LE CHRIST AU DEISIER
(Dresde.)
écarter une légende d'après laquelle, dans sa ville natale» il aurait peint une Madone avec du suc de fleurs. Je ne m'arrêterai pas non plus à Y Homme de Douleurs de la Scuola San Rocco qui a tous les caractères d'un Giorgione, ni à la Montée au Calvaire de l'église du même nom, dont l'état présent ne permet guère un jugement motivé. La première œuvre authentique et que l'on puisse dater est au musée d'Anvers. Elle représente le chef d'une expédition navale contre les Turcs, Nicolas Pesaro, évêque de Paphos, agenouillé devant saint Pierre auquel le recommande le pape Alexandre VI, et lui présentant la bannière papale. Ce tableau, qui suppose que Titien était déjà connu, doit être placé entre la nomination de Pesaro qui date de 1501 et la mort d'Alexandre VI, en 1503. L'œuvre, un peu timide, est d'une coloration fine et d'une harmonie très douce ; les portraits admirables de vérité ; la perspective sur les quais de Venise et la mer glauque donnent de l'air et de l'ampleur à la compostion. Ce que Titien dans cette première période a traité le plus souvent, c'est le motif traditionnel et préféré par les Bellini, la Madone avec l'Enfant, entourée de saints et de saintes. On y peut suivre le progrès de sa manière dans le sens de la richesse du naturel et de l'ampleur. La Vierge de la galerie Lichtenstein, à Vienne, paraît être la plus ancienne. Assise à droite devant un rideau rouge sombre, elle tient sur ses genoux l'Enfant, assez gauchement dessiné, qui tend les bras à sainte Catherine. Celle-ci» dont le doux et fin profil se détache sur le ciel, s'avance
les yeux baissés, une palme à la main; entre elle et le groupe principal se modèle puissamment sur le fond clair la belle figure populaire de saint Jean-Baptiste; à gauche, des cimes légères d'arbres baignent dans l'atmosphère fluide.
La grâce est déjà plus libre et la composition mieux liée dans une Sainte Famille, de la National Gallery; le paysage y joue aussi un plus grand rôle. La Vierge voilée de blanc, qui soutient à deux mains l'Enfant sur la crèche d'osier est délicate et -blonde comme une ligure de Palma.
La Vierge au parapet du Musée de Vienne, que l'on appelle aussi la Vierge bohémienne, en raison de son type basané, affirme un progrès plus décisif encore. C'est comme une prise de possession de la nature ; la plénitude des reliefs et la vigueur des tons font penser à Giorgione ; mais la beauté plus parfaite, le choix plus exquis, l'émotion plus tendre annoncent une force plus contenue et dirigée par un art supérieur.
Cependant le chef-d'œuvre de cette première période qui se caractérise par une grâce jeune et pure, n'est pas un tableau religieux ; c'est la toile fameuse de la Galerie Borghèse, Y Amour sacré et V Amour profane. Peu d'oeuvres reflètent mieux l'esprit d'une époque, la poésie élégante et voluptueuse de la Renaissance, et ce symbolisme délicat mais un peu obscur où se complaisait le goût des humanistes. Dans un noble paysage, à gauche escarpé et descendant à droite en terrasses étagées jusqu'à
Cliché Alinar