ACTE PREMIER f
SOLANGE
Certes.
JEA.N.
Et cependant, il faut s'y soumettre. Et cela, trois, quatre, cinq fois par jour! J'avoue que c'est pour moi une véritable corvée, à laquelle je me refuse autant qu'il est en mon pouvoir. Ainsi, en ce moment, j'ai faim, j'ai très faim.
SOLANGE
Eh bien, il faut manger.
JEAN
NonI Pourquoi?
SOLANGE
JEAN, naïvement.
Je ne pourrais plus déjeuner.
SOLANGE
Je suis effrayée à la pensée des souffrances qui vous attendent pendant cette année de régiment!
JEAN
Ah I Moi aussi, j'en suis effrayé...
SOLANGE
Vraiment, quand on n'est pas né pour un métier, on ne devrait pas vous l'imposer !
JEAN, amer.
Ce serait la justice... Elle n'est pas de ce monde... Mais je vais vous quitter, Solange... Et voilà surtout ma véritable peine I...
SOLANGE
J«la partage, Jean i... Croyez-l«l
JEAN
Oui, de cela surtout mon âme est triste... profondément I Donnez-moi votre main... (Après un long bai- ■er.) Profondément !,..
SOLANGE
Par bonheur, ma mère a pu faire indirectement la connaissance de votre futur colonel, et obtenir qu'il accepte une invitation à déjeuner. Il va venir, il vous verra, il se rendra compte que vous n'avez rien de ce qu'il faut pour faire un soldat.
JEAN, ironiqua.
Et cela me mettra tout de suite dans ses papiers.
SOLANGE
Qui sait?.. On lui fera comprendre... on lui expliquera... Et puis, il sera reçu avec tous les honneurs dus à son rang. Ma mère s'est informée de ses goûts. Elle a commandé un déjeuner en conséquence. Il y sera sensible.
JEAN
Peut-être... Si sa digestion se fait bien!..
SOLANGE
Ne soyez pas amer, Jean. Vous devenez trop sceptique. Vous ne croyez plus à rien.
Je cr«is à ceci, (il prend sa main «t après un long bal* sar.) Profondément 1