‹ Titon du TilletChapitre 5 sur 9 · L. Sancy · texte numérisé non relu

L. Sancy

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Si son grand projet échoua, du moins s'est réalisé l'espérance dans laquelle était Titon du Tillet, que la postérité saurait reconnaître ses mérites.

L'œuvre bibliographique de cet homme éminent est à présent hautement appréciée, elle s'impose à ceux qui s'occupent de l'histoire littéraire et artistique du XVII*^ et du XYIII^ siècles, où chacun peut y puiser des renseignements précieux. Elle sert aussi à montrer ce que peut un être humain épris d'un idéal élevé, qu'il poursuit sans relâche.

Charles BouvET.

Note bibliographique. — Outre lea deux éditions du Parnasse François, in-i2, 1727 et in-fol., 1732, Titon du Tillet fit paraître, en i76o, un volume infolio extrêmement remarquable.

Ce livre est composé de deux parties. La première, dont l'approbation est du 25 avril 1757, comporte : une page de titre, deux de table-sommaire et quarantehuit de texte ; elle présente un résumé des précédentes éditions, de notables augmentations, notamment dans la « Liste des personnes qui sont rassemblées sur ce monument jusqu'à la fin de l'année M.DCC.LVI. >, et donne aussi des indications précises sur lee collaborateurs de Titon et des précisions sur différents points. Nicolas Tardieu a gravé, en 1757, une seconde estampe du Parnasse François, c'est celle qui figure dans cette première partie. — La seconde partie comporte : une page de titre, deux de table-sommaire et cent-vingt-deux de texte ; elle est intitulée : « Diverses pièces en prose et en vers, au sujet du Parnasse François ». Cette partie, pour être apologétique, n'en est pas moins intéressante.

M. Eug. Le Senne, qui possède ce volume de toute rareté, a bien voulu le mettre à notre disposition ; nous sommes heureux de l'en remercier bien sincèrement.

La Bibliothèque de l'Opéra possède un exemplaire du Parnasse François avec ses deux suppléments et toutes les gravures (N" 1816). Ce précieux exemplaire, auquel il ne manque qu'une belle reliure pour être parfait, contient une dédicace, des corrections et des annotations de la main de Titon du Tillet.

Ch. B.

Lorsque, dans un article paru ici-même (Fasc, 1921), nous disions, en parlant des ouvrages de Titon du Tillet (i) : « ly'œuvre bibliographique de cet homme éminent est à présent hautement appréciée, elle s'impose à ceux qui s'occupent de l'histoire littéraire et artistique du XVII<^ et du XVIII® siècles, où chacun peut y puiser des renseignements précieux », nous pensions au Parnasse François (1727 et 1732), et à son Premier Supplément (1743) qui, en effet, ont été consultés fréquemment et fructueusement par les spécialistes auxquels nous faisions allusion.

En ce qui concerne le Second Supplément du Parnasse François (1755), jusqu'en ces dernières années il était assez peu connu du public. Quant au Troisième Supplément (1760), on l'ignorait à peu près complètement. Nous mêmes, quand nous fîmes figurer dans notre livre : les Couperin, une bibliographie des ouvrages de Titon du Tillet, ce n'était en somme qu'une

(i) I^ tête de chapitre ci-dessus reproduit un bois de Papillon 1728, tiré de la seconde partie du Troisième Supplément an Parnasse François. Nous profitons de cette nouvelle étude de notre cmincnt coUalxjratcur, M. Charles Bouvet, archiviste de l'Opéra, pour lui adresser nos plus sincères félicitations à l'occasion du prix KastncrBoiirsault qui lui a été attril)uc par l'Académie des Beaux-Arts, dans sa séance du -•: juillet (Icrnicr, pour son licl ouvrage: / <•.. Couperin (note du Comité).

esquisse, nous omettions les Essais sur les Honneurs et sur les Monumens accordes aux illustres savans pendant la suite des siècles, et le Troisième Supplément du Parnasse François. C'est seulement dans notre premier article » A propos de l'Arc de Triomphe de l'Etoile (Titon du Tillet) » que, dans une Note bibliographique, nous avions signalé ce dernier supplément.

A présent, nous sommes en mesure de donner non seulement la Bibliographie et le Catalogue complet des ouvrages de Titon du Tillet, mais aussi des renseignements précis intéressant l'auteur du Parnasse et son Qîuvre, renseignements puisés justement dans le troisième supplément.

Ce volume, paru dans l'année 1760 « la quatre-vingtquatrième de mon âge », nous dit l'auteur, dans une note placée au bas de la seconde page de la Table sommaire de la seconde partie, précisera certains points incertains jusqu'alors, et la partie apologétique servira à nous montrer que si Titon du Tillet dut combattre pour ses idées, et surtout pour la réalisation du grand projet qui embrassa toute sa vie, il eut du moins la satisfaction d'être estimé par des esprits élevés qui ne lui ménagèrent pas les éloges.

Titon du Tillet était d'une famille d'origine tout à fait plébéienne. Son bisaïeul, venu d'Ecosse pour chercher fortune à Paris, eut un fils : Claude Titon, qui apprit le métier de brodeur, et devint maître brodeur et chef de fourrière de la Reine.

C'est le fils de Claude Titon: Maximilien Titon, qui fonda la lignée aristocratique des Titon. La \ie de cet homme est prodigieuse.

Chose surprenante, ce fils de brodeur fut tenu sur les fonts baptismaux par Maximilien, duc de Béthune, Grand-Maître de l'artillerie de France, c'est-à-dire Sully, et par la Maréchale de l'Hospital, Charlotte des Essarts, qui avait épousé François de l'Hospital, comte du Hallier. Comment un tel parrainage fut-il accordé à un artisan ? M. Georges Hartmann répond à cette question de la façon suivante : « La broderie à cette époque

jouait un rôle important dans le costume, quelques-uns de cettx qui exerçaient ce métier auprès des gens de cour, les approchaient facilement, ils étaient estimés comme des artistes. Claude Titon, brodeur considéré, ornant probablement les vêtements du célèbre ministre et de l'ancienne maîtresse de Henri I\', obtint-il ainsi cet honneur ? » (i).

Maximilien Titon apprit la fabrication des armes, puis s'établit armurier au bout du pont Saint-Michel, mais ayant fait banqueroute dans cette première entreprise, il devint fourrier du duc du Maine. Il avait épousé, alors qu'il avait vingt-cinq ans, Marguerite-AngéHque Bécaille, qui fut nourrice d'un des enfants de M. de Louvois. Profitant de cette circonstance, elle fit valoir les connaissances spéciales de son mari en tant qu'armurier et demanda pour lui un emploi. C'est ainsi qu'il obtint la fourniture des armes pendant la guerre de P'^landre.

vSes affaires marchèrent à merveille. Déjà il était riche lorsqu'il proposa au Roi la création de magasins d'armes dans les principales villes du royaume, magasins dépendant d'un établissement central installé à Paris. Le Roi ayant accepté la proposition faite par Maximilien Titon, celui-ci fut nommé « Directeur des manufactures et magasins royaux d'armes de Sa Majesté )■. Cet organisme était créé à la Bastille, et fonctionnait dès 1666.

Lorsque mourut cet homme étonnant, il était comblé d'honneurs et laissait une fortune de plusieurs millions.

Maximilien Titon, devenu baron de Berre, seigneur d'Ognon, de Lançon, d'Eville, etc., fut inhumé dans la chapelle des Hospitalières de Saint-Mandé, qu'il avait installées dans l'ancienne propriété du fameux surintendant des finances Fouquet.

L'auteur du Parnasse François, Evrard Titon du Tillet, quatrième fils de Maximilien Titon, naquit le 16 janvier 1677, et fut baptisé on l'église Saint-Paul. Il fit de bonnes études chez les jésuites de la rue Saint-Antoine et, quoique son père eut

(I) Georges Hartmann. — I,a famille Titon, Bulletin Ue la Société Hist. La CiU, octobic lOoS. C'est dans ce travail que nous avons i)aisc les principaux cléments du tat)lcau généalogique encarté entre les pnges 178 et 17'). Ilicn <iu'incoinplet. ce tableau, nous le priisuns, sera utile aux- historiens, et, en tous cas, il iwjurra, par la suite, être complète des quelques dates qui lui manquent.

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désiré que lui et ses frères embrassent la carrière militaire, il permit à son fils cadet de suivre les cours de droit. Malgré ses études de jurisprudence : « Evrard, à quinze ans, avait obtenu le brevet d'une compagnie d'infanterie et peu de temps après fut fait capitaine de dragons. Mis en réforme, après la paix de Riswick en 1697, il acheta 31.400 livres la charge de Maître d'Hôtel de Marie-Adélaïde de vSavoie, duchesse de Bourgogne, mère de Louis XV. La mort prématurée de cette princesse (17 12) le laissa sans emploi. Il voyagea en Italie, s'intéressa aux Beaux- Arts. A son retour, il fut fait commissaire provincial des guerres, fonction qu'il conserva longtemps. Ce dernier office lui coûta 100.000 livres » (i).

Evrard Titon du Tillet avait acheté à son petit-neveu Jean- Baptiste-Maximilien de Gon, vicomte d'Argenlieu, capitaine des Gardes françaises, une part de la propriété paternelle de la rue de Montreuil, c'^st là qu'il mourut célibataire, le 26 décembre 1762, à quatre-vingt-six ans. Il vécut exempt de toute maladie et ne connut aucune des infirmités de la vieillesse. Comme son père, il fut inhumé dans la chapelle du couvent des Religieuses Hospitalières de Saint-Mandé (2).

Titon du Tillet était, paraît-il, un homme affable, d'un caractère doux et égal. Ce qui est certain, c'est que, si l'on considère avec un peu d'attention le portrait que Largillière a tracé de lui (3), on se convaincra rapidement que cette .physionomie respire l'intelligence et la bonté. Elle est en outre empreinte des marques d'une volonté qu'explique l'GËuvre de sa vie, œuvre pour la réalisation de laquelle il a fallu une ténacité peu commune.

Le testament qu'il rédigea cinq mois avant sa mort, le 8 juillet 1762, suffirait à prouver les qualités de son cœur qui, au reste,

(i) Georges Hartmann. — La lamille Titon, loc. cit., p. 24.

(2) r.,es Hospitalières de Saint-Maudé ayant été dispersées à la Révolution, les bâtiments et les deuT chapelles de leur couvent furent démolis. On ne sait dans quel lieu les restes des Titon purent être transportés (Note de M. G. Hartmann).

(3) Voir le Parnasse Franfois, seconde édition (1732). Georges Hartmann, article cité, et notre premier article sur Titon du Tillet.

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étaient connues. Mort sans enfants, il donne des objets d'art d'un haut prix aux différents membres de sa famille, répartit son patrimoine entre ses neveux, petits-neveux et nièces, fait des dons et legs en argent aux Religieuses Hospitalières de Saint-Mandé, à ses domestiques, et n'oublie pas un petit-cousin plus modeste que tous autres, « le fils aîné du sieur Titon, brodeur chez le duc d'Orléans ».

Avant de nous occuper à nouveau de l'œuvre à laquelle Titon du Tillet consacra la plus grande partie de sa vie, le Parnasse François, nous considérerons un autre ouvrage du même auteur intitulé : Essais sur les Honneurs et sur les Monnmens accordés aux Illustres Savans pendant la suite des siècles, etc.

Cet ouvrage, moins connu que le Parnasse François, est aussi d'un puissant intérêt.

Dans ces « Essais », Titon ne localise pas son étude à la France, il embrasse au contraire tous les pays et tous les temps, de sorte qu'il nous présente ainsi un abrégé d'histoire universelle de l'Art et des Sciences. Sujet vaste s'il en fut qu'il a su traiter avec une grande maîtrise.

Ce livre est divisé en quatre parties ou « Discours ».

Le premier Discours traite des peuples les plus anciens du monde, les Hébreux, les Assyriens, les Babiloniens, les Egyptiens et les Phéniciens.

Le second Discours renferme l'époque des Grecs.

Le troisième Discours comprend l'époque des Romains, et celle de quelques peuples de l'Asie.

Le (quatrième Discours regarde l'époque des différents peuples qui ont succédé aux Romains, c'est-à-dire, depuis la destruction de l'Empire Romain, au commencement du cinquième siècle de l'Ere chrétienne, jusqu'au moment où écrivit l'auteur (1734).

C'est à propos des spectacles et des fêtes données par les ordres de Louis XT\' que Titon, dont resi)rit était toujours rempli de grands projets, émet, dans cet ouvrage, l'idée d'instituer des « Jeux Lodoïciens ».

Ne pounoît-oh pas, dit-il, page 39S et suivantes, représcuter en France dos Jeux Publics, qu'on noninieroient Jeux Lodolciens. à la manière ([os Jeux Olimpiqucs, si fameux dans la Grèce, qu'on célèbreroit tous les (juatie ans. Rien ne paroit plus ai.sé ([ue de donner de ces spectacles ponip ux,sans qu'il eu coûtât rien au Roi ni à l'Ktat : on trouveroit à Paris, et à l'extrémité de ses T'auxbourgs, de grandes places pour y mettre des amphithéâtres à plu.sieurs gradins avec des galleries qui coutiendroient plus de cinquante mille personnes, et renfermeroient l'arène et le cirque, où l'on donneroit ces spectacles. L'étendue de lavSeine, depuis le Pont-Neuf jusqu'au Palais-Royal, présente un bel endroit pour donner des fêtes magnifiques ; ces deux ponts, et les deux quais où s'élèvent de superbes palais qui les entourent, fourniroient de quoi construire de vastes amplùthéâtres, et un grand nombre de loges où les spectateurs seroient placés conmiodémciit. Ce scroit sur cette partie de la ri\ière, que l'on représenteroit des Naumachies ou des combats navals, des forts et des citadelles, assiégés par mer ; on y feroit combattre aussi des monstres marins qui vomiroient des flammes, et lanceroicnt des jets de feu.

Je remarquerai encore ici deux principales places au:: environs des fauxbourgs de Paris qu'on pourroit choisir pour la représentation de CCS Jeux Lodoïciens ; la première est une vaste esplanade qui se présente à la sortie du fauxbourg vSaint- Antoine, qui est au devant de la principale allée d'arbres de Vincennes (i) ; la seconde est mi grand rond qui est au^ milieu des Champs-Elisées (2), ou bien un vaste quarré de prairies qui se trouve dans les mêmes Champs-Ivlisées. Ce seroit datis ces lieux spacieux, que Ion formeroit les arènes et le cirque pour le spectacle de ces Jeux LodoUiens, entourés et fermés de leurs amphithéâtres.

Pour moi, si le projet que je donne ici par ces Jeux Lodoîciens, pouvoit être exécuté, j 'insisterois beaucoup pour qu'ils fussent représentés, excepté les Naumachies, aux Champs- F.lisées, à cause de la superbe place consacrée à notre auguste monarque Louis le Bien aime, où les grands seigneurs qui formeroient le carrousel, s'asscmbleroient, et divisés et rangés en quadrilles, niarchcroient dans un bel ordre autour de la Place et de la figure du Roi, et pourroient ensuite y faire quelques évolutions et exercices militaires.

Pour donner à ces Jeux Lodolcwns encore plus de grandeur, il conviendroit à certains jours marqués, de donner des tournois ou carrousels, tels que les deux qui ont paru avec tant de magnificence sous le règne de Louis le Grand. On joindroit auasi, si on le souhaitoit, dans ces spectacles, quelques exercices qui étoient en usage chez les Grecs et chez les Romains, comme la course de chariots, l'escrime, le sanlt, le palet, la manière de lancer le dard et le javelot, tous exercices qui entretiennent le corps dans sa force et sa vigueur, et le rendent agile et dispos. Les poètes et les orateurs pourroient réciter leurs ouvrages, et les musiciens exécuteroient les leurs dans le tems qu'on célébreroit ces Jeux Lodoiciens. On y distriburoit aussi des prix pour tous les exercices du corps et de l'esprit, où les victorieux seroient couronnés au bruit d'un grand nombre

(1) Actuellement la Place de la Natioù.

(2) Le carrefour des Champs-Elysées

d'instruincius, des applaudisseincns et des acclamations d'une nombreuse assemblée. Ces prix ainsi remportés dans des spectacles pompeux, donneroient une noble émulation, et exciteroient le désir de pouvoir les mériter, et de se signaler par des exercices qui élèvent l'esprit, ou qui rendent le corps adroit, et le fortifient. On peut juger de la quantité d'étrangers de toutes les nations de 1 Europe que ces Jeux Lodolciens attireroient à Paris : quel honneur, et quel profit n'en retireroient point cette grar.de ville et toute la France ?

De même que l'érection du Parnasse François sur le Rond de l'Etoile, ce projet devait échouer.

A l'égard du Parnasse François, il existe, du moins en ce qui concerne l'artiste à qui l'on doit l'exécution des figures placées. sur ce monument, une légende qu'il convient de détruire. Même à la Bibliothèque nationale, où l'on peut voir le Parnasse François tel que l'a conçu Titon du Tillet, l'opinion courante est que ces figures exquises sont de Girardon : telle n'est pas la vérité ! Dans notre premier article, nous avons dit que l'estampe de Jean Audran avait été gravée d'après le bronze exécuté et sculpté par H Louis Garnier, élève de Girardon ». Ceci est parfaitement exact, Titon nous en fournira la preuve :

Je remarqueroi d'abord le tenis où le Parnasse François, exécuté en bronze, a commencé d'être connu dans le Monde Littéraire. lîn 1708, après avoir consulté sur la composition de cet Ouvrage quekjues bons Criticpics, et sur-tout le sévère Despréaux qui m'honoroit de son amitié, ils ne désapprouvèrent pas, qu'a^^ant placé sur le Parnasse, dans le premier rang, nos Poètes les plus renommés, d'y admettre encore environ une cinciuantaiue d'autres Poètes que la Mort avoit enlevés pour lors, tt (\u\ dévoient y tenir leur place dans des degrés différents, selon k ur mérite et leurs taleiis.

Je choisis donc en 1708 Louis Garnier, Sculpteur de réputation, Ivlève du fameux Girardon, Sculpteur du Roi, pour exécuter ce Parna.'^se ; il y travailla près de dix aimées pour le finir. Comme j'eus le bonheur de le voir applaudir par plusieurs bons Connoi.s.seurs, je le fis graver en grande Estampe par Jein Audran, célèbre graveur du Roi, sur le dessein tt le tableau ciui en avoit été tiné par Nicolas Poilly. excellent artiste (1).

Voilà ({ui est clair et précis, il n'y a là place pour aucune ambiguïté I^a parole de Titon a fait évanouir à l'instant toute légende.

Plus loin, Titon nous apprendra encore, no^tc b, page 48 : 1° que '( M. Largillière, Recteur de Tx^cadémie Royale de Pein-

(i) Le Pjrn.isse François, TTuiAiniv Supplément, Seconde parUe, p. 2 et 3.

tiire et de Sculpture, a donné ses avis et ses soins pour la ressemblance, les attitudes, les habillemens et les draperies des Figures » (i) ; note d, page 48, que « M. Curé a exécuté les médaillons » (2).

Iv'idée d'élever un monument à la gloire des littérateurs et des artistes qui honorent magnifiquement la France ne pouvait naître que dans l'esprit d'un homme épris du plus noble amour de la Patrie. Quant à la forme qu'il conçut pour matérialiser sa pensée, pourrait-on dire, elle est ingénieuse et dénote chez Titon du Tillet un sens profond de la décoration. Il n'est pas jusque dans le choix des collaborateurs qu'il chargea du soin de réaliser ce qu'il avait imaginé qui ne montre le goût avisé, délicat et sûr de l'auteur du Parnasse François.

L,a façon dont il décrit et présente son Parnasse est tout à fait remarquable, et les considérations qui l'ont amené à attribuer telle ou telle place aux différents personnages qui s'y trouvent rassemblés par ses soins, sont marquées au coin d'une intelligence exempte de tout parti pris autre que ceux de la recherche du mérite réel de chacun d'eux et de la beauté esthétique de l'œuvre d'art qu'il créa. Quant à la rédaction de l'ordre chronologique des Poètes et des Musiciens, elle représente non seulement un travail formidable mais encore une forte documentation et une immense érudition.

Ajoutons que Titon du Tillet n'a pas été seulement un historien, un prosateur de grand talent, ce qui serait assez, il fut aussi un versificateur fort convenable. Les pièces de vers qu'il adressa successivement à l'Académie Espagnole, et à l'Académie de l'Histoire de Portugal, qui avaient accueilli avec estime les présents littéraires qu'il leur avait fait, le prouvent surabondamment.

(1) Largillière, qui peignit le superbe portrait de Titou du Tillet, que nous avons reproduit dam notre premier article, d'après la gravure de Petit, était eu relation avec les Titon dont il était le voisin ; il habitait rue Geoffroy l'Angevin, et les Titon, un magnifique hôtel, rue .Sainte-.\voye.

(2) Il s'agit ici des médaillons placés sur le monument. Ceux qui figurent dans la « Description du Parnasse François » sont de : Crépy, J. Petit et Maisouncuve.

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