LES FACTEURS DE GRAVITÉ DES ACCIDENTS ÉLECTRIQUES
Il existe des rapports très étroits entre les éléments électriques d’un courant et ses effets physio-pathologiques. Il est donc essentiel de bien connaître ces facteurs qui conditionnent la gravité des accidents électriques; c’est l’objet de cette étude.
Rôle de l’intensité du courant
Le professeur WEISS a démontré que c’est uniquement l’intensité qui détermine les effets dangereux du courant: Ce sont les 'ampères qui tuent et non pas les volts.
Rôie de la résistance électrique du corps
Nous avons fait une étude très approfondie de ce facteur qui joue un si grand rôle dans le mécanisme des accidents, puisqu’il fait varier considérablement la valeur de l’intensité. Pour analyser le problème complètement nous avons distingué: a) la résistance de la peau, à l’entrée du courant;
b) la résistance interne opposée par les tissus et les organes:
c) la résistance au niveau de l’électrode de sortie; d) la résistance électrique globale; e) le rôle important de la résistance dans la protection de l’organisme.
a) Résistance à Ventrée du courant: rôle de la peau. — Nous prouvons tout d’abord que les courants endogènes de polarisation (forces contre-électromotrices) ne doivent contrarier que dans une faible mesure l’entrée des courants industriels qui seuls nous intéressent ici.
C’est surtout la peau qui nous défend contre l’entrée du fluide électrique. Sa résistance est, en général, bien plus élevée que celle du corps lui-même. Elle dépend d’un grand nombre de facteurs; grandeur de la surface du contact; qualité du contact (régions anatomiques cutanées ou muqueuses, pores de la peau, nature de la peau, état du revêtement cutané, sécheresse, humidité, solutions salines) ; qualités du coü-
rant (intensité, nature et fréquence du courant, durée du contact).
b) Résistance à la sortie du courant. -— Il arrive souvent que la sortie du courant se fait par les pieds. Les chaussures, se trouvant ainsi interposées sur le trajet, opposent une résistance très variable selon qu’elles sont sèches (100.000 ohms) ou humides (3.000 ohms). Il en est de même des vêtements.
c) Résistance interne du corps. — Des facteurs complexes agissent sur la résistance des tissus (nature, composition chimique, orientation) évaluée à 500 ohms par Kath.
d) Résistance électrique globale. — Pratiquement c’est la résistance de défense de l’organisme. La résistance minimum a été évaluée à 1.000 ohms et la résistance maximum à 100.000 et même un million d’ohms. Les variations individuelles de la conductivité électrique (états physiologique ou pathologique) expliquent les susceptibilités particulières ou les tolérances anormales vis-à-vis de l’électricité.
e) Rôle important de la résistance dans la protection de Vorganisme. — Par des exemples nous montrons que l’étude de la résistance électrique du corps humain permet de comprendre les effets variables de l’électricité sur l’organisme.
Rôle de la tension
Le voltage seul ne peut tuer: la preuve en est de l’innocuité des machines statiques qui débitent des courants à potentiel de plusieurs milliers de volts mais dont l’intensité n’est que de quelques milliampères. Si les basses tensions tuent plus sûrement que les hautes tensions, cela tient à ce que, pour une résistance faible, le quotient E/R atteint facilement la valeur de l’intensité efficace mortelle.
Rôle de la forme de la périodicité, de la densité, du trajet du courant et de la durée du contact
La multiplicité des facteurs qui sont en causé dans une électrocution montre la complexité de l’interprétation de tels accidents.
le mécanisme des électrocutions humaines
Certains faits nous ayant révélé que les résultats expérimentaux ne cadrent pas toujours avec ce qu’on observe chez l’homme, nous avons entrepris une étude spéciale sur les caractères distinctifs des électrocutions humaines en utilisant les observations trouvées éparses dans la littérature médicale et les relations des électrocutions judiciaires américaines.
1° Effets d-s courants de 5.000 à 50.000 volts
En analysant les cas mortels on note que les acidents se reproduisent à peu près dans les mêmes conditions: il s’agit d’un individu dont la tête touche par inadvertance un conducteur sous tension. L’électrocution est très rapide.
Dans ces cas. la mort résulte de la sidération des centres nerveux supérieurs par action directe du courant.
Les cas non mortels sont les plus nombreux et prouvent que les courants de tension élevée peuvent impunément traverser le corps humain, s’ils en touchent pas les centres bulbaires, mais ils produisent de graves brûlures et des dégâts importants aux points contact.
2“ Effets des courants de 500 à 4.000 volts
En examinant attentivement les observations, on remarque que pour une tension identique (2.000 volts), un même temps d’action et un trajet analogue du courant passant par le cœur, l’effet est mortel avec lésions asphyxiques dans un cas et non mortel dans l’autre.
Comment expliquer ces « caprices de l’électricité » ?
Il faut donc admettre qu’un facteur variable, autre que la tension électrique, intervient. Ce facteur est connu: c’est la résistance électrique dont dépend l’intensité du courant. Tout revient à dire que chez l’homme également que ce sont les ampères et non les volts qui tuent.
Quelle est l’intensité mortelle pour le corps humain?
Ce sont encore les faits qui nous renseignent.
Nous avons conclu que l’intensité efficace mortelle pour l’homme a une valeur assez faible, inférieure à un ampère.
Quel est le mécanisme d’action du courant? Nous avons constaté que la mort survient généralement suivant deux modalités:
1. La forme pulmonaire est la plus fréquente. Elle se traduit par un syndrome asphyxique. Il est donc permis d invoquer le mécanisme de l’asphyxie pour expliquer la mort. Cette asphyxie n’est pas d’origine centrale mais périphérique. Elle résulte de la tétanisation persistante des muscles respiratoires.