SCÈNE III JEAN, SOLANGE
JEAN
Vous les avez entendus, Solange?
SOLANGE
Oui, Jean, et je suis indignée.
Je ne sais ce qui m'a retenu de châtier ces gens. Oser comparer la bestialité de leurs amours à l'idéale sérénité de nos tendresses.
SOLANGE
Calmez-vous, Jean, vous vous faites du mal. JEAN sa laissant tomber sur un siège.
Ouil
SOLANGE
Les émotions ne vous valent rien.
JEAN
Elles me tuent. (Lui prenant la main et la plaçant sur son cœur.) Tenez I
SOLANGE
En effet, votre cœur bat.
JEAN
Il ne bat pas, il saute ! Il me donne l'image d'un jeune chevreau bondissant de roc en roc à travers la montagne.
8 TIRE-AU-FLANC t
SOLANGE
OÙ allez-vous chercher les jolies choses que vous dites î
JEAN
Elles me viennent sans que je les cherche.
Vous êtes poète...
JKAN.
Je le suis... (Rêveur.) Et j'en soufiFre... car la vi^ n'est que vulgarité, et mon âme, trop sensible, s'exaspère au contact de tout ce qui est commun et trivial.
SOLANGE
Vous possédez une nature d'élite.
JEAN, gimplement.
Oui. J'ai horreur du banal f
SOLANGE
Et vous réussissez à l'éviter. Vous mettez de l'inédit jusque dans vos gilets, dans vos cravates...
JEAN
En mon habillement même, je méprise les sentiers battus de la mode pour suivre la route capricieuse et fleurie de la divine fantaisie. Malheureusement les obligations de l'existence nous ramènent à chaque inslaiit à la triste réalité. Ainsi, est-il rien de plus stupide que cette nécessité de boire et de manger ?
SOLANGE
En effet...
JEAN
Est-il rien de plus plat, de plus terre-à-terre, d« plus vraiment « tout le monde ? »