‹ TitienChapitre 9 sur 17 · LA MADONE DE S A I N T- N ICO L A S · texte numérisé non relu

LA MADONE DE S A I N T- N ICO L A S

(Rome.)

sent, s'attaquent à coups de pommes et de flèches innocentes, saisissent un lièvre effaré. Titien a mis là toute Ja science et tout le sentiment délicat qu'il avait •de la vie enfantine, rieuse, abondante et fraîche.

La volupté païenne et sa naïve impudeur triomphent -dans l'ardent poème de la Bacchanale. Ivresse des sens au plein de l'été radieux, danse bondissante des ménades et des satyres, puissance mystérieuse des rythmes qui éveillent dans les cœurs des transports sauvages, tout ce qu'avaient chanté les poèmes dionysiaques, retentit dans la modulation des formes et des couleurs, dans les sonorités sombres ou claires de l'airain, du cuivre et de l'or. Dans la pénombre transparente et chaude où passent des rayons d'or filtrés par les branches, bacchants et bacchantes sont couchés ; au centre, deux femmes, dont le visage, la gorge et les épaules sont fleuris de lumière errante; de grands corps souples et bruns s'étirent et se renversent; les silhouettes d'un profil faunesque, d'un bras musculeux et d'une aiguière découpées sur le ciel font une gracieuse arabesque; à droite, la ronde bacchique tourne en bonds mesurés, la beauté demi-nue se dresse, des rouges, des bleus, des safran s sonnent clair ; au premier plan, un faune enfant relève impudemment sa chemise; une bacchante a roulé endormie sur le sol et sa beauté dévoilée frissonne dans un flot de lumière blonde ; peut-être est-ce Ariane abandonnée, car une voile apparaît au loin sur le bleu sombre de la mer entrevue sous les feuillages, et Silène aviné

est étendu bdr l'herbe non loin delà. Gela est dense et fluide, étouffé et sonore, tout imprégné de joie et de langueur, et d'une extrême élégance dans le plus mol abandon.

Le « Bacchus et Ariane » de Londres n'est pas une œuvre moins savoureuse. Ici, Titien suit de près l'admirable poème où Catulle a dit Ariane abandonnée sur la grève déserte de Naxos, son désespoir, sa plainte emportée sur lés flots que le traître Thésée fend de ses rames et l'arrivée triomphale de Bacchus consolateur escorté des bacchantes et des satyres de Nysa. Sur la grève qui dessine au bord de la mer bleue sa courbe longue, Ariane demi-nue, les cheveux épars, s'arrête éperdue en voyant Dionysos qui bondit de son char traîué par des panthères et semble voler vers elle, son manteau de pourpre déployé dans l'air. Avec lui s'élance hors de l'ombre des grands arbres, le cortège bondissant; un petit faune mutin rit et danse aux abois d'un chien; une bacchante va, dressée sur la pointe des pieds, rythmant son allure élastique au tintement des cymbales, un faune cornu porte des serpents noirs enroulés sur sa peau brune, un autre brandissant la cuisse d'un taureau dépecé dans l'orgie, poursuit une ménade rieuse qui fuit et l'agace du son d'un tambourin ; Silène vacillant sur son âne apparaît sur l'épaisseur des taillis où se perd Je reste du cortège. Là-dessus rayonne la calme splendeur d'un jour d'été et le parfum de la mer Ionienne.

Peu d'artistes ont senti, et traduit la beauté de la femme

Cliché Alinari.

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