Lymphome diffus pharyngo-laryngé
[Société fmntaise d'Oto-rhino-laryngologie, ib mai 1902, et Btilletin de hryngologie, otalogie et riiinoioi/ie, d 902, page H6.)
Je communique un cas assez rare de tumeur maligne (un lymphome) ayant envahi diverses partiesdela région pharyngo-laryngée.
Cette observation contribue à renseigner sur la marche de cette variété de néoplasmes et sur les bons effets des injections médicamenteuses sous-cutanées.
Je vis le malade, avec le D' Thiroloix, en novembre 1901.
A ce moment, les lésions siégeaient surtout sur l’amygdale linguale et dans le larynx. A la base de la langue, le miroir montrait cinq ou six bourrelets, juxtaposés, dirigés verticalement, d’un diamètre de 4 à 5 millimètres en moyenne, les plus gros k gauche, rappelant un peu une série de végétations adénoïdes, telles qu’elles se montrent implantées à la voûte du cavum. Ces bourrelets, assez durs au toucher, ne s'étendaient pas au delà des limites de la quatrième amygdale.
Au larynx, c’était une tuméfaction uniforme de la bande ventriculaire gauche, un peu rouge, cachant la corde sous-jacente et ne fixant qu’en partie l’aryténoïde. Pas d’oppression.
Le diagnostic clinique semblait bien être lymphadénome, mais, pour plus de sûreté, le D' Thiroloix et moi, nous décidâmes de prendre un fragment du néoplasme en vue d’un examen histologique.
L’examen microscopique de la pièce a été pratiqué, en partie (Jouble, par le D’ Thiroloix et par mon assistant, le D‘ Rabé.
Les deux examens pratiqués séparément faisaient conclure à un lymphome pur.
Quant il l’intervention thérapeutique, puisque tout le mal ne pouvait être enlevé et qu’aucune indication formelle d'opérer ne se présentait, nous avons décidé de recourir aux injections hypodermiques, tout en surveillant le malade au point de vue de la trachéotomie, qui, dans la suite, n’a pas été nécessaire.
Le traitement appliqué par M. Thiroloix a consisté en injections de bibromhydrate de quinine et de cacodylate de soude (alternées). Une vingtaine de chaque a été pratiquée.
Au total, le malade fort amélioré a pu se relîlcher du traitement et reprendre sa vie habituelle.
Conclusions. — Le lymphome qui envahit primitivement l’amygdale linguale et les parties avoisinantes, s’il est inopérable, peut être très favorablement influencé par les injections sous-cutanées de quinine.
2. — 1902. Ablation d'amygdales épithéliomateuses par la vote buccale ' ou cutanée.
(SocUU d’Olo-rkmo-laryngologie de Paris, U novembre 1902, et Bulletin de laryngologie, otologie et rhinologie, 4903, page 125.)
Il s’est présenté, ces derniers temps, h ma clinique, quatre cas de tumeurs malignes amygdaliennes, qui comportent un certain intérêt h divers points de vue.
Le premier parce qu’il s’est développé chez une femme d’une cinquantaine d’années; et, si je m’en rapporte àce que j’ai vu ou lu. Ce genre de tumeur est exceptionnel dans le sexe féminin, de même que les épithéliomas de la langue.
Mes trois autres observations se rapportent à des hommes. Elles présentent toutes ceci de particulier que, malgré un envahissement avancé dç l’amygdale, il n’existait aucune adénopathie consécutive. Lette absence de ganglions n’est donc peut-être pas si rare qu’on le croit, et c’est sans doute une des raisons pour lesquelles les tumeurs malignes de l’amygdale restent souvent latentes au début.
La deuxième s’était développée chez un homme de trente-huitans. L’amygdale droite était très volumineuse, sans ulcérations à sa surface. L’ensemble des antécédents et des signes nons avait fait admettre comme diagnostic le plus probable : infiltration gommeuse; mais, devant l’insuccès de la médication spécifique, nous dûmes en venir au diagnostic : tumeur maligne.
11 n’y avait aucun ganglion; il convenait donc d’opérer. J'eus recours au procédé décrit pour la première fois par Cheever (de Boston) (t).
Notre collègue Collinet, qui m’assistait, m’avertit que l’amygdale, presque complètement détachée, allait être déglutie. Je la saisis avec une pince de Museux et la fis sortir par la bouche.
Dorénavan t, en pareille circonstance, je ne manqnerais pas de fixer préalablement la tumeur entre les mors d’une pince introduite par la bouche. Je crois que la découverte du néoplasme et son isolement en seraient très facilités, et je ne risquerais pas cette déconvenue de voir la tumeur avalée, alors que l’opération est achevée.
Chemin faisant, j’avais enlevé quelques petits ganglions suspects et toute la glande sous-maxillaire, dans la même idée de prudence.
’i^oici la note histologiqne qui m’a été remise par mon assistant, M. Rabé, d’après un fragment de la tumeur que j’avais prélevé avant l'opération, ce qui avait amené une hémorragie presque inquiétante :
« Épithélioma malin, la tumeur semble s’être développée aux dépens de l’épithélium des glandes bucco-amygdaliennes. »
Ma dernière observation se rapporte à un homme de soixante et un ans, qui présentait sur l’amygdale gauche un épithélioma caractéristique, exubérant, mordant nn peu sur le bord voisin de la langue. Aucun ganglion. Une pince de Museux saisit le bord antérieur de la tumeur; mon bistouri trancha entre elle et le pilier antérieur, et la spatule à manche fut employée à isoler l’amygdale de ses rapports externes.
Mais le tissu cancéreux se déchirait à chaque prise de la pince à
(1) Reports of àly hosp. of i
griffe. Je changeai de tactique, ce qui me fit apprécier une fois de plus l’excellence de la pince de Ruault. Grâce à cet instrument, je pus morceler sans inconvénient la tumeur .de l’amygdale, la poursuivre en tous points suspects et même enlever la petite portion de langue envahie déjà.
L’examen histologique fait par M. Lévy, médecin aide-major de première classe (laboratoire du D'Gombault), indique : « Épithélioma pavimentcux tubulé ».
J’ai opéré, ultérieurement à cette communication, un quatrième malade tout à fait comparable au deuxième, dont il est question plus haut. Aucune récidive n’est apparue chez ces deux hommes à la date actuelle (30 mars 1903).
Conclusions. — 1“ L’épithélioma de 1 amygdale peut ne pas retentir sur les ganglions lymphatiques, tant que la néoplasie reste limitée à la glande;
2° La pince à morcellement permet d’en faire aisément l’éradication complète par la voie buccale;
3” L’ablation à travers la région sous-maxillaire est assez facile et présente l’avantage d’explorer et d’extirper les ganglions cachés dans la profondeur.
3. — 1903. Paralysies du voile du palais après ablation des végétations
(Société d’OIo-rhim-larijnaologie * Paris, Séance du 23 juin 1903, et Bulletin de lanjitgologie, otolorjie et rhimlogk, 1904, page 41.)
Je viens d’observer deux cas analogues d’une complication rare à la suite de l’opération des végétations adénoïdes.
Voici les faits :
a. Petit garçon de quatre ans conduit à ma clinique pour une hypertrophie des amygdales et des végétations adénoïdes.
Rien de particulier dans l’intervention, qui fut pratiquée par un élève de la clinique avec la pince à morcellement et la curette.
Dès le lendemain, le petit opéré nasonnait en parlant et rejetait
les liquides par le nez. Je constate que le champ opératoire est insuffisamment désinfecté, parce que la mère ne parvient pas, à cause des résistances de l’enfant, à pratiquer les injections buccales et nasales à l’eau résorcinée. Je demande que l’enfant soit conduit tous les jours à la clinique, où les lavages peuvent être faits complètement. Nous voyons alors diminuer progressivement la paralysie, qui n’a pas duré plus de douze jours.
i. Fillette de quatre ans et demi, sans antécédenis morbides, opérée pour un cas identique, suivantlamême technique.L’enfant, très indocile, empêche ses parents de faire les irrigations prescrites après l’opération.
On nous la ramène quatre jours après, parce qu’elle a les signes caractéristiques de la paralysie du voile. Je constate que toutes les plaies opératoires sont recouvertes d’une pseudo-membrane blanchâtre.
Quinze jours après l'opération, la paralysie persiste encore ; mais l'histoire du premier opéré nous donne à penser que la guérison se produira bientôt (ce qui est arrivé).
Conclusions .— Je crois que ces deux cas de paralysie du voile sont attribuables à une angine par infection des plaies opératoires, facilitée surtout chez le premier enfant par la rougeole, les oreillons et une grippe infectieuse qui Svaient précédé.
Les instruments peuvent être innocentés, car ils sortaient du bain d’eau bouillante; je n’oserais pas en dire autant des opérateurs, dont le bras novice a pu traumatiser l’arrière-bouche, circonstance adjuvante pour l’angine causale. Je ferai remarquer que l’indocilité de ces enfants empêchait les irrigations désinfectantes : autre condition d’aggravation et sans doute la plus efficiente.
Je crois en somme que cette complication est due à une infection locale que nos précautions habituelles, avant et après l’opération, rendent exceptionnelle.