C. Travaux présentant des aperçus nouveaux
La seconde partie est une Nomenclature générale. Elle comporte un certain nombre de catégories correspondant à la nature des sujets. On y trouvera des renvois aux analyses insérées dans la première partie, de courts commentaires sur les points non encore signalés ou de simples mentions bibliographiques.
Vient ensuite une liste des rapports lus devant les sociétés savantes et d’un certain nombre de thèses pour lesquelles j’ai fourni des documents ét des indications générales à mes élèves.
Les obligations qui s’imposent au chirurgien sont devenues, de nos jours, de plus en plus complexes. Le caractère double de sa personnalité, en même temps scientifique et technique, contribue notablement à cette complexité.
Il faut qu’il ait toujours présentes à l’esprit les lois fondamentales de la physiologie et de la pathologie générale. Il ne peut s’écarter, sous peine de graves erreurs, des grandes idées directrices de la médecine proprement dite, et il y a toute nécessité à ce qu’il garde avec cette dernière un étroit contact. Il ne peut se passer du concours que les sciences
biologiques lui prêtent de plus en plus largement depuis quelques années. Il faut qu’il cherche sans relâche dans l’anatomie pathologique, l’histologie, la bactériologie, l’expérimentation, les éléments d’un progrès véritablement scientifique, sans cependant négliger l’observation clinique, cette source féconde dans le passé, tout aussi féconde dans le présent, où la médecine a puisé tous les matériaux de sa formation, où elle peut encore trouver de fréquentes occasions de se développer et de s’élargir, avec d’autant plus de rapidité et de sûreté qu’elle peut compter sur l’appui de sciences plus exactes.
Il faut que la main du chirurgien, guidée par l’anatomie, exercée pendant plusieurs années avant l’entrée dans la carrière, s’adapte aux procédés d’invention récente, représentant des perfectionnements ou des innovations véritables, et qu’elle s’efforce de fournir sa contribution à la marche en avant de la médecine opératoire. Et, comme le chirurgien digne de ce nom doit être en même temps l’homme du travail intellectuel et l’homme de l’action, il faut qu’il maintienne un équilibre constant entre les deux moitiés de son individualité.
Il faut enfin que, au milieu du tourbillon des nouveautés, qui ne méritent certes pas toutes d’être accueillies, favorablement, il conserve intacts son sens critique et son sang-froid, afin de mieux se raidir contre les entraînements d’une émulation mal comprise ; que, dans ses déter- ■ minations, dans ses conseils, il ne perde jamais de vue l’intérêt de ceux qui lui accordent leur confiance, et que ses propres appels à son savoir, à son bon sens, à sa conscience, régnent en lui à l’état d’habitude sou-
L’auteur de cet exposé de titres s’est efforcé de se conformer à ce vaste et beau programme ; mais qui pourrait se flatter d’avoir réussi à le réaliser pleinement ?
Certaines questions générales ont été de sa part l’objet d’une attention spéciale. Ce fut d’abord la tiiberaüosè dans les grandes lignes de sa genèse et de son évolution, et surtout dans ses localisations osseuses et articulaires. Ce fut ensuite le cancer dans ses diverses formes, épîthéliomes ou sarcomes, et dans certaines de ses origines. Par exemple j’ai pu démontrer, d’une façon plus explicite que mes prédécesseurs dans la même voie, la fréquence de la dégénérescence maligne des plaques blanches des fumeurs, en étudiant plus complètement le processus dè cette trans-
. formation. Je me suis aussi attaché à mettre en évidence l’inanité, sauf réserve pour l’avenir, de toutes les méthodes de sérothérapie appliquées jusqu’à ce jour au traitement des tunaeurs de mauvaise nature.
Le cawer du sein m’a paru digne d’une étude aussi approfondie que possible. Par une statistique basée sur les cas de ma pratique privée suivis depuis l’opération jusqu’à la mort, ou, pour les opérées encore vivantes, jusqu’au jour de mon enquête, il m’a été possible d’établir rigoureusement la durée des survies. Si les résultats sont encore très loin de donner toute satisfaction, il y a lieu de fonder beaucoup d’espoir pour l’avenir dans des interventions largement exécutées et surtout aussi précoces que possible. Malgré l’action palliative incontestable de la radiothérapie, de la radiumthérapie et de la fulguration, l’intervention sanglante dans les conditioris sus-énoncées est encore la méthode offrant le plus de chances favorables.
Après avoir tait, pendantia guerre de 1870-1871, dans mon ambulance, quelques essais d’emploi de l’acide phénique, et appliqué pendant quelques années le pansement occlusif ouaté d’Alphonse Guérin, j’ai adopté la méthode de Lister ; puis j’ai évolué, ainsi que la plupart des chirurgiens, vers d’autres substances antiseptiques que l’acide phénique, entre autres le formol, dont les effets sur les tissus et sur l’organisme entier ont été étudiés dans mon laboratoire, et finalement vers Y asepsie,
, ou stérilisation des instruments et des objets de pansement par la chaleur, mais avec cette réserve que l’asepsie ne saurait se passer absolument de l’aide de l’antisepsie.
A Paris, l’anesthésie générale par le chloroforme régnait en maîtresse. Et pourtant l’élAer .anesthésie tout aussi bien, cause moins .souvent des vomissements, porte moins atteinte aux éléments nobles des tissus et des viscères, du cœur, du foie, des reins, occasionne beaucoup moins fréquemment des accidents mortels, et peut être bien supporté même par des sujets dont le cœur est malade. Mes efforts pour le réhabiliter n’ont pas été perdus, mais certaines préventions persistent contre cet anesthésique, à qui l’on reproche de provoquer de graves bronchopneumonies. Je crois avoir démontré que oes complications doivent être attribuées, pour le plus grand nombre des cas, à des refroidissements
et à des infections préexistantes, sans compter que l’emploi du chloroforme semble, en ce qui les concerne, pouvoir être aussi bien incriminé.
Il n’est pas de question plus intéressante, au point de vue physiologique et chirurgical, que celle du choc nerveux causé par les accidents et les opérations. A cette question, comme à celle des délires survenant dans les mêmes conditions, j’ai appliqué à plusieurs reprises toute mon attention ; et, dans le domaine du système nerveux, j’ai fait en sorte jadis de mettre au point, à l’usage des chirurgiens, toutes les connaissances relatives aux localisalions cérébrales et à la trépanation, éparses jusque-là dans de très nombreuses publications.
Sur des terrains plus limités, je me suis occupé aveè une prédilection marquée de plusieurs questions. Uhypertrophie diffuse des os du crâne et de la face, avec les monstrueuses déformations qu’elle occasionne, les difformités congénitales de la face, qu’on réussit à réparer dans des conditions vraiment satisfaisantes, m’ont fourni la substance de plusieurs mémoires et d’une monographie où l’état de la science a été présenté aussi exactement qu’il a été possible de le faire.
Les maladies de V appareil urinaire ont été de ma part, à une époque déjà éloignée, l’objet d’une étude particulière. Indépendamment d’un volume, presque entièrement de ma main, sur les maladies de la prostate et de la vessie, faisant suite à un volume de mon maître Voillemier sur les maladies de l’urètre, j’ai publié en 1889 un Traité des affections chirurgicales des reins, des uretères et des capsules surrénales. Cet ouvrage didactique n’avait été précédé que par un manuel dont l’auteur était Henry Morris, chirurgien anglais. Déjà, depuis 1880, la chirurgie rénale, déjà un peu pratiquée en Allemagne, mais qui n’avait pas encore fait son apparition en France, m’avait attiré. Une première extirpation de rein suivie de succès, des extractions de pierres logées dans cet organe non encore infecté, m’avaient fourni l’occasion d’inaugurer dans notre pays cette chirurgie encore peu répandue ailleurs. C’est seulement quelque temps après mes premières interventions qu’elle prit à Paris le grand développement auquel l’Ecole'de Necker a puissamment contribué.
Des circonstances particulières m’ont permis dé mettre en lumière certains points de la chirurgie des pays chauds, dont l’étude avait été
négligée, et de signaler pour la première fois Véléphantimis primüif du testicule, isolé et absolument indépendant de celui des bourses, connu de toute antiquité, et certaines tumeurs de l’aine formées par des grappes de vaisseaux lymphatiques et ressemblant à s’y méprendre à des hernies. Ces tumeurs reconnaissent pour cause, ainsi que beaucoup d’autres lésions du système lymphatique, l’action irritante du parasite désigné sous le nom de Fïïaria sanguinis. On appelle -filariose l’ensemble des accidents qui lui sont imputables.
Ce serait sortir des limites d’une introduction que de m’étendre davantage. L’exposé suivant montrera quelle a pu être mon action sur le terrain des maladies de la jernine, àla pratique desquelles je me suis largement adonné.
,Ie terminerai en mentionnant certaines innovations opératoires dont la description figurera plus loin, à savoir des procédés ou des instruments nouveaux pour la constriction cicatricielle des mâchoires, pour l’œsophagotomie interne, pour la cure radicale des hernies inguinales et des grandes éventrations, la création de l’anus artificiel iliaque, l’occlusion des fistules recto-vaginales, le traitement du varicocèle, l’urétrotomie externe, la. taille vésico-vaginale. D’autres, de plus mince' importance, ont aussi leur place dans la section des travaux originaux d’où surgit une idée personnelle ou un fait nouveau.