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Académie de Venise

Photo A. Giraudon.

l’homme au gant

(Musée du Louvre, Paris.)

LA GLOIRE

apôtres, tandis que la Vierge, charmante vision, débarrassée de ces accessoires de mauvais goût — angelets, nuages, pacotille barbare de procession espagnole — monte au ciel dans un nimbe d’or et d’opale. 1/ œuvre de Vérone semble un pendant de la Mise au tombeau du Louvre, par le sentiment pieux qui l’anime, par le caractère marqué et véridique des portraits, et par sa belle composition, formée d’une base compacte et distincte, au-dessous de la Vierge et du ciel où elle s’élève.

La présentation de la Vierge au Temple. Venise. Académie. — De beaux palais vénitiens, un fond de dolomites sur un ciel nuageux admirablement construit, une foule pittoresque, où le peuple et les grands se coudoient, tel est, en ce vaste tableau, le cadre choisi par Titien pour sa touchante cérémonie de la présentation de la Vierge.

Des femmes, des enfants, des marchandes et des mendiants, des dignitaires, des trafiquants, portraits évidents de contemporains, regardent, au pied de l’escalier, la toute petite fille, humble et touchante, gravir les marches hautes, allant vers le grand-prêtre hébreu se faire consacrer juive. Les degrés montent jusqu’en haut de la toile, et, sur le parvis, les lévites attendent.

L’action se déroule pompeuse et familière. Elle rappellerait, avec plus de verve et d’éloquence, les premières influences de Bellini, par l’évocation intime de la vie vénitienne, participant à la scène sacrée, et peut-être aussi par la facture et le style des personnages, le charme

de l'harmonie argentine. Le génie de Titien nous surprend souvent par ces retours inattendus à des genres qu’il semblait avoir abandonnés. Tel en un phare à feu tournant, les multiples éléments composant les faisceaux de ses créations reviennent nous éclairer tour à tour de leurs lumières variées. C’est cette faculté de renouvellement qui évitera à cet homme privilégié les redites qui usent, les doctrines qui mènent au procédé. Par la variété même de ses prédilections il rajeunit ses désirs, oubliant les uns pour revenir aux autres avec plus d’ardeur.

Ces brusques variations dérouteraient beaucoup l’opinion du temps présent qui se complaît aux classifications faciles et de tout repos.

L’Annonciation. Venise. Scuola de San Rocco. — Adorable tableau ! raffiné, subtil comme un Carpaccio ; mais avec combien plus de recueillement !

Sur une terrasse à colonnades la Vierge est à genoux dans la douceur nocturne du paysage. Un rayon divin frappe sa face exquise. Sa main longue retient les battements de son cœur. Bile est là, pure, enveloppée dans son voile simple, priant. L'Ange annonciateur, souvenir lointain des primitifs florentins, glisse vers elle, beau comme un Adonis vêtu par Botticelli. Mystère des nuits troublantes répandant son ombre fluorescente sur la terre... Voici que le montagnard se laisse un instant gagner par l’extase !... parfum fugitif de lys et d’encens que les souffles d’Ombrie ont porté un soir sur les lagunes.

La Sainte Cène. Urbino. Galerie municipale. — Rudes apôtres, précurseurs des moines de Herrera et de Zurbaran plus rudes encore ! Fils des populaces qui suivent leur foi sans la discuter ! vous voici réunis autour du Christ le jour de Pâques.

Certes, Titien fera des œuvres plus complètes, il concevra aussi des Christs plus touchants, moins fades. Mais ce tableau, par son éloquence plébéienne et forte, va remuer la foule comme jadis la parole des apôtres eux- mêmes.

Une nature morte, petit chef-d’œuvre — - la nappe, le repas frugal, le pain, la carafe, — devance les Espagnols, par le charme de sa véracité sensible.

La Résurrection du Christ. Urbino. Galerie municipale. — Un second tableau, formant pendant à la sainte Cène.

Cette Résurrection du Christ ne me plaît pas. Un beau morceau — deux soldats endormis — ne rachète pas ici l’académie de mauvais goût qui s’élève, hanchant sur une jambe, tenant à la main un étendard déployé, et qui veut figurer le Christ montant au ciel... Gondolier aperçu un jour, tendant la main au pourboire, pourquoi Titien t’a-t-il choisi pour représenter Dieu ? et pourquoi aussi le vulgaire goûtera-t-il ton image à tel point, qu’on te retrouve aujourd’hui encore, répandu dans les boutiques autour des églises, et trônant jusque sur les autels, trop bien peigné sur tes traits benêts.

« Ecce Homo >► Vienne. Ho f muséum. — Un chefd’œuvre ! Eà le Christ est Dieu !... Il souffre, il ne fait pas de gestes de théâtre. On le pousse, devant la foule gouailleuse, résigné et douloureux. Pilate est près de lui, le proposant au jugement public. Titien a pris l’Arétin, son vieil ami, pour tenir ce rôle. Et le sceptique, qui connaît les hommes, comme jadis le procurateur de Judée, parle à la plèbe, sans conviction, sans illusion.

Ea vie des rues grouille autour du prétoire : cavaliers, seigneurs, soldats, un More sur son cheval, des femmes, des gamins, des chiens. Un étendard flotte sur le ciel vert... Et cette foule vit, discute, insulte, crie.

Rembrandt, un siècle plus tard, retrouvera cette verve familière, mêlée à l’émoi religieux, ce sens profond de l’humanité. C’est le drame éternel de l’aveugle cruauté des foules. E’ exécution en est si libre, qu’elle nous impressionne directement, comme la parole même, facile et imagée, d’un conteur populaire. Moyens risqués, art qui, dans des mains moins attendries, pourra devenir grossier.

Ici la lumière enveloppe les choses de sa blondeur magique, transfigurant les plus vulgaires réalités.

Allocution du Général deî Vasto à ses soldats (1541). Madrid. Prado . — Ee tableau a beaucoup souffert de l’incendie de l’Escurial et surtout des restaurations maladroites qu’il eut à subir ensuite. Néanmoins la vision hardie et inattendue de cet épisode militaire est retracée avec tant de brio que l’œuvre se place ici comme un des plus beaux portraits d’histoire.

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