I. - VIRUS CYTOTROPES
{Virus filtrants. — Virus filtrables.)
Depuis un quart de siècle, des baclériologisles nous ont enseigné l’cxislence d’une nouvelle catégorie de microbes qui traversent les filtres de porcelaine. Accoutumés à considérer le filtre comme un moyen de stérilisation elïîcace, une telle notion ne pouvait manquer de nous émerveiller, d’autant plus que les premiers microbes filtrants décrits étaient invisibles, ce qui ajoutait à leur mystère. L’attention a été accaparée par ce caractère de fîltrabilité, et l’on a implicitement pense que tous les germes doués de cette qualité en possédaient d’autres communes, étaient plus ou moins analogues et 1 habitude est venue de les désigner sous le nom de virus filtrants, h la suite de Remlinger.
Pourtant on s’est bientôt aperçu que des microbes déjà connus, beaucoup plus gros, étaient capables de filtrer. D’autre part, parmi les virus filtrants, certains se sont révélés comme des germes hautement dill'érenciés et parfaitement visibles.
En réalité, les virus dits filtrants englobent des virus très divers, et ce groupe doit
être démembré. En faisant appel à d’autres critériums, il est possible cependant de
‘approcher un certain nombre d’entre eux, que nous avons proposé d’individualiser sous enom de vinus cy-iotropi-s, que l’on peut définir de la façon suivante ; les virus cyto-
denlello, mais, toujours, ils reproduisent, ên se localisant, des lésions du lissuintersliliel.
Par contre, aucun de ces microbes n'attaque primitivement les cellules nobles, les cellules hautement différenciées comme les cellules épithéliales, parenchymateuses ou endothéliales; loreque celles-ci sont atteintes, c’est d’une façon secondaire, détournée, mécanique presque. C’est ainsi que, secondairement, la peau peut être escarriliée dans le furoncle et l’érésipèle.
En d’autres termes, la plupart des germes connus pénètrent dans la cavité de Baér, cavité générale du corps, y déterminent dés réactions, des lésions, y rencontrent des processus de défense; mais ils sont impuissants à venir parasiter les cellules nobles. Les spirochètes et ceux des protozoaires qui sont des agents septicémiques obligatoires n’échappent pas à cette loi; ils frappent d’abord les artères et les veines, suscitent la
de leur évolution, venir attaquer les cellules mêmes des parenchymes, c’est d’unefaçon très particulière (dégénérescence graisseuse) ou secondaire et accessoire. Il n'y a en réalité, à cette loi que trois exceptions : la diphtérie, le tétanos et le botulisme ; les microbes de ces trois affections restent, on quelque sorte, extérieurs à l’organisme; pénétrant dans la cavité de Baër, ils n’y déterminent que peu ou pas d’altérations, mais, par les toxines qu’ils sécrètent, ils vont attaquer les cellules nobles du système nerveux et les détruisent.
Or, soumises à ce critérium, les maladies dont les virus traversent les filtres vont se diviser en deux classes, l’une encore disparate, mais dont les lésions inflammatoires lappellent les infections par les gros microbes connus; l’autre, caractérisée à la fois par l’absence des lésions inflammatoires du tissu conjonctif, et la prépondérance de lésions nouvelles, très spéciales, portant sur les cellules nobles. Parmi celles de la première catégorie, il en est, comme, par exemple, la péri-pneumonie des bovidés, la fièvre jaune, dont 1 agent pathogène maintenant connu ressemble à ceux des suppurations et des septicémies; il est à supposer qu’il en est de même pour celles dont le germe n’a pas encore été vu, ni cultivé.
La deuxième catégorie, caractérisée par l’absence de réactions inflammatoires de la cavité de Baër et, en outre, par des lésions primitives cellulaires très spéciales et très particulières que l’on ne rencontre pas dans les autres, englobe et réunit des virus qui présentent une aflinilé pour le protoplasme cellulaire, et sont incultivables
a. — Si nous jetons un coup d’œil sur la liste des maladies à « virus filtrants », nous voyons que ces lésions cellulaires exclusives ou prépondérantes se rencontrent dans la rage où la cellule est détruite, dans l’encéphalite léthargique, dans l’herpès où la lésion épithéliale de la peau peut gagner la cellule nerveuse chez le lapin, dans la variole, la vaccine, la clavelée, la maladie des jeunes chiens, la fièvre aphteuse, dans le molluscum contagiosum de l’homme et de l’oiseau, dans les verrues, dans le trachome où la lésion est purement et exclusivement épithéliale, dans le sarcome de la poule où la localisation à l’intérieur de la cellule conjonctive jeune provoque sa multiplication, mais sans appeler de réaction inflammatoire ni sanguine, dans l’anémie pernicieuse du cheval, où le virus paraît vivre dans le globule rouge qu’il détruit* Enfin, le bactériophage est le type du virus cellulaire ne végétant que dans la cellule.
p. — Tous ces virus sont par ailleurs absolument incultivables sur les milieux usuels. Le bactériophage meurt dans un milieu de culture stérile. Bien plus, il ne peut manifester son action dans une émulsion de microbes morts, mais il végète et se multiplie dans une émulsion de microbes vivants. D’où cette seconde notion que ces virus ne végètent que dans le protoplasma vivant. Si ce n’est pas une cellule animale, c’est ' une cellule végétale qui sert de substratum au parasite, mais il faut que la cellule soit vivante et ce fait explique l’incullivabilité des virus de cette sorte; ils paraissent des parasites obligatoires du protoplasme vivant. Capables de végéter dans des cultures de tissus vivants (Levaditi), iis ne se multiplient dans aucun autre milieu de culture. affmiU; exckisive pour la cellule vivante est la caractéristique fondamentale de
La destruclion cellulaire esl également le résultat de l’action du bactériophage sur la cellule sensible qui dans ce cas est un microbe. La lyse microbienne en est le résultat. Une goutte de îysat bactériophagique additionné à la culture du microbe sensible l’éclaircit complètement en quelques heures. Ici, la digestion des corps microbiens doit être poussée Ires loin, car le bouillon de culture redevient, dans les cas heureux, absolument transparent. Ln suivant à rultra-microscope une goutte de culture que l’on vient d’additionner de bactériophage, on voit le microbe se vacuoliser,' se gonfler et, finalement, éclater.
Le processus de fonte protoplasmique se retrouve dans le trachome, dans lequel les cellules de la conjonefive gonflent, éclatent et laissent écouler leur contenu dans le sac conjonctival, libérant ainsi dans celui-ci les corpuscules de Volpino prirailivemenl inclus dans les cellules.
Dans l'acné varioliforme et le molluscum contagiosum, la vacuolisation géante des cellules esl trop connue pour que nous insistions, fnais, dans le trachome comme dans
exaltée pour les cellules jeunes en voie (faccroissementy de reproduction et nous allons trouver dans ce fait des preuves que ces virus ne sont pas exclusivementeclodermiques ou épithéliaux.
a) Presque tous, d’abord, cultivent dans le testicule : la rage, la vaccine, la variole, l’herpès, le virus léthargique. Or, le testicule est d’origine mésodermique; d’autre part, les cellules en sont en perpétuelle reproduction.
b) Ces virus cytotropes inoculés par voie intraveineuse se montrent, pour la plupart d’entre eux, et le plus souvent, impuissants à déterminer la maladie. Mais si, en môme temps, l’expérimentateur crée une lésion cutanée, si minime soit-elle, qui provoque la mise en jeu de la segmentation régénératrice par karyokinèse des cellules épidermiques, le virus se localise et exclusivement sur les cellules jeunes en voie de prolifération. Levaditi montre qu’il suffit d’épiler la peau du lapin pour que, après inoculation sanguine de vaccine, les vésicules apparaissent au niveau des follicules pileux ainsi excités, dont les cellules sont en karyokinèse. Burnet, de même, avec le virus de l’épithélioma contagieux, inocule le virus dans le sang et plume toute vive la
c) Dans une autre expérience, très curieuse, de Levaditi, expérience qui nous montre, de plus, la symbiose possible de ces virus, la culture du virus lytique est favorisée par un autre virus excitateur des karyokinèses. Cette expérience est la suivante: la poule est réfractaire à la neuro-vaccine du lapin (vaccine adaplée au cerveau du lapin). Mais si l’on inocule à la poule par voie cutanée un mélange de neuro-vaccine et d’épilhélioma contagieux il se produit une double lésion, à la fois épithéliomaleuse et vaccinale au point d’inoculation. Le virus épilhéliomateux a annihilé l’immunité naturelle de la poule à la neuro-vaccine, ou plutôt, le virus de la neuro-vaccine incapable <le cultiver dans la cellule épidermique au repos trouve les conditions nécessaires pour pulluler dans la même cellule rajeunie et entrée en karyokinèse active sous l’influence
d’abord les lésions el les symptômes imputables à son action, puis le microbe favorisé venant ensuite obligatoirement (parfois) superposer et intriguer un nouveau tableau anatomo-clinique à celui qui existait déjà, en le modifiant. Prenons comme exemple la variole : il paraît incontestable que la forme pure do la maladie, due à l’action du seul virus cytoprote, est la yarioloïde, où l’éruption s’arrête au stade de vésiculation. Par contre, dans la forme dite normale, ou discrète, la suppuration secondaire due au microbe de sortie va transformer les vésicules en pustules, rallumer la fièvre, parfois provoquer des suppurations étendues, voire viscérales. Nous avons cité, chemin fai* sanl, des faits analogues dans la diphtérie des poules, dans le choléra des porcs, et l’on peut se demander, dans des afl’ections comme la pneumonie, où virus herpétique et pneumocoque sont associés d’une façon constante, quel est le rôle respectif de chacun de ces deux germes, quel est celui qui est secondaire à l’autre, si, suivant l’opinion commune, la pullulation du pneumocoque fait apparaître le « bouton de fièvre * ou si, comme quelques vieux cliniciens l’avaient déjà envisagé, et comme nous le pensons, le virus herpétique, envahissant le poumon, n’y appelle pas secondairement le pneumocoque qu’il fait pulluler.
Les raisons que nous venons d exposer nous permettent maintenant de formuler une définition motivée des virus cylolropes, dont la conception, à notre avis, s’impose aujourd'hui. Celle conception, d’ailleurs, procède directement de celle des épilhélioses de M. Borrel, dont elle n’est qu une compréhension plus large, plus étendue, rendue nécessaire par les connaissances acquises à l’heure actuelle sur celte question.
risés avant tout par leur affinité exclusive pour le protoplasma des cellules vivantes, dans lesquelles seules ils peuvent cultiver, en provoquant l'excitation cinétique du noyau.
Ils sont incultivables sur les milieux de culture usuels faits de substances organiques mortes. Les maladies qu'ils provoquent présentent des lésions intra-cellulaires exclusives , des cellules des trois feuillets du blastoderme et des cellules jeunes du mésenchyme,
Cahactères secondaires. — A cette définition, il faut ajouter un certain nombre de
Ils traversent les filtres de porcelaine et de collodion. — Ils sont détruiU par la sa-
cotpîiscules juæta-nucléaires, décomposables eux-mémes en corpuscules secondaires ou initiaux extrêmement ténus, à la limite de la visibilité, susceptibles de se répandre dans le liquide issu des cellules dégénérées. Il est impossible à l’heure actuelle d’affirmer que ces corpuscules initiaux représentent le virus.
comparable sinon identique à celle de l’cncéphalile léthargique, de la rage, de la vac cine, de l’herpès, et de la maladie des chiens.
Quant aux maladies telles que le rhume vulgaire, la peste des oiseaux, l’agalassie, la poliomyélite du cobaye, la mosaïque du tabac, elles sont trop peu étudiées pour qu’on puisse se prononcer.
Mais il faut délibérément rejeter du cadre des virus cytolropes, sans revenir ici sur la fièvre jaune et la péripneumonie des bovidés, les affections qui ne comportent point de lésions cellulaires cinétiques ou lytiques, comme la peste bovine, la scarlatine, la rougeole, la grippe (dont l’agent pathogène paraît au surplus être le bact. pneumosiutes), le myxome du lapin, et celles qui, de plus, paraissent exiger un insecte comme hôle intermédiaire, les dengues, le typhus exanthématique, la Horse-sickness, la fièvre catarrhale du mouton.
Le groupe des virus cytotropes étant ainsi bien individualisé, on peut maintenant tenter de le subdiviser en catégories. Le meilleur critérium pour cette subdivision nous parait être la prédominance de raction excitante du virus, ou de son action lytique. Nous ne nous dissimulons pas combien cette base est fragile, la plupart de ces virus