OLI ME TANGERE
(Londres.)
TITIEN. 3i
Cerises du Musée de Vienne est un des exemplaires les plus parfaits de cette manière : beauté aristocratique et douce encadrée d'un voile bleu tendre, la robe rouge assez largement échancrée sur la gorge, les yeux baissés, la Madone, au centre de la composition, se détache sur le rouge sombre d'un rideau broché d'or. L'enfant qu'elle soutient du bras droit, d'un geste mutin et gracieux se rejette vers elle et lui offre une poignée de cerises, tandis que plus bas, à droite, le petit saint Jean s'empresse et présente un autre bouquet. À droite et à gauche, deux saints, dont l'un porte un turban, se modèlent sur l'azur du ciel.
La formule la plus animée et la plus riche de cette donnée est au Musée de Dresde. Dans une harmonie éclatante et grave, le clair visage de la Madone, encadré d'un voile blanc, s'enlève sur un azur chaud parsemé de nuages ; le corps lumineux de l'enfant, debout sur ses genoux, rayonne entre le fond sombre des draperies et la figure bronzée de saint Jean qui le soutient sous le bras. A droite, se découpent sur le ciel la silhouette obscure de saint Paul courbé sur son épée, et sur un fond d'architecture, la Madeleine à demi baignée dans la pénombre fluide ; derrière elle, on entrevoit le saint Jérôme qui lève les yeux vers un crucifix ; l'ensemble est somptueux et un.
C'est encore une œuvre particulièrement sonore dans les notes graves que la toile du Louvre (dont une réplique <sst au Musée de Vienne), représentant la Madone et
l'Enfant avec trois saints. Dans une note plus simple, tout intime et gracieuse, la Madone de la Galerie des Offices à Florence, est peut-être la plus finement sentie.
Dans toutes ces toiles, la vivante atmosphère du dehors pénètre le thème religieux ; les effluves de la lumière vraie échauffent et animent les figures. Ainsi l'ordonnance hiératique se détend et s'assouplit ; les personnages divins s'humanisent et se rapprochent de nous par cet aspect de réalité prochaine et de vraisemblance familière. Le paysage n'est plus un accessoire, comme pour Bellini : il enveloppe, il absorbe et attendrit toutes choses en y mêlant une grave et tendre poésie de nature. C'est là un fait capital dans l'histoire de l'art; car de là devait résulter l'étude de rapports plus riches et plus complexes. Non qu'en cela Titien n'ait eu des prédécesseurs chez les peintres du Nord, chez ses contemporains et ses maîtres directs. Mais si l'on a pu dire avec raison que Titien était le créateur du paysage moderne, c'est que nul avant lui n'avait observé d'un œil plus amoureux, rendu avec plus de force, de largeur et de délicatesse, les formes de l'univers, avec leur accent particulier et leur enveloppe aérienne. La vie du ciel et des nuages, le drame de la lumière et des ombres, l'unité de ce vaste organisme et les souffles qui le traversent, aucun peintre avant lui n'en avait fait sentir au même degré la puissante animation.
C'est qu'il avait vécu dès ses plus jeunes années m communion avec la nature et que toujours il fut
Luuhe Auuuri.