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FLORA

(Musée des Offices, Florence.)

LA GLOIRE

unpli de l’étoffe, et le geste de cette main exprime encore la nerveuse domination du penseur sur soi-même, pour condenser l’idée.

L’homme au gant (1518-1520). Paris. Musée du Louvre. — Le jeune homme apparaît dans le mystère du fond : sa figure aux plans simples et calmes irradie dans l’ombre l’or de ses chairs halées. Les traits construits avec hardiesse s’inscrivent volontaires et logiques : la bouche au dessin serré, le nez droit aux narines nettes et fortes, les yeux enfin où la vie fiévreuse des villes allume l’éclair de la passion.

Jeune homme beau comme un étalon de race, sous l’ample costume noir qui te vêt on te sent fort comme un fils lointain des Grecs vainqueurs au stade, et frémissant comme une patricienne!

L’œuvre est devant nous, sculptée dans le marbre des chairs, modelée par plans et baignée d’air coloré. Les mains charpentées et nerveuses complètent l’expression du visage : l’une sous son gant léger contient sa force; l’autre nue sort du blanc plissé de la manchette, aristocratique et pure.

Par quels nobles moyens Titien parvient-il à nous émouvoir ? Quelle sobriété en cette harmonie qui prend son éloquence non point dans une orgie de couleurs, mais dans la qualité des noirs et des blancs ; non point dans le pathétique des gestes, mais dans l’intensité d’une vie intérieure ?

L’homme à la conjonctivite (1520). Paris. Musée du Louvre. — Il est là, les yeux rougis par les veilles, maigre et sensuel, fils de quelque trafiquant, affiné par l’oisiveté. Et dans la gravité du velours noir la tête ressort, soucieuse, le regard taciturne, s’ouvrant sur les rêves désenchantés du jouisseur.

Titien, paysan perspicace, observateur à l’affût de l’âme des citadins, nous révèle les héros de son temps dans la plus simple, la plus humaine des écritures plastiques. Ces faces, qui surgissent dans la profondeur silencieuse de leurs cadres, sont pétries de chair tiède, soutenues d’ossatures solides, coiffées de chevelures souples ; le blanc des chemises qui éclaire l’ombre comme une douce veilleuse, la richesse des pourpoints noirs, tout cela vit de sa propre substance, sans effort apparent. L’aristocratie naturelle de cette vision s’oppose à l’aristocratie distante et hautaine de Florence et de Rome.

Laura Dianti (1520). Paris. Musée du Louvre. — La plébéienne Laura, fille d’un marchand de Ferrare, est la maîtresse d’Alphonse d’Este. Le prince qui a goûté au miel de l’Hy mette rapporté par les poètes de son temps, aime les arts !... il est païen, et désire que la beauté de son amie soit éternisée par Titien.

La belle créature respire avec calme devant nous, dans sa splendeur sereine ; l’artiste a saisi le regard heureux et complaisant dont elle suit son image dans un miroir.

Sa tête fine s’inscrit dans un pur ovale, inclinée sur

LA GLOIRE

un cou rond et ferme ; ses larges épaules de déesse antique, sa gorge ample et lourde comme un fruit fécond, illuminent T austérité des fonds. Sa chair souveraine semble refléter le soleil de vingt étés radieux. Son bras ample et délicat se recourbe vers la chevelure que la main déploie.

1/ amant est là dans l’ombre ; et, soutenant le miroir qui reflète aussi la nuque dorée, il contemple son bien avec la fierté recueillie d’un seigneur pour sa noble cavale.

Portrait de Frédéric Gonzague, marquis de Mantoue (1523). Madrid. Prado. — L,e marquis est debout, le regard lointain ; la tristesse des grands est lourde sur nos âmes. Sa main petite, grasse et un peu faible, flatte un chien caressant, ha bonté désabusée de ce mélancolique donne à sa face pâle et barbue l’aspect de ces princes voluptueux qui, dans les contes orientaux, sentent leur poitrine rétrécie par le poids du pouvoir. Sa nature affectueuse, souvent déçue, s’est donnée au culte de la beauté. Il s’attachera à Titien et fera de ce montagnard taciturne et distant, qu’il admire, un ami qu’il n’abandonnera pas.

h' œuvre nous offre les qualités habituelles du maître : finesse des gris, délicatesse ivoirine des blancs, richesse sourde des noirs. Simple et distinguée elle synthétise le grand seigneur : émouvante confession de la vie d’un prince. C’est un des plus beaux portraits de cour que l’histoire nous laisse, sans le mensonge d’une flagor-

nerie.

Le Doge Andréas Gritti (1523). Vienne. Galerie Chemin. — Le vieillard caparaçonné d’or, encapuchonné d’or, la main crispée comme une serre, semble un faucon royal aux aguets. La face rusée — le nez vigoureux comme un bec, la bouche hermétique, l’œil aigu et méfiant — décèle chez l’octogénaire l’ autorité du chef et du justicier. Symbole vivant de l’âme politique de Venise qui pendant dix siècles allia la fourbe du marchand à l’audace du corsaire !

Les accents définitifs de la bouche, du nez et des yeux donnent au visage la rigueur sculpturale du bronze. Les plans de lumière et d’ombre construits avec logique sont observés si profondément que l’on devine, sous l’épiderme, les tendons et les os du rude vieillard. Toute la volonté est concentrée sur la face, dont le teint bruni, dans la blancheur ouatée de la barbe, forme avec le manteau dogal une symphonie d’or, riche et ostentatoire comme la république qu’il représente. La communion du peintre avec la nature est telle, qu’on oublie le métier pour ne penser qu’à la vie transposée sur la toile. Suprême maîtrise d’un grand peintre qui devient un grand homme.

Deux portraits d’homme (1523-1525). i) Munich. Vieille Pinacothèque. — Beau portrait. Visage noble, ironique et bienveillant, dans l’ampleur habituelle du costume sombre adouci par le blanc laiteux de la chemise. Est-ce l’époque qui, développant les passions librement, marquait les hommes d’indépendance singulière ?

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