‹ Titres et travaux scientifiques (volume 2)Chapitre 22 sur 39 · Tumeurs rares du naso-pharynx · texte numérisé non relu

Tumeurs rares du naso-pharynx

Communication à la Société de médecine de Paris (ta France médicale, 7 juin 1895).

Les tumeurs de l’arrière-cavité des fosses nasales (ou cavum) doivent être avant tout réparties, d’après leur nature, en tumeurs bénignes ou malignes ; mais si on les envisage au point de vue de leur fréquence relative, il s’en trouve &'habituelles etd & rares. Cellesci ont naturellement leur diagnostic et leur traitement opératoire entourés de difficultés plus grandes.

J’ai eu l’occasion d’observer dans ces derniers temps certains cas rares et inédits de tumeurs naso-pharvngiennes.

I. — Le premier est relatif à un fibro-myxome implanté sur la face supérieure du voile du palais. Ce lieu d’implantation ne se trouve pas signalé dans les auteurs, que je sache. Je l’ai observé chez une femme de trente-deux ans qui accusait des coryzas fréquents, de la gêne à parler, ou plus exactement à soulever son voile du palais,

et qui, dans l’attitude couchée, éprouvait de véritables accès d’oppression, sans doute parce que le voile en remontant avec sa tumeur obstruait totalement le naso-pharynx. Le timbre de la voix n’était aucunement modifié.

On n’apercevait rien par la rhinoscopie antérieure, mais la rhinoscopie postérieure montrait une masse arrondie, grisâtre, du volume d’une petite noix, marbrée de vaisseaux rares et implantée par un pédicule très large sur la moitié gauche du voile.

Après antisepsie et cocaïnisation préalables, j’essayai d’avoir la tumeur au moyen d’un serre-nœud (anse froide de Blacke) introduit par l’orifice antérieur de la fosse nasale ; mais ce fut inutile. J’y réussis par contre presque immédiatement en pénétrant par la bouche pour aller accrocher la tumeur derrière le voile du palais.

La tumeur a été examinée au point de vue histologique par mon ami le D’ Gastou, chef de clinique â l’hôpital Saint-Louis. Il s’agissait, en résumé, d’un myxome tendant à la transformation fibreuse, présentant une grande quantité de cellules embryonnaires et des dilatations vasculaires, probablement d’origine inflammatoire.

IL — Ma deuxième observation est celle d’un homme de trente et un ans, venu à ma clinique pour y être traité d’une obstruction complète des fosses nasales. Le seul antécédent local à noter était une série d’épistaxis dans son enfance. La sensation d’obstruction nasale remontait à dix mois. Elle s’était manifestée pour la première fois un jour que le malade se trouvait au bord de la mer par un temps humide.

Par la rhinoscopie postérieure on voyait deux masses grises remplissant les choannes et masquant complètement la cloison nasale. Quand le malade faisait un effort d’expiration nasale, les deux masses s’élevaient et arrêtaient l’audition en bouchant les trompes d’Eus-

Dans une première tentative, j’essayai d’avoir les tumeurs, comme la précédente, en introduisant l’anse froide par la bouche, derrière le voile du palais ; tentative infructueuse : les polypes étaient sans doute trop peu procidents dans le cavum pour la réussite de ce procédé.

J’en vins alors à la voie nasale, en passant par les narines. Je n’apercevais que très incomplètement les tumeurs, mais en manœuvrant l’anse du serre-nœud en divers sens, je parvins à les saisir et à les amener comme des polypes ordinaires. Leur implantation se faisait, je le vis seulement alors, à la partie la plus reculée du méat moyen.

L’un de ces polypes, celui qui occupait la choanne droite, offrait le volume d’une amande. Il était dur et trilobé. Celui de là choanne gauche, plus petit, aplati, était kystique, rempli d’un liquide colloïde citrin.

III. — Tout dernièrement j’ai eu encore à enlever un de ces énormes myxomes de l’arrière-nez chez un homme d’une quarantaine d’années. Seule la rhinoscopie postérieure le montrait comme une masse pas plus grosse qu’une noisette. Cette fois, je fus obligé de recourir au serre-nœud recourbé.

En rasant d’avant en arrière la voûte du naso-pharynx, j’accrochai la tumeur et l’amenai sans difficultés, mais beaucoup plus volumineuse qu’elle ne s’était montrée dans la rhinoscopie. Cette particularité tient h ce que la plus grosse partie de ces myxomes se dissimule dans les anfractuosités ou méats des fosses nasales. Celuici, par exemple, qui paraissait avoir le volume d’une noisette, est sorti avec celui d’une très grosse noix.

IV. — Ayant pris pour texte de ma communication : Les tumeurs rares du naso-pharynx, je devrais ne pas parler des adénoïdes. Une courte digression cependant en faveur d’une pièce anatomique très rare, je crois même pouvoir dire unique, que j’ai pu recueillir dernièrement et que je vous présente en nature avec des figures transversale et antéro-postérieure.

Nous connaissons bien les tumeurs adénoïdes grâce à la rhinoscopie postérieure, au toucher pharyngien et par les fragments que nous montrent les divers procédés d’extraction ; mais nous sommes moins fixés sur leur disposition réelle in situ. Pour combler cette lacune, il faudrait des autopsies d’adénoïdiens, or ne meurt pas d’adénoïdes. J’ai longtemps cherché, sans résultat, dans les hôpitaux d’enfants, un adénoïdien mort d’une affection intercurrente. Or,

dernièrement, un garçon de quatorze ans, que je devais opérer quelques jours plus tard, a succombé rapidement à une néphrite épithéliale. J’ai pu me procurer son naso-pharynx bourré d’adénoïdes. C’est cette pièce, très instructive, que je vous présente.

Elle établit l’exubérance de ces végétations adénoïdes, l’obstruction qu’elles déterminent à l’entrée des trompes d’Eustache et du détroit palato-pharyngien. On y voit bien que leur insertion ne se fait pas seulement à la voûte, mais encore à la paroi postérieure, sur laquelle le curettage doit rigoureusement agir.

Enfin, pour terminer, je mentionnerai simplement un cas de sarcome du naso-pharynx, bien visible à la rhinoscopie postérieure, que j’ai examiné ces derniers jours. La tumeur se présentait en une masse rouge sombre, plurilobée. La rhinoscopie antérieure la montrait se prolongeant dans le méat moyen. Au total le néoplasme occupait la face interne du maxillaire supérieur. La résection complète de cet os était la seule intervention possible.

En résumé, j’appellerai l’attention sur les quelques particularités suivantes des tumeurs rares du cavum :

1° Obstruction très marquée qu’elles déterminent, d’où grande gêne de la respiration nasale.

2° Simplicité de leur tableau clinique, ajoutant encore à la difficulté naturelle de leur diagnostic.

3” Disproportion entre leur volume réel et celui que semble indiquer la rhinoscopie.

4“ Importance en l’espèce de la rhinoscopie postérieure.

S” Enfin, efficacité de l’anse froide pour leur extraction, qu’on prenne la voie nasale ou la voie buccale suivant les cas.

Page 1