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CHAPITRE VIII

Quelques relations nouvelles. — Les Farnèse.

Le voyage à Rome.

Titien venait de terminer le portrait de l’adversaire des Medicis, Eilippo Strozzi et de sa famille. Un portrait présumé (Vienne, Hofmuseum) nous le montre en un somptueux costume bordé de fourrures, la tête puissante, le crâne rond, l’œil inquiet, le front buté et têtu, mélange de sauvagerie et de raffinement. Une charmante vision nous parvient de sa petite fille (Berlin, Galerie royale) jouant avec un chien, la physionomie mutine et éveillée sous ses cheveux bouclés. Portrait nacré, soyeux, précédant les infantes d’Espagne que Velâzquez évoquera dans les perles et le corail.

Portrait du Cardinal Bembo (1539-1540). Rome. Palafâo Barberini. — Ee fin lettré semble discourir en une séance de l’Académie Aldine. Ee geste de la main accompagne l’esprit du masque osseux et des yeux pétillants. Etrange parenté chez les deux amis... Bembo ressemble à Titien !

Don Diego de Mendoza (1540). Florence. Galerie

GLOIRE

Pitti. — U’Espagnol farouche et borné. Il se tient debout, gainé de noir, les yeux noirs, les cheveux et la barbe noirs, le teint olivâtre, fils des conquistadors qui dressèrent des villes de pierre et des cathédrales dans les déserts de fièvre et de feu du Nouveau-Monde, cherchant de l’or.

Portrait d’un jeune Anglais (154-5). Florence. Musée des U ffip. — Un jeune homme se tient debout, ses gants à la main. Ses yeux étranges et durs de rêveur volontaire dans sa physionomie froide et fermée, lui donnent un aspect inattendu et inquiétant parmi toutes ces physionomies ouvertes d’Italiens chaleureux.

C’est une harmonie sobre, comme voulue, de noirs et de gris, soulignée d’un peu de lingerie blanche ; une atmosphère silencieuse d’où émerge la face pâle de l’homme du Nord.

Ranuccio Farnèse, petit-fils du pape Paul III, étant à Venise, Titien fit son portrait. Son frère Alexandre Farnèse, grand amateur d’art, désira, sur la vue de ce portrait, connaître le grand peintre vénitien, et lui manifesta le désir de le présenter au pape. Titien hésitait encore, quand une occasion naquit : le Pape devant se rencontrer avec Charles-Ouint à Bologne, Titien le rejoignit à Ferrare et le suivit. C’est là qu’il exécuta les fameux portraits du musée de Naples.

C’est d’abord le portrait du chef de l’Eglise, seul, assis dans un fauteuil ; portrait terrible, qu’on n’oublie jamais. Ee vieillard semble à l’affût, comme un vieux loup, le regard inquisiteur et méfiant, le nez rusé, le poil blanc. Une main expressive se pose sur sa cuisse : griffe implacable et inquiète. Ue terrible Paul III est là, devant nous, rêvant à combattre l’hydre du protestantisme qui déjà étend ses bras.

Ee voici encore plus terrible, la bouche aux coins relevés en rictus, l’œil petit et plus féroce, le nez tombant, la tête, coiffée de la calotte rose, enfouie dans les épaules. Il est là encore, dans un grand portrait d’apparat, entre ses petits-fils le cardinal Alessandro et Ottavio Farnèse. (Euvre libre comme une grande esquisse dans les harmonies de roses, de blancs, de gris et de noirs qui séduiront tant Velâzquez plus tard.

Ottavio s’incline élégant, obséquieux, sournois, vers le vieillard grondeur, ramassé dans son fauteuil, la main contractée, agrippée à l’accoudoir.

Une étude, première impression du peintre, qui se trouve à Pétersbourg (Musée de l’Ermitage), nous révèle la réalité plus saisissante encore de cette figure de vieux fauve malade.

Quel souverain moderne accepterait un portrait d’une vérité aussi cruelle ?

Deux portraits d’Alexandre Farnèse : physionomie vivace, bouche ironique et bonne, regard intelligent, nous font connaître l’homme charmant, dilettante cultivé, ami des artistes.

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