‹ Tire-au-flanc!; pièce en trois actes [par] André Sylvane & André Mouëzy-EonChapitre 7 sur 104 · SCÈNE III JEAN, SOLANGE · texte numérisé non relu

SCÈNE III JEAN, SOLANGE

JEAN

Vous les avez entendus, Solange?

SOLANGE

Oui, Jean, et je suis indignée.

Je ne sais ce qui m'a retenu de châtier ces gens. Oser comparer la bestialité de leurs amours à l'idéale sérénité de nos tendresses.

SOLANGE

Calmez-vous, Jean, vous vous faites du mal. JEAN sa laissant tomber sur un siège.

Ouil

SOLANGE

Les émotions ne vous valent rien.

JEAN

Elles me tuent. (Lui prenant la main et la plaçant sur son cœur.) Tenez I

SOLANGE

En effet, votre cœur bat.

JEAN

Il ne bat pas, il saute ! Il me donne l'image d'un jeune chevreau bondissant de roc en roc à travers la montagne.

8 TIRE-AU-FLANC t

SOLANGE

OÙ allez-vous chercher les jolies choses que vous dites î

JEAN

Elles me viennent sans que je les cherche.

Vous êtes poète...

JKAN.

Je le suis... (Rêveur.) Et j'en soufiFre... car la vi^ n'est que vulgarité, et mon âme, trop sensible, s'exaspère au contact de tout ce qui est commun et trivial.

SOLANGE

Vous possédez une nature d'élite.

JEAN, gimplement.

Oui. J'ai horreur du banal f

SOLANGE

Et vous réussissez à l'éviter. Vous mettez de l'inédit jusque dans vos gilets, dans vos cravates...

JEAN

En mon habillement même, je méprise les sentiers battus de la mode pour suivre la route capricieuse et fleurie de la divine fantaisie. Malheureusement les obligations de l'existence nous ramènent à chaque inslaiit à la triste réalité. Ainsi, est-il rien de plus stupide que cette nécessité de boire et de manger ?

SOLANGE

En effet...

JEAN

Est-il rien de plus plat, de plus terre-à-terre, d« plus vraiment « tout le monde ? »

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