La forme cardiaque (trémulations flbrillaires) ne peut
être invoquée que pour expliquer la mort des sujets dont l’autopsie reste négative .(3 fois sur 22).
3“ Effets des courants de basse tension
Quelle est l’intensité du courant meutrier? Il s’agit, le plus souvent, de courants triphasés de 220 volts avec point neutre du transformateur relié à la terre, traversant le corps par de bons contacts (résistance faible). Dans ces conditions l’intensité est voisine de 50 milliampères.
L'intensité efficace mortelle pour l’homme est comprise approximativement entre 1 et 0,050 ampère.
Quel est le mode d’action de ces courants? Il faut admettre, devant les faits) que le cœur ne s’arrête pas primitivement. Nous en avons fourni la démonstration. Ici encore la mort est due le plus .souvent à l’asphyxie.
Comment se produit l’asphyxie? Nous rapportons deux, observations pour prouver le mécanisme de la tétanisation des muscles respiratoires.
Rôle des causes prédisposantes
La question de la prédisposition individuelle aux accidents dus à l’électricité a un intérêt au point de vue médicolégal comme au point de vue de la sélection des électriciens.
La tolérance d’un organisme pour l’électricité serait conditionnée par un certains nombre de;
facteurs physiologiques (espèce animale, race, sexe, âge, état de veille ou de sommeil, fatigue, faim, soif), dont
Stade primitif Stade intermédiaire Stade terminal
Etat poreux de la peau Etat anfractueux Etat cavitaire
Fig. 7. — Brfilure électrique (13.000 volts)
Les trois états d’un même processus de destruction
Fig. 8. — Brûlure électrique Fig. 9- — Partie A de la figure 8
Etat poreux de la peau. Coupe histologique
dépend, pour une part tout au moins, la résistance électrique du corps;
facteurs psychologiques, sur lesquels insiste beaucoup Jellinek; mais nous invoquons le rôle du traumatisme psychique inhibiteur des grandes frayeurs;
facteurs morbides (constitution thymico-lymphatique, cardiopathies, scléroses viscérales, bassedowisme) ; tares organiques qui, à notre avis, réalisent de fausses électrocutions de personnes prédisposées à la mort subite par syncope, hémorragie cérébrale, etc.
LES BRULURES ÉLECTRIQUES
Ce sont des lésions circonscrites de la peau et des tissus sous-jacents, produites par le contact direct du conducteur électrique avec le corps humain ou encore par les étincelles qui forment l’arc électrique et qui jaillissent en des points plus ou moins éloignés les uns des autres.
Etude descriptive
Les brûlures électriques se caractérisent essentiellement par la mortification ou par la destruction de la peau et des tissus sous-jacents.
La mortification donne aux téguments un aspect très particulier. La peau perd son élasticité; elle se parcheminé, se racornit; elle prend une coloration brûne ou gris-ardoisée; elle devient dure et sèche; elle sonne comme du bois quand on la percute; elle reste insensible et ne saigne pas si on la pique; elle est inaltérable et imputrescible; en un mot, elle est momifiée
Au delà de la zone mortifiée, généralement bien limitée, les téguments sont souvent le siège de brûlures banales, superficielles, produites par des gaz, des vapeurs et par la combustion des vêtements.
L examen histologique de la peau montre que l’épiderme est le plus souvent absent. Les lésions du derme sont typiques; surface déchiquetée, dentelée, et formation de petites
cavités, de fentes très caractéristiques (fig. 8 et 9). Les faisceaux fibreux, onduleux du chorion sont tuméfiés, épaissis et fusionnés. Aussi la structure du derme a-t-elle un aspect homogène, dense, compact.
Fig. 10. ■ - Brûlure électrique (12.000 volts) Perforations intestinales
La destruction de la peau et des tissus sous-jacents se traduit par des pertes de substance, des excavations plus ou moins importantes qui ont des aspects divers.
L’abrasion de fépidetme représente la lésion la plus minime. Il arrive souvent qu’un petit lambeau épidermique demeure accolé au conducteur électrique. Nous avons cons-
taté à la surface de la peau la présence de filaments argentés, très tenus, d’origine vraisemblablement épidermique.
U état poreux de la peau (fig, 7 ), que nous avons décrit, consiste en la formation d’un grand nombre de petits pertuis irréguliers, juxtaposés, creusés à la surface du derme qui, vu à un grossissement suffisant, a l’aspect spongieux.
La destruction des téguments peut prendre, à un degré plus marqué, la forme anfractueuse (fig. 7) constituée par des logettes plus ou moins grandes, séparées par des cloisons et des ponts conjonctivo-graisseux.
Mais ce que l’on observe le plus souvent, au niveau des brûlures électriques, ce sont des cavités, des « cratères », des excavations (fig. 7 ) faites « à l’emporte-pièce », à bords bien tranchés, taillés à pic, creusés dans l’épaisseur de la peau, des muscles et même des viscères sous-jacents (fig. 10).
Le squelette ne résiste pas à l’action des courants de grande intensité; les os peuvent être nécrosés, volatilisés et perforés (boîte crânienne).
Pathogénie des brûlures électriques
Quel est le mécanisme de la mortification et de la destruction de la peau et des tissus?
Les phénomènes électrolytiques ne peuvent être invoqués pour les courants alternatifs; l’action des hautes températures est plus vraisemblable. En effet, l’expérience de chaque jour montre que la gravité des brûlures est sous la dépendance proportionnelle des facteurs intensité du courant, résistance (état de sécheresse ou d’humidité de la peau), durée du contact, c’est-à-dire des facteurs régis par la loi de Joule;
Q = Kifit
Comment, alors, la chaleur agit-elle sur , les tissus?.
L’absence de carbonisation au niveau des brûlures électriques est due, sans doute, à ce que l’effet joule d’un courant électrique se fait sentir dans l’intimité des tissus, à l’abri de l’oxygène; il ne peut y avoir combustion.
L’énorme quantité de chaleur dégagée provoque plutôt des phénomènes de coagulation puis de dessication instan-
tanée et enfin de destruction des tissus. En voici les raisons ;
L’aspect histologique du derme rappelle celui de la nécrose de coagulation.
La déshydratation brusque par évaporation de l’eau explique la formation des vacuoles, des fentes néoformées que nous avons signalées dans l’épaisseur du derme (fig. 9).
Les tissus sont momifiés par dessication comme dans la gangrène sèche. Il s’agirait donc d’une véritable nécrose aseptique et locale, c’est-à-dire d’une nécrobiose.
La destruction des tissus s’opère, sans doute, par transformation de la matière organique en produits volatils. Nous avons saisi sur une brûlure (fig. 7 ) les trois étapes de cette destruction: l’état poreux de la peau qui représente la première phase, l’ébauche d’une perte de substance, puis un stade intermédiaire où les alvéoles agrandis prennent un aspect anfractueux, enfin la forme cavitaire par disparition des cloisons.
Evolution clinique des brûlures électriques
Ces lésions évoluent spontanément en passant par trois phases successives d'escarrification, d’élimination et de cicatrisation.
Phase d’escarrification
Une brûlure électrique étant une mortification sèche et aseptique de la peau et des tissus sous-jacents, il en résulte que son évolution clinique présente des particularités intéressantes: absence de douleur, de suppuration, de phénomènes d’intoxication, lenteur de réparation
A ces règles classiques, certains auteurs ont justement apporté quelque tempérament: douleur, suppuration, phénomènes toxiques ne font pas toujours défaut. Mais il convient de s’expliquer à ce sujet:
En ce qui concerne la douleur, elle apparaît lorsque les brûlures observées après un accident électrique sont mixtes par suite de la combustion des vêtements, des gaz ou des vapeurs. La souffrance est à mettre sur le compte des lésions
non spécifiques. La douleur peut être due aussi à des phénomènes névritiques ou- plutôt sympatalgiques qui ressortissent à l’action du courant sur les nerfs.
Les phénomènes généraux, consistant en fièvre, oligurie, cylindrurie, albuminurie, relèvent également des brûlures banales concomitantes, de même que l’hémoglobinurie provient d’une destruction partielle des globules par le courant.
SCHWYZER a pourtant fait connaître qu’il a obtenu une substance très toxique (sulfurol) par distillation des muscles altérés des brûlures électriques. Encore faudrait-il que ce poison pénétrât dans le sang pour causer des désordres généraux. Or. AcHARD, en injectant du bleu de méthylène dans un membre atteint de gangrène sèche (comparable à la mortification électrique) n’a jamais retrouvé cette substance dans les urines.
La brûlure électrique est donc bien une lésion essentiellement locale.
Phase d’élimination
Les tissus mortifiés, abandonnés à eux-mêmes, tendent à s éliminer spontanément plus ou moins lentement suivant la profondeur et l’étendue des lésions. Le sillon d’élimination encercle les parties nécrosées, puis l’escarre se détache petit à petit sous forme de bourbillons musculaires, de lambeaux aponévrotiques sphacélés) de fragments tendineux, de séquestres osseux. Cette période ménage généralement une surprise désagréable; la plaie primitive augmente d’étendue, de dimensions, de profondeur; elle tend à s’agrandir. Cela signifie que la mortification était plus importante que ne laissaient voir les dégâts superficiels.
Il existe, enfin, des brûlures profondes, situées au sein des tissus et attribuées à des altérations vasculaires, dont l’élimination se fait aussi spontanément et tardivement.
Phase de cicatrisation
Après l’élimination des parties mortes, la plaie présente une surface rouge et la réparation se produit simplement et rapidement par bourgeonnement. Les brûlures superfi-
déliés laissent des cicatrices très remarquables par leur régularité, leur souplesse et par l’absence d’adhérences profondes. Les brûlures profondes se réparent beaucoup plus difficilement et moins heureusement.