Travaux divers sur la tuberculose
(N os 19, 24, 29, 33, 50, 55, 60.)
Nous avons écrit toute une série d’articles ou de revues sur divers point de la clinique de la tuberculose, notamment:,
a) Une revue sur le typho-bacillose, dans laquelle nous avons signalé quelques cas curieux de tuberculose aiguë observés dans le service des typhiques alors que nous étions l’interne de notre regretté maître, le professeur Chantemësse.
b) Une mise au point du traitement médical de la péritonite tuberculeuse,
é) Et une étude sur le diagnostic précoce de la tuberculose pulmonaire fondé sur les observations que nous avons pu faire pendant la guerre, tandis que nous étions médecin de secteur à Angers, chargé du service de triage des tuberculeux. Nous avons employé, dans tous les cas soumis à notre examen, outre les procédés habituels d’auscultation, de pesées, etc., outre encore l’expectoration provoquée et l’examen systématique de l’expectoration par notre méthode d’homogénéisation, nous avons employé l’épreuve de la marche, et l’épreuve dé l’hyperthermie provoquée par l’injection souscutanée de 50 cm 3 d’eau salée à 7 pour 1000. Bien que l’épreuve de la marche soit sujette à critique, l’hyperthermie qui lui succède dans certains cas, peut chez des soldats devenir une indication précieuse de repos. Quant à l’injection d’eau salée, elle produit chez les tuberculeux avérés une telle fièvre, qu’elle nous a paru, dans les cas suspects où elle était positive, avoir une certaine valeur pour déceler l’instabilité thermique des tuberculeux, qui constitue, elle,. un signe important.
Travaux sur la Fièvre typhoïde
(N 08 1, 4, 20 et 36.)
a) Formes extra-intestinales. — Septicémie éberthienne.
Ayant eu l’occasion d’observer une cholécystite avec courbe thermique cyclique analogue à celle d’une dothiénentérie et séro-réaction agglutinante positive à 1 p. 600 vis-à-vis du bacille d’Eberth, sans qu’on pût trouver cependant les symptômes abdominaux de la maladie, cas en tout point comparable à celui publié par notre maître M. Legendre, nous avons cherché à grouper les cas similaires épars dans la littérature.
Nous avons pu ainsi montrer qu’il existe, à côté de la fièvre typhoïde, des formes d’infection éberthienne extra-intestinales, qui se rangent en deux groupes. Dans l’un, il s’agit d’une localisation sur un autre organe, méninge, plèvre, vésicule biliaire, etc., à l’exclusion de l’intestin. Dans l’autre, l’intestin étant encore indemne, il s’agit de septicémie, souvent avec splénomégalie: pendant la vie les symptômes abdominaux font défaut, et l’autopsie montre l’intégrité des plaques de Peyer.
L’importance primitive de la septicémie dans la, fièvre typhoïde ne nous avait pas échappé à cette époque, puisque nous écrivions: « L’infection éberthienne est dans tous les cas une infection générale avec ou sans localisations secondaires dans l’intestin et nort une infection primitive localisée au symptôme lymphoïde intestinal, infection qui secondairement s’accompagnerait de septicémie. »
Cette conception, qui paraissait hardie en 1903, devait être féconde: Lemierre et Abrami l’ont expérimentalement confirmée plus tard.
b) Nous avons eu l’occasion d’observer un certain nombre de perforations intestinales au cours de la fièvre typhoïde et nous avons, sous forme de revue générale, fait une mise au point des signes cliniques capables de permettre le diagnostic de cette complication.
Travaux sur l’Ictère hémolytique
Nous avons eu l’occasion, lorsque nous étions l’interne de notre maître, M. de Beurmann, de voir une malade atteinte d’ictère chronique avec splénomégalie.
Chez cette malade, avec notre maître, M. le professeur Widal, quatre années plus tard, nous avons trouvé un état particulier des globules rouges que nous avons désigné sous le nom de fragilité globulaire, état dont la diminution de résistance est un aspect.
Nous avons pu retrouver avec notre collègue Braun dans un cas analogue cette fragilité qui est l’apanage d’une variété particulière d’ictère chronique, l’ictère hémolytique.
Chez notre première malade, la mort est survenue brutalement en 48 heures, sous l’aspect clinique de l’anémie pernicieuse aiguë (pâleur extrême, tachycardie, angoisse respiratoire formidable, tumeur spodogène, fièvre élevée (40°). La rate, déjà énorme, avait subitement augmenté, en même temps qu’elle était le siège de douleurs violentes.
Cette constatation nous a montré les rapports étroits que la fragilité globulaire vient mettre, entre les deux syndromes d’ictère hémolytique et d’anémie pernicieuse.
Dans un autre travail, nous avions envisagé le rôle de l’anaphylaxie dans l’anémie pernicieuse, que l’observation-de notre malade semble confirmer.
Travaux sur l’CEsophagite exfoliatrice
(N os 15 et 28.)
Ayant observé, lorsque nous étions l’interne médaille d’or de M. le processeur Gilbert, un- 'cas d’expulsion massive de l’œsophage par la bouche après l’ingestion d’un caustique, nous avons fait avec notre maître une étude clinique, physiologique et diagnostique des cas analogues, fort rares, publiés, et nous avons séparé deux types cliniques : dans l’un il s’agit de l’expulsion de la muqueuse seule, retournée en doigt de gant, coupée net à l’orifice cardiaque, survenant chez des nerveux, probablement à l’occasion d’un spasme simultané du cardia et de la partie cricoïdienne : il n’y a pas de rétrécissement ultérieur, et le pronostic reste bénin.
Dans l’autre type, dont notre maître M. Legendre a publié une belle observation avec Esmonet, l’expulsion du tube œsophagien survient le sixième jour après l’ingestion d’un caustique violent. La partie expulsée est constituée par une escarre comprenant la sous-muqueuse et une partie de la musculeuse, représentant l’œsophage dans sa presque totallité, en- longueur comme en épaisseur. Le rétrécissement est certain et survient vers le dix-huitième jour après l’expulsion.
La gastrostomie précoce s’impose donc.
Recherche sur les épanchements puriformes aseptiques
Notre maître, M. le professeur F. Widal, avec le docteur A. Lemierre, a montré le premier, chez les paralytiques généraux, l’existence de poussées congestives des méninges se traduisant cliniquement par un ictus, et cytologiquement, par une réaction puriforme du liquide céphalo-rachidien, avec intégrité des polymédëaires. Avec lui, nous avons pu ensuite observer un cas se présentant cliniquement sous le masque de la méningite, où la ponction lombaire nous permit de trouver un liquide céphalo-rachidien, présentant des caractères analogues. L’aspect en était puriforme, nettement trouble; il présentait une formule de polynucléose, mais les polynucléaires, à l’encontre de ce que l’on observe dans les méningites microbiennes, ne présentaient aucune dégénérescence, ni du proto-
plasmé, ni du noyau : comme les polynucléaires du sang, ils étaient intacts. L’examen direct, la culture, l’inoculation à la souris ne purent déceler d’éléments microbiens dans ce cas, qui guérit simplement. Depuis cette observation, beaucoup d’autres faits analogues ont été publiés par M. Widal et par d’autres auteurs, venant confirmer la réalité clinique fort, importante de ces épanchements puriformes aseptiques.
Circulation du liquide d’ascite
Avec notre maître, M. le Professeur Gilbert, nous avons essayé de résoudre l’importante question de la circulation du liquide d’ascite. Dans dix cas d’ascite cirrhotique, nous avons injecté aseptiquement, dans la cavité péritonéale, tantôt du bleu de méthylène, tantôt du salicylate de soude. Dans tous les cas, le bleu est apparu dans l’urine, dans un temps variant d’une heure à une heure et demie après l’injection, et l’élimination s’est poursuivie pendant 45 à 75 heures, tandis que déjà trois heures après l’injection, le liquide d’ascite recueilli par nouvelle ponction, ne renferme plus de bleu. Or, si l’on met in vitro du bleu de méthylène dans un liquide d’ascite normale extrait par ponction, la coloration bleue ne disparaît pas, même au bout de quinze jours. La séreuse péritonale a donc un rôle actif dans la transformation du bleu en leuco-dérivé; d’autre part, elle a conservé son pouvoir absorbant vis-à-vis du bleu ou du salicylate, puisque ces substances se retrouvent dans l’urine. Bien qu’il ne soit pas permis de conclure, de l’absorption du bleu, à la résorption de l’ascite, une telle hypothèse paraît fort plausible.
Purpura et maladie de Quincke
Nous avons observé une malade atteinte de purpura chronique, survenant. en poussées successives, sur lçs membres inférieurs, et qui présenta, au cours d’une de ces poussées, un œdème de la face, siégeant particulièrement aux lèvres, à début soudain. A ce propos, nous nous sommes demandé
quels pouvaient être les rapports de ces deux manifestations, et, les rapprochant des faits connus dans les accidents sériques, nous avons pu les classer tous deux dans les phénomènes d’anaphylaxie, pour notre malade. Notre maître, M. le Professeur Widal, a fait connaître depuis la crise hémoclasique initiale, dont il eut été intéressant de pouvoir chercher les signes dans notre cas.
Méningite purulente à streptocoques guérie par le sérum intra-rachidien
Nous avons observé, au cours de la guerre, plusieurs cas de méningite suppurée consécutive aux plaies crâniennes. Dans un cas, où le projectile était profondément situé, et inaccessible chirurgicalement, nous avons eu la joie, en traitant le malade, atteint de méningite à streptocoques, par la ponction lombaire et l’injection intra-rachidienne répétée de sérum antiméningococcique, puis antistreptococcique, de le voir guérir. Nous pensons que cette méthode devrait être généralisée, non seulement dans les plaies de guerre, mais aussi dans les méningites secondaires à d’autres infections. La condition essentielle pour réussir, nous semble-t-il, est comme pour la méningite cérébro-spinale à méningocoques, d’agir précocement et énergiquement, et autant qu’il est possible, de supprimer, ou désinfecter, le foyer initial.
Pneumonie épizootique du cheval. — Recherche des porteurs de germes. — Vaccination. — Bactériothérapie dans les plaies de guerre
(N os 62 et 66.)
Nous avons eu l’occasion dans un haras, pendant la guerre, d’observer et d’autopsier deux chevaux atteints de pneumonie. Nous avons isolé l’agent causal, qui était le pneumo-bacille de Friedlaender. A ce propos, nous avons pu faire quelques observations intéressantes sur l’extrême variabilité de ce microbe suivant les conditions où il se trouve. Nous avons pratiqué la recherche des porteurs de germe, parmi les chevaux du haras, au nombre d’une centaine environ, par l’ensemencement du mucus nasal, et nous les avons fait isoler.
Un certain nombre de cas nouveaux se sont produits, mais presque exclusivement parmi les chevaux que nous avions reconnus porteurs de germes. Nous avons alors préparé un vaccin chauffé, avec les races isolées des deux chevaux morts, et nous avons vacciné tous les porteurs de germes. Aucun cas nouveau ne s’étant manifesté après la vaccination, nous pensons que cette méthode a pu enrayer une épidémie qui s’annonçait comme grave.
Ayant observé ensuite de nombreux blessés de guerre présentant des complications infectieuses, nous avons préparé pour un certain nombre d’entre eux des auto-vaccins, tantôt mixtes, tantôt avec le microbe prédominant, surtout lorsqu’il s’agissait d’une septicémie. Les résultats nous ont paru très encourageants. Dans certains cas, il est peut-être possible d’éviter par cette méthode des amputations graves, à condition de commencer très tôt la bactériothérapie. Dans la plupart des cas, il convient d’enlever le foyer suppurant originaire de la septicémie, mais la bactériothérapie nous a paru efficace pour l’atténuation ultérieure de celle-ci.
Septicémies
(N os 63, 64, 67, 68.)
En dehors des septicémies eberthiennes, que nous avons relaté plus haut, nous avons eu l’occasion d’observer, pendant la guerre, un grand nombre de septicémies, dues à divers microbes (streptocoque,'staphylocoque, pneumocoque, pneumobacille, etc.). Un certain nombre d’entre elles a été consigné dans la thèse de notre ami le D r Pierre Legrain. Nous avons pu surprendre dans un cas une septicémie éphémère après l’intervention chirurgicale. L’hémoculture, négative avant l’intervention, s’est montrée positive (streptocoque) après celle-ci.
Dans un cas de pustule maligne, où l’examen de la plaie s’était montré négatif et laissait un doute, l’hémoculture a révélé l’existence de la bactéridie de Davaine, dans le sang.
Parmi les cas de méningite cérébro-spinale que nous avons observés, l’un d’eux s’est accompagné de septicémie: nous avons pu cultiver le méningocoque du sang et des arthrites suppurées du malade. Cette infection s’est terminée par une phlébite suppurée de tout l’arbre veineux du membre infé-
rieur gauche, déterminant un phlegmon disséquant, qui a emporté le malade.
Au point de vue didactique, nous avons été chargé de rédiger l’article Septicémies dans le traité de médecine de MM. Sergent, Ribadéau-Dumas et Babonneix.
Gangrène curable du poumon
Nous avons observé un cas de gangrène du poumon, à allure subaiguë, simulant la tuberculose pulmonaire, tant par les symptômes généraux que par les signes d’auscultation: l’absence du bacille de Koch dans les crachats, mais la présence presque exclusive de l’association fuso-spirillaire de Vincent nous fit faire le diagnostic, corroboré par l’existence d’une pyorhée alvéolo-dentaire, fuso-spirillaire, cause de cette variété de gangrène de « déglutition ». Le malade a parfaitement guéri, aidé peut-être par les injections intra-thoraciques du bleu de méthylène que nous avons pratiquées.
Travaux divers et travaux didactiques
Nous avons enfin écrit toute une série de travaux didactiques et de revues, sur le choléra, le cancer, et, en particulier, toute une suite d’articles sur l’immunité, l’anaphylaxie, dans les maladies infectieuses.
Manuel de Bactériologie
Enfin, nous avons traduit de l’allemand, remanié et adapté l’important manuel de Bactériologie de Lehmann et Neumann, qui, en dehors des espèces microbiennes pathogènes pour l’homme, traite accessoirement des microbes dex animaux, de la nature, du sol, etc. L’un de ses avantages est de renfermer une sorte de flore précieuse pour la détermination des espèces dont le nombre est saj^^sse grandissant.