‹ Titres et travaux scientifiquesChapitre 11 sur 152 · Traité de chirurgie ciinique et opératoire · texte numérisé non relu

Traité de chirurgie ciinique et opératoire

(Publié sous la direction de MM. A. Le Dentu et Pierre Delbet, 10 vol. grand in-8, Paris, 1896-190i ; J.-B. Baillière et fils, édit.)

C’était peut-être une entreprise téméraire, après la publication encore récente de tant de monographies et de traités de chirurgie plus ou moins importants, de soumettre au public médical un ouvrage en dix volumes roulant sur la chirurgie tout entière, y compris les spécialités les plus autonomes, telles que les maladies des yeux, des fosses nasales, des oreilles, du larynx. Nos éditeurs n’ont pas reculé devant cette épreuve, et les directeurs ont mis tout leur soin à l’exécution rapide et consciencieuse de cette œuvre. En cinq années, les dix volumes, comprenant ensemble 9 400 pages, avaient paru régulièrement, et la vente en fut assez rapide pour que, dès 1905, il fût permis de songer à une deuxième édition.

Le choix de nos collaborateurs, pris presque tous parmi les professeurs et les agrégés des Facultés de médecine, ou parmi les chirurgiens des hôpitaux de Paris et des grands centres de la province, a largement contribué au succès, en assurant une aide efficace à notre participation personnelle.

S’il est vrai que le plan général du Traité de chirurgie clinique et opératoire ne s’écarte pas notablement de celui des grands traités antérieurs, il est facile de se rendre compte des particularités qui lui donnent sa physionomie propre. D’abord son titre ne révèle-1-il pas la volonté des directeurs de maintenir dans les descriptions didactiques un conact permanent avec l’enseignement puisé au lit du malade ? N’indique-t-il pas aussi que, dans leur pensée, l’exposé des méthodes opératoires nouvelles non encore classiques, ou n’ayant pas encore perdu leur caractère d’actualité, est un complément nécessaire des descriptions pathologiques relatives à dés sujets récemment débattus et finalement introduits dans le cadre de la chirurgie ? Ceci est vrai surtout pour les questions faisant partie du territoire intermédiaire entre la médecine et la chirurgie, du Grenzgebiet des Allemands.

D’autre part, en nous plaçant à un point de vue essentiellement synthétique, nous aurions volontiers partagé les maladies et les affections chirurgicales en autant de catégories qu’il y a de grands systèmes organiques et, dans ceux-ci, de parties ' distinctes. Conception séduisante, sans doute, et dont le résultat eût pu être de substituer de grandes lignes frappantes par leur simplicité aux subdivisions multiples qui hachent la substance chirurgicale en un nombre exagéré de chapitres; mais aussi conception trop ambitieuse, dont nous avons reconnu bien vite l’impraticabilité. En effet, à côté des lésions qui ne s’attaquent qu’à un grand système orgamque (appareil circulatoire, appareil respiratoire, système osseux), ou à une partie bien définie, quoique complexe, d’un grand système (mticulations), il y en a qui, sous l’influence

des organes absolument distincts entre lesquels il n’y a qu’un rapport résultant de leur juxtaposition (boîte crânienne et cerveau, rachis et moelle épinière, cage thoracique, coeur et poumons). N’eût-il pas été absolument irrationnel de séparer les lésions du contenu de celles du contenant, de rattacher, par exemple, les fractures des os du crâne aux autres fractures, les déchirures du cerveau aux maladies du système nerveux ? de placer dans des volumes différents les fractures des côtes et les déchirures de la plèvre ou des poumons qui en sont une conséquence si fréquente ? N’eût-oe pas été justement taire bon marché du point de vue clinique auquel nous tenions tant et nous déjuger grossière-

II a donc fallu, coûte que coûte, faire une large place à la chirurgie régionale ; mais cette concession inéluctable ne nous a pas empêchés de donner satisfaction à notre désir de groupement en vue d’éviter l’éparpillement d,es sujets similaires. Par exemple, quel intérêt pouvait-il y avoir à laisser les anévrysmes de la paume de la main dans le cadre des maladies régionales de la main? les tumeurs blanches du genou dans celui des affections chirurgicales de la jambe ?

Nous avons donc ramassé autant que possible les éléments des grandes questions qu’on s’était habitué à voir épars dans presque tous les ouvrages antérieurs, et, dans oette oeuvre de concentration, dé centralisation, pourrais-je dire, nous ne nous sommes arrêtés que devant ce qui nous a semblé être impossibilité absolue. N’était-ce pas le meilleur moyen d’assurer l’umté à un traité de dimensions inusitées ?

Loin de nous laisser influencer par le discrédit relatif dans lequel est tombée la pathologie générale chirurgicale, nous lui avons consacré notre premier volume presque entier. Nous avons cherché ainsi à réagir contre les tendances trop particularistes dû jour, qui entraînent les esprits vers des champs trop limités d’études où ils risquent fort de se rétrécir, vers des spécialisations trop étroites.

Page 1