Contribution à l’étude des tumeurs adénoïdes
La croissance post-opératoire (en collaboration avec A. Malherbe).
[Bulletin médical, 4 et 7 mars 1894.)
Notre élude sur les tumeurs adénoïdes s'est notamment appliquée
à la croissance post-opératoire, et cette recherche représente une des parties neuves de notre histoire.
C’est un fait généralement accepté qu’après l’opération des adénoïdes la croissance un temps arrêtée repart vivement. Qu’y avait-il d’exactement fondé dans cette idée? N’élait-ce pas une illusion
(1) Les figures 7 et I
acceptée sans contrôle suffisant? Nos recherches montrent qu’il est loin d’en être ainsi. Celte croissance dont nous avons voulu douter nous l’avons pesée et mesurée, et les chiffres obtenus sont péremptoires.
Voici comment nous avons procédé :
On sait que la croissance se mesure principalement aux trois quantités suivantes : le poids, la taille ou hauteur, enfin le périmètre thoracique.
Avant d’opérer nos malades, nous exigions des parents qu’ils nous remissent les poids, taille et tour de poitrine au niveau des seins, de leur enfant. Quand nous le pouvions, nous prenions nous-mêmes ces chiffres. Trois mois après nous nous procurions les mensurations, ou six mois, ou neuf, ou douze mois après. Nous avons pu, de la sorte, dresser des tableaux de croissance dont nous ne donnerons que le résumé.
Dans une enquête de cette sorte il y a forcément beaucoup de décbet, des opérés sont perdus de vue, et les lettres qu’on leur écrit reviennent sans avoir rejoint le destinataire. D’autres envoient des chiffres incomplets ou vraiment inacceptables en un sens ou dans l’autre, si bien qu’à notre grand regret nous ne pouvons donner une statistique intégrale, mais comme elle se compose d’un nombre assez important d’unités, et que d’autre part nous y faisons figurer des cas de résultats divers, nous pensons qu’elle mérite créance et nous ne craignons pas qu’un plus grand nombre de faits vienne infirmer ses conclusions principales.
Pour nous renseigner sur le degré de la croissance post-opérafoire, il fallait le comparer à la croissance normale. C’est ce que nous avons fait en nous reportant à la table deQueleletpour les poids et taille, et à celle de Pagliani pour le périmètre thoracique (t). . ■;>
En résumé, pour arriver à tirer de tous nos chiffres une moyenne unique suffisamment exacte, voici comment nous avons procédé : sur la table de Quetelet nous avons relevé la quantité que garçons et filles gagnent annuellement en tailles et poids (2), elle varie bien
(1) Dictionnaire des sciences anthropologiques, 1889, article Cboissance.
(2) La quantité annuelle en périmètre thoracique a été prise sur la table de Pagliani.
«ntendu avec les âges et les sexes et nous l’avons considérée comme unité de croissance. Nous reportant ensuite à nos tableaux, nous
Fig. 9. - Faux adénoïdien par atrophie de l’os intermaxillaire supérieur.
avons regardé si nos divers opérés avaient gagné ou non cette unilé et quand ils l’avaient gagnée, si c’était une, deux, trois fois, etc.
Nous avons pu de la sorte assigner à chacun un coefficient de croissance et tous les coefficients, additionnés entre eux puis divisés par le nombre de nos observations nous ont donné
le chiffre de 2,57. Nous pensons donc pouvoir conclure :
En moyenne, un enfant opéré de tumeurs adénoïdes présente un mouvement de croissance plus que double et presque triple.
Ce chiffre de 2,57 a été obtenu par une sorte de calcul en partie double chacun de nous deux avait établi isolément sa moyenne personnelle : l’un sur vingt et une observations et l’autre sur quatorze. Or il s’est trouvé que nos deux moyennes s’approchaient comme chiffre (2,82 et 2,32), faisant ainsi leur preuve mutuelle. La moyenne générale 2,57, que nous inscrivons au résumé, fournie par vingt et une observations d’une part et quatorze de l’autre, serait donc plutôt trop faible que majorée.
Détail à noter : si, au lieu de faire la moyenne totale, nous la faisions pour chacun de nos tableaux, nous constaterions qu’elle est d’autant plus élevée qu’on la prend plus près de l’intervention chirurgicale ; ainsi :
D’où il faut conclure que le mouvement de croissance s’accuse surtout dans les semaines qui suivent l’opération pour se ralentir après, ce qui est bien à l’éloge de l’opération.
Le diagnostic des végétations adénoïdes comporte des difficultés particulières : certains sujets paraissent porteurs de végétations sans en avoir réellement ; tels ceux qui ont simplement une atrophie de l’os intermaxillaire supérieur (fig. 9),
33 bis. — 1894. Recherches expérimentales sur le bromure d'éthyle.
(Laboratoire du D' Charles Richet, 1894.)
Le bromure d’éthyle est d’une telle utilité que nous avons voulu constater par nous-mêmes les principaux traits de son action physiologique. Les spécialistes ne l’emploient généralement qu’à petites doses (15 ou 20 grammes environ) et s’empressent d’opérer
dès qoe le sommeil commence. Mais il devient nécessaire de pousser plus loin la bromuration, ne fait-on pas courir des dangers au malade? N’y a-t-il pas au delà du premier sommeil des phases périlleuses dont il faut ne pas approcher? Nous nous sommes d’autant plus posé ces questions, que, de loin en loin on entend parler de mort dans une opération d’adénoïdes, sans qu’il soit possible de bien savoir comment un tel dénouement a pu se produire.
Pour dégager ces inconnues, nous avons soumis des animaux à l’action prolongée de bromure d’éthyle et noté les particularités de l’expérience, surtout en surveillant la circulation et la respiration.
Nous avons pu instituer ces recherches dans le laboratoire du D' Ch. Richet, à la Faculté. Quelques-unes ont été conduites par M. Gley. Nous ne pouvons reproduire ici tous les détails de ces expériences (I). Nous nous bornons à reproduire les tracés caractéristiques pris sur les animaux en expérience. Ainsi nous voyons que :
1* On peut administrer de fortes proportions de bromure d’éthyle sans déterminer la mort ;
2“ La dilatation papillaire et la contracture des muscles masticateurs se montrent hâtivement ;
3” La respiration se ralentit au début, puis s’accélère au milieu et devient enfin irrégulière si on pousse très loin la dose. On ne constate pas de spasmes glottiques ;
4" Vers la phase moyenne de l’anesthésie, toute contracture musculaire cède, le cœur a quelques irrégularités très légères;
5" Si on suspend les inhalations quelques contractures, notamment celles des muscles masséters, disparaissent ;
6° Le bromure d’éthyle exerce après un certain temps une excitation glandulaire très vive.
Il y a sudation abondante, ptyalisme et larmoiement, Les expérimentateurs ressentent eux-mêmes cette action sur leurs conjonctives,
Au total, le bromure d’éthyle semble agir comme excitant du système nerveux et porter ses effets principalement sur le bulbe.
La respiration est plus menacée que le coeur, Il ne parait pas dan-
gereux, mais le chirurgien après avoir dépassé la période initiale de contracture, doit surveiller particulièrement la respiration.