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Voreille et les accidents du travail

(Bulletin de laryngologie, olologie et rhinelogie, 1903, page 173.)

La loi sur les accidents du travail s’applique à un ensemble de cas pour lesquels l’intervention du médecin peut être requise, et c'est souvent quand il y a désaccord entre l’ouvrier blessé et son patron sur l’indemnité à percevoir.

La loi date du 6 avril 1898. En Allemagne, depuis le 6 juillet 1884, et en Autriche, depuis le 28 décembre 1887, des lois du même genre avaient été promulguées, en sorte que bien des documents relatifs à cette importante question ont été publiés déjà.

Vous m’avez vu plusieurs fois. Messieurs, à la fin de nos examens de malades, appeler un homme qu’accompagnaient deux ou trois

jeunes clercs d’avoué. C’était aux fms d’une expertise médico-légale.. L’autre jour encore, je vous présentais un de ces blessés, et je vous annonçais comme prochaine une conférence sur la question.

J’ai relu attentivement mes divers rapports déposés depuis que j’ai eu l’honneur d’être nommé médecin expert près les tribunaux. Us sont au nombre de 48. J’ai fait le possible pour savoir ce qu’il était advenu des blessés examinés, et ce sont les renseignements recueillis que je vous apporte aujourd’hui.

Vous apprécierez, j’en suis sûr, l’opportunité de cette étude, puisqu’elle a pour hut de nous préparer plus encore à notre rôle de praticien.

Les médecins experts sont désignés par un jugement du tribunal civil et doivent préalablement prêter serment devant le président du tribunal, à moins qu’ils n’en soient dispensés par les parties.

L’accident de travail aux oreilles se produit dans des circonstances assez diverses, qui ont cependant quelque analogie entre elles, comme vous allez en juger par les détails suivants que j’ai pris dans les dossiers de mes expertises.

Souvent il s’agit de cochers renversés de leur siège par le heurt d’une voiture venant derrière la leur, de charretiers tombés sur le pavé ou ayant reçu des coups de pied de cheval à la tête, de palefreniers recevant un coup de bas-flanc sur la tempe. Ce seront encore des ouvriers du bâtiment: maçons, cbarpentiers, couvreurs, qui ont fait une chute, ou reçu un madrier sur la tête ; des employés de chemin de fer tamponnés par un wagon, des mécaniciens d’automobile projetés sur la roule. Souvent encore il s’agit d’ouvriers

J’ai eu l’occasion d’étudier les accidents par dynamite.

A la suite de l’explosion du restaurant Véry, j’ai pu examiner les cinq victimes. Deux moururent : Véry et Hamonod.

1“ Les lésions ont été en proportion de la proximité de l’explo-

2“ 11 n’y a pas eu d’otorragie ;

3“ La rupture du tympan a eu lieu surtout en arrière :

4” Il n’y a pas eu de lésions graves de l’oreille interne.

Ces conclusions m’ont servi à déterminer les lésions subies dans plusienrs accidents du travail, où la dynamite avait été employée.

D’après une série d’expériences toutes récentes que nous venons de pratiquer, en plein air, au Bois de Boulogne, avec le D'Lajaunie et quelques autres élèves de la clinique, les dislances maxima au delù desquelles la voix humaine cesse d’être perçue sont :

Ces chiffres vous permettront de dire si l’audition est diminuée, de moitié, du tiers, et ainsi de suite.

Nous voici au moment du diagnostic, qu’il faut étudier sous ses divers points de vue.

Il y a lieu d’abord d’établir si les troubles accusés par le blessé sont dus réellement à une lésion auriculaire. Les vertiges qui tiennent si souvent à une affection de l’oreille peuvent néanmoins, à la suite d’un accident, tenir exclusivement à la neurasthénie traumatique, qui en est la conséquence.

Dans ces expertises sur l'oreille, nous rencontrons l’hystérotraumatisme. aussi souvent que dans d’autres. Deux cas se présentent : ou bien l’accident frappe l’oreille de surdité nerveuse sans y déterminer de lésion constatable ; ou bien pour une lésion minime, préexistante, telle qu’une sclérose tympanique ou labyrinthique, restée latente jusqu’alors, le nervosisme du sujet provoque une série tapageuse de manifestations hystériques, absolument hors de proportion. La constatation d’autres stigmates permet de rattacher les troubles ù leur cause réelle ; telles l’hémianesthésie, la diminution du champ visuel. Les auteurs attachent de l’importance à l’anesthésie du conduit auditif et de la membrane tympanique. Si je m’en réfère à mes examens personnels, je ne peux adopter cette manière de voir, car toujours, même en cas d’hystéro-traumatisme, j’ai trouvé le fond du conduit sensible au stylet, et j’ai provoqué invariablement un geste de retrait, en touchant la surface de la membrane tympanique.

Le diagnostic serait incomplet .s’il ne s’enquérait de la vision, de l’olfaction, souvent atteintes dans l’accident.

Le pronostic de ce genre d’accidents est généralement grave, surtout au point de vue de la validité professionnelle. Cependant la gravité diffère pour les divers troubles résultant du traumatisme.

Le blessé est particulièrement gêné par la surdité, les bruits d’oreille et les vertiges. Or la surdité ne s’améliore pas, au contraire, à moins qu’elle ne soit purement nerveuse, comme dans le? cas d’hystéro-traumatisme.

Au moment de conclure, nous aurons présents à l’esprit le texte de la loi etquelques circulaires ministérielles concernant le certificat médical, qui doit spécifier :

t“ Le caractère de la blessure et l'état du blessé, au moment de la délivrance du certificat ;

2“ Les suites probables de l’accident ; incapacité permanente totale, incapacité permanente partielle, incapacité temporaire et sa

3° L’époque à laquelle il sera possible de connaître le résultat de l’accident.

En cas d’incapacité permanente totale, l’ouvrier a droit à une rente représentant les deux tiers de son salaire annuel. S’il y a seulement incapacité permanente partielle, il a droit à une rente égale à la moitié delà réduction de son salaire.

Dans votre appréciation, vous avez encore à envisager l’incapacité générale et professionnelle.

La surdité par exemple pourra gêner médiocrement dans certains emplois (dessinateurs, employés aux écritures, etc.) et beaucoup dans d’autres (cochers, domestiques, etc.).

La considération de l’âge doit intervenir aussi. Il est évident que la surdité chez un homme âgé entraîne des conséquences moins graves que chez un jeune sujet.

Terminez toujours votre rapport par des conclusions prononçant silr le genre et le degré de l’invalidité.

24.- 1904. Éludes sur Faudition {en collaboration aoec le D'Lajaunio).

(Bulletin de taryngologie, ùtologie et rhinologie, 1904, pages 37 et 135.)

Nous avons entrepris, M. Lajaunie et moi, un certain nombre de recherches sur la moyenne de l’audition normale, afin de pouvoir mieux évaluer ce que les diverses affections de l’oreille lui font perdre de sa valeur acoustique. Cette comparaison nous paraît avoir sa portée pratique dans plusieurs circonstances. Par exemple pour apprécier les pertes auditives à la suite d’un accident de travail, ou encore pour déterminer l’aptitude au service militaire, ou pour décider de l’admission de candidats il certaines écoles professionnelles. C’est principalement dans ces cas qu’un terme de comparaison manque pour établir un jugement.

Nous avons donc tenu à vous communiquer dès maintenant les premiers résultats de nos expériences. Elles portent : t°sur le champ auditif ; 2" sur la durée de perception auditive ; 3“ sur l’évolution physiologique et l’audition aux divers âges ; 4” sur la valeur des appareils acoustiques dans les surdités.

Durée de la perception. — Nos recherches ont été faites avec le diapason à marteau de Lucæ pour avoir toujours une note d’intensité à peu près invariable. Elles nous ont montré que, chez les sujets à oreille saine, la durée de perception parla voie aérienne est de 30 à 35 secondes et la durée par la voie osseuse de 23 à 30 secondes. En d’autres termes, la durée de perception par la voie osseuse est moindre de un sixième environ. Cette notion peut servir à l’interprétation de diverses épreuves acoustiques, celle de Schwabach par exemple.

Audition aux divers âges. — L’audition ne nous a pas paru très différente pour les trois âges de la vie, à l’acuité près, bien entendu.

Chez l’enfant, la dnrée de la perception auditive est sensiblement la même que chez l’adulte. Les diapasons aigus d’une part et la voix chuchotée d’autre part sont moins bien perçus.

Chez le vieillard, la diminution de l’acuité porte aussi bien sur les sons graves que sur les sons aigus, sur la voix haute que sur la voix chuchotée.

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