Pseudo-tumeurs autour des corps étrangers
(Congrès français de chirurgie, 4" session, 1889.)
Je viens appeler l’attention sur une catégorie de faits qui se présentent sonvent comme une surprise de diagnostic. Je fais allusion â des tumeurs dont les caractères cliniques rappellent plus ou moins ceux des fibromes et sarcomes, qui se développent sans cause appréciable, et au centre desquelles on trouve, après ablation et examen immédiat, nn corps étranger méconnu qui décide du diagnostic et du pronostic en même temps.
Trois fois déjà j’ai -ru de ces cas. A leur occasion, j’ai entendu parler de faits semblables, et j’ai pensé que leur publication pourrait ne pas être sans utilité pour élucider tel diagnostic d’interprétation difficile.
11 n’entre aucunement dans mon idée d’apporter de nouvelles preuves de la tolérance de nos tissus. La monographie de Poulet (1 ) et la thèse .du D' Weiss (de Nancy) (2), entre autres travaux, établissent que les tissus cellulaire et musculaire sont particulièrement hospitaliers, surtout envers les fragments de plomb. J’ai pu voir, il y a quelques jours, une fillette de quatre ans qui portait sous la peau du dos une aiguille assez longue, qui avait pénétré et séjournait à l’insu de l’enfant et de ses parents. Quand l’enkystement s’établit autour du corps étranger, il peut s’accompagner d’une prolifération conjonctive relativement considérable, aboutissant à la transformation fibreuse des tissus ambiants. D’où l’interprétation erronée du cas qui, en l’absence d’anamnestiques suffisants, fait dire : fibrome, quand il faudrait dire : corps étranger enkysté.
78 bis. — 1889. Sur le rétrécissement dysentérique du rectum.
(France médicale, n“ 18 et 19, 1889.)
Il n’est pas fréquent de rencontrer en clinique le rétrécissement dysentérique du rectum. Les auteurs le mentionnent quand ils énumèrent les causes variées de coarctation rectale, mais ils ne s’arrêtent pas sur ses particularités anatomo-pathologiques ou symptomatiques. Dès les premières recherches que l’on fait sur ce sujet, on est frappé de la rareté de l’affection. Les traités sur les maladies du rectum, comme les articles spéciaux émanant de cliniciens autorisés, sont unanimes à constater cette rareté.
Il faut dire qu’à Paris nous sommes mal placés pour étudier les effets tardifs des dysenteries graves. Les hôpitaux de nos grands ports de mer sont des champs d’études de beaucoup plus favorables.
(2) D-Weiss^tel
Nos observations ne peuvent porter que sur quelques voyageurs ou militaires qui ont fait les campagnes du Mexique, ou ont été prisonniers en Allemagne pendant la guerre de 1870-71, ou qui reviennent du Tonkin.
Un fait que j’ai pu récemment observer dans le service de M. le professeur Richet krHôtel-Dieu m’a paru se présenter dans des conditions étiologiques tellement nettes que j’ai cru devoir le publier.
R..., employé de commerce, âgé de quarante et un ans, entrait le 10 octobre dernier,- à la salle Saint-Landry, pour y être traité de fistules à l’anus ou de troubles dans les fonctions du rectum.
Les antécédents morbides ont été soigneusement relevés. Vers l’âge de sept ans, il a eu ce qu’il appelle une fièvre cérébrale, dont il est resté malade une quinzaine de jours sans avoir rien eu du côté du rectum, pas de pertes de saug en particulier.
Deux ans avant, il avait eu le croup sans subir la trachéotomie.
En 1870, il prend part à la guerre franco-allemande, est fait prisonnier â Saint-Privat et dirigé sur Stettin, en Poméranie. 11 y reste onze mois dans de déplorables conditions, sans souliers, marchant pieds nus dans la neige ; comme nourriture, un peu de farine délayée et des légumes secs. Par surcroît, on le mit au pain sec et à l’eau pendant six semaines.
Or, huit jours après son internement à Stettin, cet homme, qui avait déjà pâti pendant le siège de Metz, fut pris de diarrhées sanguinolentes qui durèrent pendant une quinzaine de jours et le laissèrent très affaibli. En même temps se déclarèrent des kérato-conjonctivites ulcéreuses, qui ont persisté longtemps, mais sans laisser de traces.
Vers 1883, il commença à éprouver de la gêne pour aller à la garde-robe. Un jour qu'il avait pris une purgation de sulfate de magnésie, il éprouva de grandes difficultés à l’évacuer. Quelques jours après, uu abcès se montre à peu de distance de l'anus, et le malade rendit pendant les deux ou trois jours qui suivirent des lambeaux teintés de sang qui résistaient à la traction et que le malade prit pour ses boyaux mêmes.
Au commencement de 1888, il a rem
jarqué qu’un suintement
abondant se produisait dans sa région anale, que l’expulsion des matières fécales devenait laborieuse et que les matières elles-mêmes étaient aplaties, rubanées.
Quand j’examinai cet homme (18 octobre 1888), il était amaigri. Je trouvai à gauche de la marge- de l’anus deux fistulettes cutanéomuqueuses dont d’orifice interne était de 7 à 8 millimètres au-dessus de l’entrée de l'anus. Pas d’hémorroïdes.
L’examen du rectum donne les particularités que voici ; le trajet sphinctérien est médiocrement serré. On y trouve à gauche l’ouverture muqueuse des petites fistules signalées ci-dessus et, par places, quelques petites ulcérations superficielles.
A 7 centimètres environ au-dessus de l’orifice inférieur du rectum, le doigt rencontre sur les parois de l’ampoule une bride saillante. Elle occupe les faces postérieure, latérale gauche et surtout latérale droite du rectum. Son épaisseur semble être de 2 à 3 millimètres de haut en bas. Elle fait sur les parois une saillie de 1 centimètre à peu près, est dure, tendue et lisse à sa surface.
11 semble que son bord libre est plus résistant que la base. Elle n’est pas placée transversalement, mais descend obliquement de gauche ii droite, de sorte qu’elle est à la fois plus accusée et située plus bas sur la partie du rectum qui est comprise entre la bride et le sphincter. Au-dessus, l’index qui arrive à dépasser la coarctation de toute la hauteur de la dernière phalange rencontre une muqueuse assez épaisse, mais non manifestement tomenteuse et sans hémorroïdes. Quand on franchit le rétrécissement, on provoque une vive douleur ; mais, si on tourne la face antérieure du doigt explorateur vers le sacrum et si on accroche la bride, on constate que le rectum monte et descend assez facilement dans le tissu cellulaire qui l’environne. Sur la paroi antérieure, on trouve la souplesse naturelle de l’organe. Rien à noter pour la prostate. Actuellement le malade éprouve des difficultés pour évacuer les matières fécales. J ai pu constater moi-même qu’elles étaient rubanées. Il a eu des alternatives de diarrhée et de constipation.