Causes de la surdi-mutité
lEælrails du rapport au Congrès de Madrid, 1903, et BuUetin ck laryngohgie, otologie et rhinologie, 1903, page 108.)
La recherche des causes de la surdi-mutité est un problème dont la solution est encore incomplète.
11 est juste de rendre hommage à Pedro de Ponce, à qui appar-
tient le mérite d’avoir perfectionné, au xvi* siècle, en Espagne, l’art d’instruire les sourds-muets.
Le présent mémoire est basé sur un ensemble de 838 sourdsmuets. Ils ont été examinés il l’Institution Nationale des sourdsmuets de Paris, en présence des professeurs de ces enfants, ou dans des consultations particulières et à l’Institution nationale des Sourdes-Muettes de Bordeaux.
On est souvent mal renseigné, par les parents, soit qu’ils craignent d’avouer des tares familiales, soit qu’ils se fassent illusion sur l’état réel de leur enfant.
Avant de chercher les causes, il importe de bien reconnaître la surdi-mutité, en la distinguant des états similaires (retard dans le développement du langage, audi-mutité, surdités psychiques, surdimutité hystérique).
Pour la recherche des causes, il importe de séparer les cas de surdi-mutité congénitale ou acquise. L’analyse des observations et les statistiques montrent que l’infirmité est plus souvent congénitale qu’acquise :
I. Surdi-mutités congénitales. —, 1° Influence du sexe : L’infirmité se montre plus fréquente dans le sexe masculin que dans le sexe féminin ;
2” Nationalités : Elle est en plus forte proportion dans les régions montagneuses de l’Europe (Atlas, Karpathes, Pyrénées) que dans les contrées plates ;
3“ Age des parents ; 11 ne paraît pas avoir une influence marquée ;
4° Consanguinité des parents ; Son influence a été signalée dès longtemps (Versets du Lévitique) et bien étudiée par Prosper Ménière (1856). D’après mes relevés personnels, un sourd-muet sur dix est issu de parents consanguins. Des causes occasionnelles (méningite, etc.) peuvent s’ajouter à la prédisposition pour réaliser l’infirmité. La consanguinité semble agir en additionnant les tares qui existent chez les géniteurs ;
3“ Hérédité ; La transmission directe de la surdi-mutité des père et mère i leurs enfants se produit assez rarement. La transmission indirecte des grands-parents aux petits-enfants est cinq fois moins
fréquente encore. L'infirmité peut sauter une ou plusieurs généra-
6“ Influence de la syphilis : Elle est démontrée par l’ensemble des caratères révélateurs de l’hérédo-syphilis chez un certain nombre d’enfants, par la multiléthalité qui sévit sur leurs collatéraux et par les renseignements quelquefois obtenus des parents;
T La tuberculose, le rachitisme, le saturnisme et surtout l’alcoolisme des ascendants joueut quelquefois un rôle incontestable;
8° Les accidents au cours de la grossesse peuvent être à bon droit incriminés (maladies infectieuses de la mère, chutes, émotions diverses) ;
9" L’ensemble des autopsies montre l’importance dominante des lésions labyrinthiques, cérébrales, bulbaires et plus souvent congénitales qu’acquises.
IL Surdi-mulités acquises. — t" Les infections des méninges et du cerveau sont la cause la plus ordinaire de la surdi-mutité acquise, que l’infection se propage consécutivement à l’oreille, ou qu’elle reste confinée aux centres auditifs. La méningite cérébrospinale agit fréquemment. La surdité par méningite apparaît d’ordinaire dès le troisième ou le quatrième jour de la maladie;
2” Les diverses maladies infectieuses jouent un rôle important. Parmi les plus nuisibles, on note : la rougeole, la scarlatine, les oreillons, la diphtérie. Puis viennent, avec une influence moindre ; la fièvre typhoïde, la variole, la bronchopneumonie, la coqueluche, 1 influenza, la varicelle, l’érysipèle, l’impaludisme, l’ostéomyélite. Ces infections agissent en produisant une otite moyenne ou en frappant d’emblée les centres auditifs ;
3“ Les otites moyennes suppurées sont une cause relativement rare, parce qu’elles ne déterminent pas une surdité grave. Elles sont surtout dangereuses par la propagation de f infection à l’oreille
4° La présence de tumeurs adénoïdes dans le cavum ne paraît guère plus fréquente chez les enfants sourds-muets que chez les entendants-parlants ;
3” Divers accidents doivent figurer dans l’étiologie de la surdi-
mutité (chutes sur la tête déterminant des fractures du crâne, des hémorragies labyrinthiques, des méningites traumatiques, explosions de la foudre, coups de soleil, empoisonnements, frayeurs).
Conclusions générales. —Dans la recherche des causes de la surdimutité, il importe d’attacher peu d’importance au dire des parents et â ces circonstances banales qu’on trouve dans les antécédents de tous les enfants normaux.
11 faut séparer les surdités acquises et congénitales, celles-ci paraissant les plus nombreuses.
'foutes les conditions qui amoindrissent l’organisme et notamment le système nerveux (mauvaise hygiène, unions consanguines, syphilis, alcoolisme, accidents au cours de la grossesse, e’tc.) peuvent déterminer la surdi-mutité congénitale, en quoi l’appareil auditif se montre particulièrement fragile. Et ce qui frappe les organes auditifs profonds (méningites, infections, traumatismes) entraîne la surdi-mutité acquise.
En tout cas cette infirmité se montre occasionnelle et faiblement héréditaire. C’est ce qui peut encourager la thérapeutique préventive que nous devons lui opposer.