants dont le langage est faux, Ces parasites vils qui flattent tes défauts ; Fuis ces amis trompeurs et ces indignes joies ! De la philosophie, ô Timon ! suis les voies ! Suis mes traces ! Vis seul ! Fuis ces cœurs corrompus, D'avarice rongés, de vanité repus!

Eloigne ces flalleurs qui l'entourent sans cesse, Qui se sont élevés à force de bassesse ; Ces esclaves sans foi, dont l'hommage odieux Mettrait pour un peut d'orThersite au rang des dieux. - Ils t'abhorrent; leur zèle est une hypocrisie. Tes largesses ne font qu'aigrir leur jalousie ; Car on pardonne encore une injure, un trépas, Mais un bienfait, vois-tu, ne se pardonne pas !

PREMIER COURTISAN

Assez, vieil aboyeur !

SECOND COURTISAN

Il hurle et mord sans gène, En digne successeur de l'âpre Diogène.

APEMANTUS.

J'ai rempli mon devoir ; j'ai dit la vérité : Pendez -moi maintenant, je l'ai bien mérité.

FLAVIUS, à Timon.

Seigneur, daignez jeter un coup-d'œil sur mes comptes.

TIMON

Mon brave Flavius, ce que tu me racontes

Sur l'état de mes biens, m'ennuie au dernier point.

FLAVIUS

Seigneur...

PREMIER COURTISAN

Il le faudra chasser à coups de poing.

FLAVIUS

Je voulais...

Allons donc! ii faut que lu diffères.

Aujourd'hui les plaisirs et demain les affaires. Le banquet nous attend, ne nous relarde pas.

PREMIER COURTISAN, à Apemantus.

Chien! nous le jetlerons les restes du repas.

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