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[Titres et travaux]

DIRECTEUR DES ÉTUDES ET PROFESSEUR A L’ÉCOLE VÉTÉRINAIRE D’ALFORT, ^ ^ Membre de l’Académie des sciences .

22 février 1852.

Monsieur,

Aspirant à l’honneur de faire partie de l’Académie des sciences, et sollicitant aujourd’hui votre suffrage pour la place vacante dans le sein de la section d’Économie rurale et art vétérinaire, je me fais un devoir, pour éclairer, autant qu’il est en moi, votre opinion sur la valeur de mes prétentions, de vous adresser la note des titres sur lesquels j’appuie ma candidature.

C’est comme vétérinaire que je me présente.

Envisagée au point de vue de la science, la mission du vétérinaire est double :

1° Éclairer la médecine et la physiologie comparées;

2° Préparer les moyens d’améliorer, et surtout, de conserver à l’agriculture, les nombreux animaux qui, sous tant de rapports, sont la condition de sa prospérité.

C’est en vue de l’un et l’autre de ces résultats, du dernier principalement, que je travaille depuis 25 ans.

Cependant, bien que placé dans les meilleures conditions d’étude et d’observation, je n’ai publié de traité général sur aucune partie de notre science, alors que d autres comptent déjà leurs œuvres en ce genre par volumes. En voici la raison :

Daps mon opinion, les traités généraux ne sont bons, ne peuvent être véritable-

ment utiles, qu’autant qu’ils résument des vérités nombreuses, déjà depuis plus ou moins longtemps établies sur des faits reconnus par beaucoup d’observateurs, ou constatés par l’auteur lui-même. Autrement, ces sortes de traités, loin de servir la science, nuisent à ses progrès qu’ils retardent en propageant des erreurs.

Or, aujourd’hui même, il n’y a encore que bien peu de bonnes monographies sur les choses de la médecine ou de l’hygiène vétérinaire*, etles faits de détail, bien et complètement observés ou expérimentés, n’y datent pas de loin* et y sont trèsrares.

J’ai donc cru travailler plus sincèrement, plus utilement, bien qu’avec moins d’éclat, dans l’intérêt de notre science, en m’attachant à préparer pour l’avenir, par des observations rigoureusement recueillies, et, surtout, par des expériences faites avec soin, publicité et conscience, quelques-uns des nombreux matériaux qui lui manquent.

Ainsi ai-je pen^é et fait dès le début de ma carrière, restée ainsi toute scientifique.

C’est aussi, pénétré que j’ai été de bonne heure, de la nécessité d’apporter dans mes travaux toute l’attention, toute la rigueur, tout le complet indispensables à leur sérieuse utilité, que j’ai voulu ne m’appliquer à l’élucidation que d’un petit nombre de questions que j’ai choisies, je le crois, parmi celles dont l’examen et la solution intéressaient davantage et à la fois, l’économie du bétail, les industries qui s’y rattachent et l’hygiène publique. C’est donc, si non exclusivement, du moins principalement, à l’étude clinique et expérimentale des maladies contagieuses et de leurs moyens de propagation que je me suis consacré.

Quelles, en effet, sont plus désastreuses pour l’agriculture? Quelles plus effrayantes pour l’homme lui-même que plusieurs d’entre elles peuvent atteindre? Quelles, à ce double titre, sont plus justement une cause permanente de préoccupation pour l’administration, au point de vue agricole et sanitaire?

Ceux qui ont suivi mes expériences, c’est-à-dire tous mes collègues d’AIfort et tous les élèves qui s’y sont succédé depuis vingt-cinq ans, peuvent dire avec quelle persévérance, quels soins minutieux, quel luxe de précautions de toute sorte pour éviter les moindres chances d’erreur, je les ai exécutées. Ils peuvent dire les difficultés de plus d’un genre qu’il m’a souvent fallu surmonter pour les mener à bonne fin : et les graves accidents arrivés à plus d’un de mes collaborateurs, la mort même de l’un d’entre eux, sont un douloureux témoignage qu’elles ne sont pas sans de grands dangers pour celui qui les a faites.

Permettez-moi, monsieur, d’ajouter qu’elles ont exigé de ma part une certaine abnégation : car, outre que ces sortes de travaux sont, en vétérinaire, tout à fait improductifs pour leurs auteurs ; la publicité même avec laquelle j’ai toujours fait mes expériences afin de les entourer de toute l’authenticité possible, a souvent eu poui conséquence la publication par d’autres qui se les appropriaient, de résultats

qui m’avaient coûté beaucoup de temps et de peine à obtenir. Or, c’est là ce que je sache de plus pénible, quand la bonne opinion qu’on peut donner de soi par ses œuvres est la seule récompense qu’on en attende.

Je dirai un dernier mot.

Plusieurs de mes expériences sur les virus sont encore inédites. Gela tient à ce que mon projet était de les coordonner après les avoir complétées, et de les publier dans un travail d’ensemble sur les maladies contagieuses. Mais, convaincu aujourd’hui que ma vie entière, si laborieuse fût-elle, ne suffirait pas à les achever toutes avec les soins que j’y apporte et de long temps que beaucoup d’entre elles demandent, j’ai commencé il y a quelques mois seulement, et je vais continuer à faire connaître, par mémoires séparés, celles dont les résultats ne laissent plus de doutes.

Néanmoins, toutes ayant été faites publiquement, aux cours et dans les amphithéâtres d’Alfort, sous les yeux et souvent avec le concours des professeurs et des élèves; les résultats du plus grand nombre ayant été annoncés dans les comptesrendus officiels que l’École fait chaque année de ses travaux, et ces résultats étant enseignés comme acquis à la science dans les leçons de mes collègues et dans les miennes ; j’ai pensé qu’elles avaient ainsi un caractère suffisant d’authenticité pour que je pusse m’en prévaloir dans cette circonstance.

• Après ces courtes mais nécessaires explications, j’arrive à l’exposé de ceux de mes travaux qui me paraissent de nature à motiver une candidature à l’Académie des sciences ; laissant de côté ceux qui n’ont qu’une valeur et un intérêt de pure pratique professionnelle.

A vous, monsieur, à en apprécier le mérite dans votre haute impartialité, et à me juger par mes œuvres.

J’ai l’honneur d’être avec une respectueuse considération,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

Eue. RENAULT.

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