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INTRODUCTION

Nous nous sommes entièrement consacré à l’étude de la Médecine légale depuis notre arrivée à Strasbourg, en 1922.

Là, sous la direction de notre Maître, M. le Professeur ChavigNY, nous avons pu nous convaincre de la diversité des connaissances et de la tournure d’esprit particulière que les exigences de la vie moderne imposent aux médecins légistes.

La Médecine légale, en effet, est essentielleinent l’application des notions médicales aux problèmes posés par la vie sociale et plus spécialement par la vie judiciaire. Il en résulte pour cette spécialité une double complexité tenant à sa nature médicale et à son caractère social.

La multiplicité des connaissances indispensables au médecin-expert, l’obligation où il se trouve de se mouvoir facilerrient de l’une à l'autre, enfin le travail de vulgarisation qui lui est imposé par la nécessité d’adapter aux débats judiciaires les résultats de ses recherches, en un mot le fait que la Médecine légale plonge ses racines mêmes dans la vie sociale, font que cette discipline est pour celui qui la pratique une rude école à la fois d’érudition, de jugement et de clarté en même temps que d’impartialité, de prudence et de souplesse d’esprit.

Le médecin expert est ainsi appelé à s’occuper dans une même affaire de questions très diverses. Il lui arrive, par exemple, de passer, sans transition, des phénomènes subtils de l’hémo-agglutination ou de la recherche , biochimique de l’alcool, aux problèmes les plus discutés de la déontologie et de la jurisprudence médicales, ou bien encore, des données

de la thanatologie ou de la pathologie traumatique, aux controverses passionnées des criminalistes sur la responsahilité pénale ou aux examens dactyloscopiques...

La complexité de notre formation professionnelle nous imposait donc une méthode patiente et sûre.

Nous avons tout d’abord puisé dans les ouvrages des auteurs la substance des connaissances médico-légales qui doivent nous servir de base.

Puis la pratique des expertises a posé devant nous des problèmes nouveaux et a soulevé, parfois, des difficultés dont la solution devait être trouvée par nos propres moyens: chaque expertise est, en effet, un enseignement et provoque bien souvent des recherches inédites.

Nous avons cru devoir consigner en des travaux originaux ce qui pouvait apporter une contribution, si modeste soit-elle, aux progrès de la Médecine légale.

Mais nous ne devons pas oublier que nous sommes arrivé aux résultats exposés grâce à l’enseignement de nos Maîtres à qui nous nous faisons un devoir de rappeler, en signe de gratitude, ce dont nous leur sommes redevables:

Nous devons à M. le Professeur ChavigNY, non seulement notre orientation vers la Médecine légale et les éléments fondamentaux de cette science mais encore l’éducation de notre esprit de recherches.

La variété des études médico-légales nous amène souvent à aller frapper à la porte des principaux Laboratoires de notre Faculté où nous avons pu nous initier aux méthodes scientifiques:

M. le Professeur NiCLOUX nous a appris à faire un dosage correct et précis: il nous a fait connaître aussi les procédés qu’il a inventés pour doser l’alcool et l’oxyde de carbone: procédés dont l’application aux expertises médico-légales est devenue courante.

Aux Instituts de M. le Professeur BORREL et de M. le Professeur BOUIN, nous nous sommes éduqué à la pratique minutieuse et délicate de l’expérimentation biologique et à la technique histologique.

M. le Professeur VlÈS nous donne une hospitalité bienveillante pour poursuivre l’étude physique de nos recherches.

Nous avons encore demandé à ^'enseignement de M. le Professeur GÉRY des acquisitions très utiles sur la technique anatOmo-pathologique. Tandis que la fréquentation des Cliniques de M. le Professeur PPERSDORFF et de M. le Professeur BarrÉ nous vaut la possession de bases sérieuses de psychiatrie et de neurologie.

Nous sommes allé, enfin, à la Faculté de droit apprendre auprès de M. le Professeur Roux les doctrines et les méthodes juridiques.

Ainsi, nous avons cherché à adapter nos connaissances et notre éducation scientifiques aux exigences actuelles du polymorphisme de la Médecine légale et aux progrès de la Science.

Les publications et les travaux médico-légaux doivent forcément présenter la variété qui caractérise la spécialité.

Pourtant, il est trois questions à l'étude desquelles nous nous sommes plus spécialement attaché.

Nous exposerons donc, en premier lieu, les résultats de nos recherches sur:

L’intoxication alcoolique aiguë;

Les accidents causés par l’électricité;

U identification médico-légale des coups de feu.

Les autres publications concernent l’observation ou l’expérimentation se rapportant à des faits particuliers que le hasard des expertises nous a livrés. Plus rarement, elles constituent un travail de mise au point critique ou de vulgarisation.

Nous les répartirons dans les chapitres suivants auxquels elles peuvent être rattachées:

Médecine légale générale et Pathologie traumatique;

Recherches biologiques;

T oxicologie;

Déontologie, Législation médicale, Médecine sociale;

Criminalistique ;

Pathologie médicale.

RECHERCHES TOXICOLOGIQUES MÉDICO-LÉGALES ET JUDICIAIRES SUR L’INTOXICATION ALCOOLIQUE AIGUE

Sous ce titre nous réunissons les recherches et les publications que nous avons faites sur l’intoxication alcoolique aiguë (1 ) • A savoir;

Recherches médico-légales sur l’intoxication alcoolique aiguë

(Mémoire d’agrégation). Les Editions Universitaires de Strasbourg (1926), 93 pages.

L’état d’ivresse, son importance judiciaire, son diagnostic médico-légal.

Préface de M. Louis Hugueney, Professeur à la Faculté de Droit de Paris. Librairie du Recueil Sirey, 1928, 46 pages.

Contribution à l’étude expérimentale de l’alcoolisme aigu.

Trois mémoires parus dans le « Journal de physiologie et de pathologie générale », 1930, chez Masson.

Le diagnostic médico-légal de l’état d’ivresse.

Etudes Criminologiques, 1928, n° 3, p, 116.

L’importance médico-judiciaire de l’alcoolisme aigu.

Etudes criminologiques, 1928, n“ 5, p. 158.

(i) L’ensemble de ces travaux nous a valu une « Mention honorable Montyon de médecine et de chirurgie de quinsc cents francs » (Académie des Sciences, 1929), ainsi que l’attribution du prix Le Piez (Académie de Médecine, 1929).

Un cas d’empoisonnement aigu par l’alcooI.

(Avec M. Gelma). Soc. de Médecine légiale de France,

8 février 1926, in Annales de Médecine légale, 1926, p. 127.

Les limites juridiques du diagnostic biochimique de l’alcoolisme aigu.

(Avec M. Provent). Congrès de Méd. légale, 1926, in

Annales Méd. légale, 1926, p. 304-313.

Dans les affaires judiciaires l’alcoolisme aigu peut-être — selon les circonstances — un facteur d’aggravation ou d’atténuation de la culpabilité. Cet état peut encore expliquer le mode accidentel d’une mort demeurée suspecte.

De là, l’importance et la fréquence des questions posées à ce sujet par les magistrats au médecin-expert.

Les travaux du Professeur Balthazard et de Marcelle Lambert ont montré que le diagnostic médico-légal de l’alcoolisme aigu repose actuellement sur la recherche de l’alcool dans les humeurs.

Avec cette donnée le médecin légiste peut établir rétrospectivement la quantité d’alcool ingéré par un individu: il détermine aussi si celui-ci était en état d’ébriété ou d’ivresse au moment de l’action.

Le médecin-expert est donc appelé à s’intéresser tout particulièrement à la physio-pathologie de l’intoxication alcoolique aiguë.

Il désire connaître toutes les influences susceptibles de modifier le taux alcoolique des humeurs pour en tenir compte, s’il y a lieu, dans les conclusions médico-légales.

Ces considérations nous ont amené à étudier un certain nombre de facteurs, mal connus, qui régissent les phénomènes de l’absorption et de l’élimination de l’alcool dans l’organisme.

Les points sur lesquels ont porté nos recherches expérimentales sont les suivants:

1“ Influence de la concentration de Falcool ingéré sur la teneur alcoolique du sang.

2“ Influence du rythme de l’ingestion d’alcool sur la teneur alcoolique du sang.

3“ Infuence de l’état de jeûne ou de plénitude stomacale sur l’absorption de l’alcool.

4“ L’empoisonnement alcoolique aigu de l’adulte et de l’enfant — Coefficient d’imbibition alcoolique mortelle.

5“ Recherches sur les troubles cérébello-labyrinthiques de l’intoxication alcoolique aiguë, en vue du diagnostic médicolégal de l’ivresse.

6° La teneur alcoolique respective du plasma et des globules dans l’intoxication alcoolique aiguë.

7“ L’insuline exerce-t-elle une influence sur la combustion intraorganique de l’alcool?

Au point de vue strictement médico-judiciaire les parties entièrement originales traitées dans nos publications concernent;

8" L’influence de la submersion sur la teneur du sang en alcool dans l’alcoolisme aigu.

9° Le mode de conservation des liquides organiques dans leur taux alcoolique en vue de leur amlyse médico-légale;

10" L’importance judiciaire du diagnostic médico-légal de l’état d’ivresse;

11 " Les limites juridiques du diagnostic biochimique de l’alcoolisme aigu.

Les expériences ont été faites sur les cobayes. Elles ont comporté aussi plusieurs vérifications chez l’homme qui ont nécessité quatre ou cinq ponctions veineuses successives.

INFLUENCE DE LA CONCENTRATION DE L’ALCOOL INGÉRÉ SUR LA TENEUR ALCOOLIQUE DU SANG

Les recherches de GRÉHANT et de NiCLOUX ont établi que la teneur en alcool du sang est proportionnelle à la quantité d’alcool ingéré en solution à 10 %. SCHWEISHEIMER a confirmé qu’il en est de même chez l’homme.

Cette loi de proportionnalité est-elle encore valable avec des solutions faiblement ou fortement alcoolisées?

Les deux auteurs qui se sont déjà préoccupés de ce facteur aboutissent à des résultats contradictoires.

Il importe cependant, du point de vue médico-légal, d’être fixé avec exactitude sur ce point car, dans la vie courante, un individu peut aussi bien s’énivrer avec de la bière, de l’eau-de-vie ou avec du vin.

Devant la divergence des résultats obtenus, nous avons

Fig. I. — Influence de la concentration alcoolique des boissons ingérées sur la teneur en alcool du sang et des urines (Auto-expérimentation)

voulu nous faire une opinion en expérimentant sur nousmême et sur les cobayes.

La technique utilisée dans l’auto-intoxication a été la suivante; nous trouvant en état d’abstinence alcoolique depuis 48 heures, nous avons ingéré, en quelques minutes, une quantité de rhum représentant 0,50 cc. d’alcool absolu par kilo, de notre poids; puis, à des intervalles bien déterminés, un aide nous a fait des prises de sang suivies de mictions — Le sang, mesuré avec précision à la pipette graduée, était aussitôt versé dans l’acide picrique et distillé le soir même puis dosé — Nous avons ainsi pu obtenir deux courbes (fig. 1 et 2) tout à fait superposables.

Dans nos expériences sur les cobayes nous avons procédé différemment car il est impossible de faire des prélèvements successifs de sang sur le même animal. Nous avons donc

contrôlé qu’en administrant à des cobayes une même quantité d’alcool proportionnellement à leur poids, on trouve dans le sang le même taux alcoolique (à 1/ 25® près) après le même intervalle de temps.

Dès lors, il suffit après l’ingestion d’un même volume d’alcool concentré proportionnel au poids, de sacrifier les animaux à des moments variables, de recueillir le sang, de le distiller, de le doser et on obtient ainsi tous les éléments de la courbe représentant la richesse alcoolique du sang en fonction du temps.

Nous sommes alors arrivés à cette conclusion que, du point de vue biologique, il y a lieu de diviser les boissons alcooliques en trois catégories:

1° Les boissons moyennement spiritueuses, dont le taux alcoolique est voisin de 10 % (vins) qui produisent une imbibition alcoolique des humeurs et des tissus proportionnelle à la quantité d’alcool ingéré et inversement proportionnelle au poids du sujet (GrÉHANT et NiCLOUX).

2“ Les boissons fortement spiritueuses, titrant 40 à 50 % (eaux-de-vie, rhums, liqueurs, coktails) dont l’ingestion élève le taux de l’alcool dans le sang de 1/3, 1/4, 1/6, suivant les conditions expérimentales, au-dessus de la valeur qu’on obtiendrait avec les boissons de la catégorie précédente.

La courbe représentant la marche de l’imprégnation alcoolique de l’organisme (teneurs successives du sang en alcool) prend la forme d’un « clocher » dont la partie supérieure ne dépasse que faiblement le « plateau » qu’on observerait avec les boissons moyennement spiritueuses après l’ingestion de la même quantité d’alcool.

Du point de vue médico-légal, cette surélévation, qui pourrait entraîner des erreurs par excès dans le calcul de la quantité ingérée, n’est pas gênante parce que peu importante et de courte durée.

3“ Les boissons faiblement spiritueuses (bières titrant 3,5 %) agiraient en sens inverse des précédentes.

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