A. - MONOGRAPHIES. - ŒUVRES D’ENSEMBLE
1. — Recherches anatomiques et considérations physiologiques sur ia circulation veineuse du pied et de la jambe.
(Thèse de doctorat, 1867.)
Les recherches de Sappey et de Houzé de l’Aulnoit sur les valvules des veines en général, celles de Verneuil sur le développement des varices et pur certains points de l’anatomie normale des veines de la jambe, avaient ouvert une voie ou il y avait des notions nouvelles à recueillir. Ayant soumis le système veineux du membre inférieur à des recherches prolongées, l’auteur est arrivé à des conclusions que les travaux les plus récents ont confirmées. Certaines d’entre elles méritent peut-être d’être rappelées avec quelques développements.
Je passe ce qui concerne les modes d’abouchement de la veine saphène externe avec la veine poplitée.
Le groupe des veines profondes du membre inférieur doit être subdivisé en deux groupes secondaires : les veines intermusculaires et les veines intramusculaires. C’est surtout dans l’étude de ces dernières que l’occasion s’est offerte de décrire des dispositions anatomiques non mentionnées jusque-là. Il a été permis ainsi d’établir deux types tout à fait distincts de circulation veineuse intramusculaire : la circulation par grands canaux et la circulation en arcades.
Premier type. — Appartient spécialement aux muscles jumeaux. Par exemple, le jumeau interne reçoit ordinairement deux artères qui le parcourent dans le sens de sa longueur. Sur une certaine étendue à partir de son origine, le vaisseau à sang rouge est escorté par deux vaisseaux
à sang noir ; mais voici un point où Vune des deux veiries s’écarte de' sa congénère, se dirige vers la surface du muscle, la perfore et va s’aboucher avec une veine superficielle, tandis que l’autre veine, restée seule acolyte de l’artère, la suit dans sa distribution et se subdivise en veinules de nombre égal à celui des artérioles.
La prerriière des deux veines satellites est donc une branche anasto~ motiqué qui fait communiquer le réseau superficiel avec le réseau profond intramusculaire, et l’autre représente essentiellement la veine dé origine musculaire, dont le courant centripète ramène dans' la veine poplitée le sang versé dans le muscle par l’artère jumelle.
Ainsi cette seconde veine musculaire est la seule satellite de l’artère correspondante et de ses ramifications, et cela, quelquefois sur une longueur de plusieurs centimètres, disposition comparable à celle des veines de la face, du cerveau, du mésentère. Quelques récherches sur les muscles de l’épaule et du bras ont révélé dans leur système veineux une particularité identique, susceptible peut-être de généralisation pour tout l’appareil musculaire.
Deuxième type. — La circulation par arcades anastomotiques se présente sous un tout autre aspect. Prenons pour exemple le muscle soléaire. Il reçoit de l’artère tibiale postérieure plusieurs petites branches. Chaque branche artérielle perforante est accompagnée de deux veines pourvues chacune d’une paire de valvules, et qui, en amont de ces valvules, communiquent entre elles par une anastomose transversale. A partir de ce point, elles s’écartent l’une de l’autre, se dirigent Tune cers le haut, t autre vers le bas du muscle, et chacune va à la rencontre d’une branche veineuse unique provenant de la division de la paire veineuse supérieure et inférieure. De là résulte une petite série d arcades en communication par leurs deux extrémités avec une veine perforante.
Mêmes dispositions, mais moins accentuées, dans le jambier antérieur et dans le long péronier latéral.
Il est à noter que, dans un même muscle , les deux types de circulation, par grands canaux et par arcades anastomotiques, peuvent être associés. Cela se voit surtout dans le soléaire.
En outre des anastomoses par communication longitudinale de Sappey et des canaux de sûreté de Verneiiil, dont les recherches sus-énoncées ont confirmé l’existence, l’auteur a décrit sous le nom de canaux de dérivation des veines dont la situation et les rapports sont régis parlaloisuivante:
Tonies les fois que la circulation dans une branche veineuse ou dans le système vasculaire d’un muscle est exposée à des arrêts fréquents par suite de la présence d’un obstacle à son extrémité supérieure, celte branche ou ce système de veines est muni dtun canal de dérivation qui enfambe t obstacle.
La réalisation de cette loi se constate au niveau des ligaments interne et antérieur du tarse, du muscle soléaire, des jumeaux, de la partie sousaponévrotique de la saphène externe, et dans plusieurs autres points.
Aux recherches d’ordre purement anatomique font suite, dans ce travail, des considérations physiologiques dont quelques-unes méritent peutêtre de retenir un instant l’attention.
Adoptant la théorie de Bérard sur le rôle des valvules, l’auteur refuse à, ces dernières le pouvoir de lutter contre la pesanteur et ne leur reconnaît que celui de s’opposer au reflux du sang. D’autre part, étant donnée la disposition des anastomoses unissant les veines profondes aux superficielles, au pied la circulation par ces anastomoses ne peut s’effectuer que de la profondeur vers la surface, tandis qu’à la jambe elle se fait de la surface vers la profondeur, de sorte que toute contraction énergique des muscles favorise l’issue du sang veineux qui s’y trouve contenu et s’oppose à la pénétration du sang venant des réseaux superficiels.
Ici le rôle des canaux de dérivation éclate dans toute sa netteté, comme celui de la contraction musculaire en tant qu’adfuvant puissant de la circulation en retour.
En revanche, les contractions d’intensité médiocre, celles des muscles pendant la station prolongée, gênent peut-être la circulation intramusculaire plus qu’elles ne la favorisent, parce qu’alors la tension est faible dans ces vaisseaux et triomphe mal de la résistance qu’ opposent les fibres musculaires au point d’émergence supérieur des vaisseaux. De là, sans doute, la forme en fuseau, en sangsue, qui caractérise le début des varices intramusculaires.
Z. — Des anomalies du testicule.
(Thèse pour Vagrégation en chirurgie, \Mÿ.)
Il importait de faire rentrer dans le cadre d’une classification méthodique les nombreuses variétés d’anomalies du testicule décrites jusqu’alors. L’examen des différentes théories sur lesquelles est basée la téra-
tologie devait naturellement servir de préambule aux chapitres pure-, ment descriptifs ou analytiques dont se compose ce travail. Celle qui m’a paru la plus conforme aux notions qui se dégagent de l’étude des anomalies du testicule est la théorie de Vépigenèse, due aux deux représentants de l’anatomie philosophique, Serres et Isidore-Geoffroy Saint-
D’après cette théorie, « l’animal offre, aux différentes périodes de son existence embryonnaire ou foetale, des caractères qui sont ceux de l’état parfait dans les espèces situées plus bas, et au contraire les êtres qui appartiennent à ces dernières, reproduisant d’une manière fixe et arrêtée les conditions propres à l’état embryonnaire des animaux élevés, peuvent être considérés en quelque sorte comme des embryons permanents ».
Quelques objections qu’on puisse élever, avec CuvieretMilne-Edwards, •contre cette théorie, on ne peut qu’être frappé des arguments que lui fournit l’étude des anomalies du testicule. On en jugera par l’extrait suivant du chapitre V de cette thèse, qui a pour titre : Des anomalies qui correspondent à une disposition normale chez les animaux (p. 67) :
« Que nous apprend l’anatomie comparée ? D’abord qu’il y a un certain nombre d’animaux qui ont, comme l’homme, les testicules dans une poche spéciale située à l’extérieur : tels sont les quadrumanes, la plupart des carnivores ; les didelphes, les kanguroos et le phascolome ; les gerboises, la plupart des ruminants et des solipèdes. Ceci correspond à l’état normal. ;
Il Mais les poissons ont généralement deux testicules situés dans l’abdomen et mwais d’un canal excréteur. Chez ï’Amphioxas, celui-ci fait défaut ; la semence, comme ausssi les oeufs, tombe dans la poche viscérale et est entraînée au dehors par le courant expiratoire venant des branchies, fait important et qui correspond aux cas connus d’absence du canal déférent et de l’épididyme (chez l’homme, le testicule s’étant développé séparément.
« Jamais, d’après Milne-Edwards, les testicules, même dans les espèces les plus dégénérées, ne se confondent entièrement ; ils se mettent quelquefois en contact et semblent se fusionner; mais la coalescence n’est qu’apparenteetlaséparation des deux glandes reste possible; en revanche, les ovaires sont quelquefois intimement unis. Il n’en est pas demême chez les batraciens, sauf le triton et la salamandre. Les deux testicules ne peuvent plus être séparés par la dissection; ils forment une masse unique.
Il Les oiseaux font également partie de la section des animaux testieondres, c’est-à-dire ayant les testicules dans l’abdomen. Ils ont cela de commun avec certains mammifères, entre autres les monotrèmes, les cétacés vrais et herbivores, les amphibies,. les édentés et quelques ■pachydermes (éléphant, rhinocéros).
« Les espèces chez lesquelles les testicules, situés ordinairement dans l’abdomen, descendent à l’époque du rut dans l’aine ou sous la peau du ■périnée (taupes, chauves-souris, rats, agoutis et plusieurs autres), servent comme de transition entre les premiers et ceux qui ont normalement les glandes séminales dans l’aine ( certains rongeurs, quelques ruminants, ■pachydermes et carnassiers). Les civettes et le cochon les ont sous la peau •du périnée, au-dessous de l’anus. »
Cette citation n’est-elle pas toute à l’avantage de la théorie énoncée plus haut ? Il était, je crois, légitime de la prendre pour base de la classification suivante ; elle éclaire d’un jour très vif la synorchidie, ou fusion des testicules, et lés diverses variétés d’ectopies.
Les anomalies du testicule se divisent en deux groupes. Elles peuvent être ;
Il n’y a pas lieu d’entrer dans le détail des chapitres,
Celui qui concerne les différentes variétés de positions anormales offre seul'de l’intérêt au point de vue chirurgical.
Dans la deuxième partie, sont groupés tous les matériaux relatifs aux •complications des anomalies testiculaires. Il y est question successivement de l’hermaphrodisme, des douleurs paroxystiques, des inflammatfofis, de la dégénérescence cancéreuse, des hydrocèles congénitales et enkystées, enfin des hernies.
■ Les progrès de la chirurgie moderne ont permis dè s’attaquer par des opérations à certaines de ces infirmités et de leurs complications, devant lesquelles on se sentait désarmé à l’époque où ce travail a vu lé jour. On s’abstenait alors de toute intervention sanglante à l’égard des ecto-, pies, des douleurs sourdes ou paroxystiques, des hernies concomitantes si fréquentes. Depuis une trentaine d’années, de grands progrès ont été réalisés de ce côté ; mais certaines réserves s’imposent relativement à l’efficacité des opérations appliquées aux ectopies même les plus accès-: sibles, telles que l’ectopie inguinale.
3. — Série d’articles pour le « Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques ».
(Publié par J.-B. Baillière et fils sous la direction du P' Jaccoud.)
Ces articles représentent dans leur ensemble un tout de 600 pages grand in-8. Il en est, tels ceux qui ont pour objet les hernies en général, la pathologie du système lymphatique, la pathologie et la sértiéiologie de la main, le phlegmon circonscrit et diffus, dans lesquels l’auteur a eu l’occasion de développer quelques idées personnelles. L’article Hernies en général mérite peut-être, par son étendue et par l’importance donnée à l’examen critique des doctrines eii faveur antérieurement, de prendre place dans cette première catégorie de publications.