LABORATOIRES D ARMÉE
Dans une conférence faite au Centre de Perfectionnement des Médecins de Réserve, M. le professeur Dopter a montré l’importance des laboratoires d’Armée, et fait l’historique de leur création.
Il nous a paru opportun de rappeler ici le rôle qu’ont joué ces laboratoires
Dans l'organisation du Service de Santé de l’Armée, des laboratoires mobiles de Corps, étaient dirigés par les médecins-chefs de la 2'section de cette forma-
Dotés d’un matériel mobile, ces services de bactériologie auraient pu, suffire L au cours d'une campagne rapide. .Mais, du jour où l’on dut prévoir que la guerre
W serait longue et que les troupes seraient immobilisées pendant longtemps, il
. fallut assurer l’hygiène des différents échelons de la zone de l’avant; c’est dans
ce but que furent créés les laboratoires diarmée.
Le personnel de ces laboratoires comprenait : des chimistes, des bactériologistes, des hygiénistes, qui tous travaillaient de concert; sur ces travaux nous ne sommes pas autorisés à donner des détails.
; Cependant, nous nous permettrons de faire un très bref historique des gaz
dé combat dont nous eûmes ù noos occuper.
1. Étude des gaz asphyxiants. — Le 24 avril 1915, on apprit que, sur le fj'ont
U de l’Yser, les troupes adverses avaient envoyé sur les nôtres des nappes d’un.gaz
I,' qu’on pensait être du chlore. Il avait, tout d’abord, paru aux observateurs que
ce gaz produisait des accidents « de torpeur et d'hébétude » qui disparaissaient j, au bout de 2 heures environ, sans laisser de traces.
Nous fûmes appelé à étudier la question et à proposer des moyens de lutter
contre ce gaz de combat, qui, pour la première fois, faisait son apparition dans une guerre moderne.
Une difficulté d’interprétation se présenta immédiatement. Si le gaz utilisé était le chlore, il ne produisait pas les accidents « d’hébétude et de torpeur » signalés; au contraire, il devait déterminer des phénomènes d’irritation superficielle et profonde et même des nécroses du système respiratoire, suivant la quantité de gaz inhalé.
L’hypothèse du chlore ayant été provisoirement admise, nous avions conseillé d’en neutraliser l’action au moyen d’agents filtrants fortement imprégnés de certains sels alcalins glycérinés.
La question demeurait pourtant en suspens quand nous reçûmes, à fin d’analyse, des floches de coton trouvées sur des prisonniers allemands.
Ces floches leur avaient été remises pour se protéger contre le gaz qu’euxmêmes nous envoyaient et qui, par une saute de vent, aurait pu se retourner
Ayant analysé le coton trouvé sur les Allemands. M. le professeur Launoy, de la Faculté.de Pharmacie de Paris et M. Vila, tous deux mes collaborateurs, reconnurent dans celui-ci la présence du sel alcalin dont nous avions conseillé
Cette découverte montrait que le gaz employé par l’adversaire était bien le chlore et; que le moyen de protection, que nous avions imaginé, était le bon.
Dans cqs conditions, nous fûmes chargé de préparer pour les troupes de l’armée à laquelle nous appartenions des engins de protection semblables à ceux des Allemands, mais moins rudimentaires. Ces engins étaient enveloppés dans des pochettes imperméables.
En 8 jours, nous pûmes, par des procédés de fortune, préparer 100 000 appareils qui se montrèrent efficaces. Mais, il était bien évident que le moyen d’attaque, par le chlore, une fois déjoué, serait remplacé par l'emploi d’autres gaz.
Nous recherchâmes alors quels, gaz pourraient être éventuellement employés contre nous. De cette étude résulta la confection de cagoules dites polyvalentes qui, pouvant être mises par dessus le casque, mettaient l’homme à l’abri de cinq gaz différents, en lui permettant de se déplacer, d’entendre les ordres et de
Deux cent mille engins de cette nature furent fabriqués par nos soins. Ils servirent à la protection des populations civiles.
Il serait peut-être opportun de reprendre la question aujourd'hui.
lion éventuelle; l’état des logements et leur mode d’entretien ; l’existence de fosses clandestines : en un mot, de faire une enquêté aussi complète que pos-
Pour cela, il fut fait appel au préfet de Corfou qui mit è là disposition de la Commission le peu de personnel dont il disposait et pas de matériel.
Les médecins français et serbes suppléèrent à l'insuffisance du personnel; quant au'matériel, il fut fourni par les Services français de la Guerrè et de la
médecins majors Burnét|et Lisbonne, ou par bactériologiste envoyé d'Athènes,
le médecin major Tsakai
d’aisances; uhe équipe spéciale de désinfection eh fut chargée; l’emploi du chlorure de chaux fut généralisé; lès ordures furent incinérées dans des fours hàtis par les troupes françaises et par les troupes serbes et la lutte contre les mouches fut poursuivie systématiquement.
Hôpitaux militaires de la base. Infirmeries des camps. Hôpitaux civils improvisés. — Toutes ces mesures ayant été prises, la Commission eut à se préoccuper de créer des hôpitaux de fortune pour loger les malades civils.
Athènes, dans le but de pourvoir à cette nécessité, avait envoyé un hôpital démontable, convoyé par des monteurs professionnels. Cet hôpital de marque
limite de la vieille Grèce.
Entre ces trois centres, la station intermédiaire de Philipias fut établie. Cette ville, située à 18 kilomètres d’Arta, à 52 de Preveza et à 60 de Janinà est un centre de transactions important, un lieu de passage inévitable pour tous les convois assurant'le ravitaillement de l’Épire. Les convoyeurs y faisant étape, ce point pouvait être particulièrement dangereux.
B. Circonscriptions sanitaires provinciales. — Les circonscriptions sanitaires provinciales furent les sous-préfectures de : Paramythia, Konitza, Philiates, Marghariti, Meteovo, Pogoni.
Le pharmacien du secteur reçut l'urdpe d’ouvrir «n registre, sur lequel seraient inscrits les noms des indigents tombés malades dans Iq journée.
Les familles aisées furent invitées à as faire soigner POttr le plus léger malaise par le médeoin de leur ehoi*, astreint par la Ifli il la déclaration de tout cas de maladie contagieuse, sous peine de sanction.
. Le matin, les deux médecins du secteur = le civil et le militaire-r. relevaient les. noms insorita sur le registre du plmrmaoien ptTépartiasaient entre eux les visites à faire.
Les médecins avaient reçu des instructions écritas, leqf prescrivant do dépister tout cas suspect ou confirmé de typhus, par la recherche des signes
tf Signe de la langue (Uoulous&ia). ^ Langue rétractée, oylindrtqnOi agitée de mouvements fibrillaires ;
2’ Signe du voüe du palais et de la luette. — Inflammation de COUleqr améthyste des piliers antérieurs du voile du palais et de la luette (Yaudremer) ;
5" Ligne Hanche de Sergent. Insufflsanoe surrénale précoce ;
4* Points daul0ureux.pmi-amUlic(mo!. (signe fia Heuyer). — Dfluleur provoquée par la pression ii quatre travers de doigt de chaque cOté de l’qmhllic, avec hémispasme facial correspondant au côté où la pression est exercée ;
.5* Température. -- 38 ", 39 ", avec pouls dépressible;
«• Diminution suhite de facilité auditive ;
7” Catarrhe oculo-nasal ;
8* Céphalée en casque.
Bn présence de ces signes, qu’ils fussent^ complets ou non, et apcpmpagnés ou non d'exanthème, les méflacina de seetaur devaient déclarer le cas é la police.
Pour cela, ils détachaient d'un, earnat é souche une ficha portant les ipdipar
Aussitôt signalés, les malades étaient transportés à l'hôpilai d’isolement
transport des cas non confirmés. L’aptre, portant le n“ servait 8 Hî( cas. confirmés.
Pour que ces voitures ne soient pas employées à d’autre usage que celui auquel elles étaient affectées, le directeur de l’hôpital d’isolement en avait la garde et était chargé de la désinfection après chaque voyage.
Aussitôt le malade enlevé, les médecins rtc secteur avaient l'ordre |
cifappsci'iptian tfmoit la sous-préfet de son aixondissement au épurant de la situation, et par téléphone, chaque soir, .le préfet du département était renseigné spr la situalion de son territoire. Tous les renseignements des préfectures étaient télégraphiés è Janina, et ceux-ci servaient i> établir le rapport de 1» direction.
Nous- ne sourions trop , rappeler que c'est h la coHaboretion intime des méde^ dns et des administrateurs que l’épidémie de lyphua .d’Kpire put être enrayée, aussi vite-.
Pendant que les jnesurcp présédammepi décrites, pour çqfBhattrp;l’épid|mie. dans la population civile étaient prises; des mesures militaires sévères étaient proposées par la Direction sanitaire d’Épire au commandement du IV' corps
Ces mesures consistaient à épouiller loutes les unités du corps d'armée dans Ho dél.ai aussi coprt que le permettaient les moyens de fortune dont on dispossit. ...
En attendant la confection des étuves improvisées dn modèle (té,iè dépl’il.. c'est dans les fours de boulanger que l’opépatiop fut commenpée 00 9/^0 Evezone. En trois jours tout le régiment, il l’effeotif de 31)00 hommes, fut épouillé. Pendant que les Yptainents étaient passés, au fpur, jpa hommes étaient lavés à l’eau chaude et SH sovon; leurs cheveu»'étaient tondus, Après le bain, une .onction générale k l’hHile camphrée étaient faite soigneusement. Cette pratique a donné les meilieurs résultats.
Douze jours après le premier épouillage général, le typhus n'existail plys dim» la rfgmni.
Pour en éviter le retour, la même opération d’ensemhle fut pratiquée trois fois. Il fut décidé qwe répoulllage serait fait de is’ même façon qu’aux Evofones, dans.' chaque unité du corps d’armée. Elles' furent renouvelées trois fois et atieiguirent le uomln'e de W050, Ee typhus disparut, malgré les epuflitions d’encombrement dans lesquelles la mobilisation avait plaoé les troupes.
Il suffit d'uue sulfuration soigneuse des locau», de lavages é l’ean de ohaux, ou a l’eau javellisée et au savon, quand la sulfuration fut impossible, et en même
Vue d’ensemble sur la marche du typhus en Orient. — L’apparition de l’épidémie au fond de la Méditerranée confirmait les rapports que trois mois plus tôt
Ace moment nous avions signalé le danger d’extension du typhus et demandé que la lutte soit unifiée dans les armées alliées.
Nous savions, en effet, que dès le mois de janvier 1918, la maladie existait dans Iput l’Orient, sauf dans les pays occupés par les troupes anglo-françaises et dans ces troupes elles-mêmes. On pouvait donc craindre que celles-ci ne vinssent à être contaminées à leur tour. Déjà des signes avant-coureurs se manifestaient ; à Koritza, le médecin-major Meslin, chef de la place, ayant eu à traiter quelques cas suspects, avait immédiatement pris les mesures nécessaires pour
Salonique.
Le médecin inspecteur Fournial, chef de ce service, avait immédiatement , donné les ordres nécessaires pour empêcher le typhus de s’étendre par la voie de terre, pendant que nous-même prenions toutes mesures pour arrêter la maladie aux rives de l’Adriatique. Comme, d’autre part, les relations existant entre la côte, Corfou, la France et l’Europe occidentale, ouvraient une large porte à l’infection, les services de la marine française à Corfou proposèrent à l’amiral commandant la base française les,mesures suivantes :
1° Les communications entre la côte d’Épire et l’île de Corfou ne pourraient avoir lieu que par la rade de Corfou. Elles seraient interdites jusqu'à nouvel ordre par tout autre point de cette Ile ;
2“ Tous les bateaux venant de la côte d’Épire mouilleraient près du lazaret où ils seraient soumis à une quarantaine dont la durée serait fixée ultérieurement ;
5". Le présent ordre devait être exécuté dès sa réception ( 18 janvier 1918).
Ainsi, par mer à l’ouest, par terre à l’est, le typhus était bloqué en Épire où la Direction sanitaire s’efforcait de l’éteindre.
11 n’en était pas de même chez l’ennemi. Il ne semble pas que les mesures prises par le Service de santé des Autrichiens, des Allemands, des Bulgares et des Turcs aient été aussi satisfaisantes que celles des alliés, puisque le typhus continuait à y exister. Il était surtout répandu dans les troupes turques qui furent décimées par lui, au cours de la guerre. Ce fait confirme l’opinion que nous avons émise dans notre relation sur le typhus en Épire : « Le typhus était endémique dans les troupes turques au moment des premières guerres balkaniques. » Ce sont elles qui l’ont donné aux Serbes chez lesquels la maladie était inconnue
yphus de Mytilèi
d’abord, cette épidémie frappa Métclin, gagna les communes voisines et s’étendit ensuite à tous les villages de l’intérieur de l’ile, reliés au chef-lieu par des routes, ou aux ports ayant des rapports avec lui.
Le retard apporté au diagnostic permit à la maladie de s’étendre et de frapper un nombre considérable de malades et de causer de nombreux décès.
A partir du moment où la vraie nature du mal fut connue et où les malades purent être hospitalisés, on eut encore à enregistrer à 1 hôpital d’isolement 521 cas du 11 février au 51 juillet 1918.
Sur ces 521 cas, 70 moururent, et la proportion des décès fut donc de 15,5 pour 100.
Du jour où l’on put apporter un peu de méthode dans les mesures prophylactiques et de rigueur dans leur application, la maladie devint endémique mais sans disparattre pourtant, en raison des résistances administratives opposées aux efforts des médecins et en raison aussi des conditions locales créées par la densité anormale d’une population composée d’individus malheureux,
missions soient envoyées sur les lieux pour régler toutes ces questions, et que, ces précautions ayant été prises, les réfugiés ne soient embarqués que sur liste nominative, après vaccinations antityphique et anticholérique.
Par prudence nous avions fait venir trois cent mille doses de vaccin anticholérique et antityphique, du vaccin et du sérum antipesteux de l’Institut Pasteur de Paris.
Le gouvernement d’.'\thènes accepta ces propositions ; un décret royal les rendit exécutoires..
Ceci fait, nous passâmes h Smyrne.
En y débarquant,, nous vîmes combien nous avions eu raison de faire prendre les mesures qui viennent d’être résumées.
Le typhus existait encore à l’état endémique, le ravitaillement suffisait h
Nous croyons opportun, dans le i travaux, de donner l’essentiel de n(
Les expéditions extérie
Les expéditions extérieures doit
Inirc, moral et techniques. '
Dans toutes les opérations militaires, sous quelque climat que celles-ci se développent, le rôle militaire du médecin, en étroite et déférente liaison avec le commandement, est devenu l’évidênce même.
Dans les expéditions extérieures, au rôle militaire du médecin, on voit s’ajouter le rôle moral. Les hommes les plus braves ou combat ne supportent pas toujours aisément le sevrage prolongé des nouvelles chères. Il en est qui ne supportent pas non plus la vie loin des paysages, même les plus dévastés, de leur pays envahi. Le soleil implacable, les paysages sans arbre ni eau même.
donnent le « coup de bambou » aux cerveaux les plus résistants. Le médecin, vivant près de ses chefs et avec ses camarades, doit suivre chez eux l’évolution de l’asthénie menaçante. Il doit savoir la combattre chez lui et chez les autres. C’est lù, au premier chef, conserver les clïectifs des cerveaux.
Mais les effectifs de corps ? On les conservera par les moyens prophylactiques que nous avons décrits et paioles moyens d’hospitalisation adaptés aux conditions locales qu’il nous reste à étudier.
Construction d’hâpitaux.
Choix de leur emplacement. — Liaison avec les services du génie. — Préparation du sol. — Drainage. — Moyens de construction improvisés. — Briques crues. — Modes de couverture. — Damage du sol. — Éviter le ciment. — La
MAlN-n’OEHVRE CIVILE. — PlaN d'uN HÔPITAL. — L'cou, la jamllistttion, l'eau dislillée, navires distillateurs. — Le concours de la marine. — La base el les canalisations. — Les eaux usées, tinetles ù épuration, fosses septiques. — La combustion des ordures, récupération des calories, la désinfection. — fütuves sous pression (Geneste et Herscher). — Étuves à vapeur ftuenle, chambres à sulfuration. — Les douchés, l'épouillage.
Le CHOIX d’un emplacement. — Pour bien choisir l’emplacement des hôpitaux dans les T. O. E., il faut d’abord repérer un terrain d’atterrissage pour les avions, étudier les voies d'accès et s'assurer que voies d’accès el terrain seront praticables en toutes saisons. Commettre ce grave oubli, serait s’exposer aux pires mécomptes pendant l’hiver. Il faut aussi s’assurer que, au début de l’automne, les camps ne seront pas ravagés par les torrents qui, en quelques heures, descendront des montagnes voisines et emporteront tout.
Si vous avez du champ, vous vous avancerez jusqu’aux premiers vallonnements montagneux, où l’eau sera souvent bonne et abondante.
iMais, si l’accès des pentes vous est interdit par la proximité de l’ennemi, la plaine seule vous restera et tout ce qui vient d’èlre dit sur les précautions à
Dans ce cas, un danger subsistera, dans certains points du littoral des côtes de l'Europe orientale : celui des tremblements de terre el des raz de marée, qui les
e des mesures proposées, uniüer la méthode et satisfaire aux demandes faut savoir que la javellisation, pour qu’elle ne donne pas de mécomptes,