FLAVIUS, LE PEINTRE, LE POÈTE
LE POÈTE, bas.
Abordons-le.
Haut.
Salut, homme prudent et juste.
LE PEINTRE
Vous paraissez jouir d'une santé robuste.
LE POÈTE
J'ai fait un dithyrambe. Ecoutez : « Peuple grec ! . . . »
FLAVIUS , à part.
Il leur faut de l'argent, et le coffre à sec.
LE PEINTRE
J'ai fait sur ce tableau le portrait du grand homme, Et je viens demander. . .
FLAVIUS
Je comprends; quelle somme?
LE PEINTRE
Cela ne presse pas. Prenez tout votre temps.
Nous n'aimons que la gloire, entendez-vous ?
FLAVIUS
J'entends.
Combien demandez-vous?
LE PEINTRE
Moi, six talents.
LE POÈTE
Moi, quatre.
FLAVIUS
C'est bien cher, pour des vers.
LE POÈTE
Je n'en puis rien rabattre.
J'ai fait un dithyrambe incroyable, étonnant : J'ai comparé Timon à Jupiter tonnant.
LE PEINTRE
Je l'ai peint sous les traits du grand vainqueur de l'Inde.
LE POÈTE
Moi, je l'ai déclaré frère du dieu du Pinde.
FLAVIUS
Je vous paîrai demain. Je cours auprès de lui.
LE PEINTRE
Hé ! ne pourriez-vous pas me payer aujourd'hui ?
FLAVIUS
Vous méprisez l'argent, et n'aimez que la gloire; Vous me l'avez juré, Messieurs, je veux vous croire. A demain.