Traitement non opératoire des tumeurs malignes
Ces trois publications correspondent à une même préoccupation ; dégager la valeur réelle des méthodes de sérothérapie du cancer préconisées pendant les années précédentes.
Ces méthodes dérivent de deux idées mères :
1“ Provoquer un érysipèle par l’injection de la toxine du streptocoque de l’érysipèle classique ;
2® Appliquer à la cure du cancer les règles générales de la sérothérapie.
La première de ces idées a une origine empirique. On avait vu l’érysipèle guérir ou modifier plus ou moins profondément certaines productions malignes. Ne pourrait-on pas obtenir le même résultat par des inoculations de culture ou de toxine du streptocoque de l’érysipèle ?
Ricord inocula l’érysipèle lui-même. Fehleisen utilisa la culture du streptocoque ; Goley, la toxine du streptocoque associée à celle du Micrococcus prodigiosus ; Emmerich et Scholl, le sérum du mouton, après injection delà culture du streptocoque dans le tissu conjonctif de l’animal.
D’autre part, partant de l’hypothèse de ,1a spécificité du cancer. Ch. Richet et Héricourt immunisèrent un âne par des injections successives de suc cancéreux dilué dans de l’eau et iiijectèrent le sérum de cet âne dans le tissu cellulaire de sujets atteints de cancer. Tel fut le début de la sérothérapie proprement dite. Les tentatives de Hotman de Villiers et de Wlaeff, celles de Doyen, s’inspirèrent de la découverte de blastomycètes et d’un microbe spécial, le Micrococcüs neoformans, à qui ces expérimentateurs reportaient tout le mal.
Puis vinrent les essais de Jaboulay avec le bichlorhydrate de quinine, les ferments de De Backer, le sérum d’Adamkiewicz.
Tous ces moyens ont donné des résultats appréciables, quelquefois même frappants, ce qui prouve qu’aucun n’est spécifique. Ils agissent comme des sérums quelconques, comme le sérum antidiphtérique, qui lui aussi amène parfois des modifications profondes dans les néoplasmes, le plus souvent passagères et n’ayant rien de commun avec ce qu’on peut appeler une guérison même temporaire. Du moins ce résultat, acceptable dans quelque mesure pour ce qui concerne certains sarcomes, est tellement rare pour les cancers proprement dits qu’on n’en parle guère plus comme d’une chose possible. En réalité, la sérothérapie da cancer, si tant est que c’est de cette méthode que viendra le succès, est encore toute à découvrir.
L’exposé de ces méthodes et la critique des résultats cliniques observés font l’objet de la deuxième des leçons cliniques que j’ai consacrées à cette passionnante question.