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SUR LA TENEUR ALCOOLIQUE DU SANG

Il y a lieu de remarquer que, dans la vie courante, l’état d’alcoolisme aigu résulte exceptionnellement d’une seule ingestion d'alcool — Un individu s’énivre le plus souvent par étapes, en procédant à des libations successives.

Quelle influence le rythme de l’ingestion des boissons spiritueuses exerce-t-il sur l’intoxication alcoolique?

Quelles relations subsistent alors entre le taux du sang et la quantité d’alcool ingéré?

Autant de questions qui ne semblent pas avoir été étudiées jusqu’alors par les auteurs.

Ici encore, nous avons fait appel à une auto-intoxication et à des expériences sur les cobayes.

La technique expérimentale a été la même avec cette différence qu’il y a eu plusieurs ingestions successives de la même quantité d’alcool.

En résumé, nos expériences montrent que;

a) Les ingestions rares ou espacées aboutissent rarement à l’état d’ivresse parce que, comme l’indiquent les courbes très caractéristiques formées de clochers successifs, en escalier, le taux alcoolique du sang n’atteint pas une valeur suffisante, quoique chaque ingestion produise une ascension brusque proportionnelle à la quantité d alcool ingéré. Cependant, si les ingestions alcooliques sont importantes et renouvelées régulièrement comme le fait un alcoolique chronique, les viscères et les tissus de celui-ci baignent constamment dans l’alcool. C’est peut-être là une des conditions étiologiques des cirrhoses alcooliques.

b) Les ingestions fréquentes et rapprochées à des intervalles inférieurs ou égaux à une heure aboutissent facilement à l’état d’ivresse.

Fig. 3. — Expérimentation sur les cobayes

Fig. 2 et 3. — Influence d’ingestions espacées de boissons alcooliques sur la concentration alcoolique du sang.

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Fig. 4 et S- — Influence d’ingestions rapprochées de boissons alcooliques sur la concentration alcoolique du sang (Expérimentation sur des cobayes)

Tout se passe comme si la dernière libation représentait la totalité de l’alcool absorbé pendant les heures précédentes car, une heure après celle-ci, le taux alcoolique du sang atteint sensiblement le chiffre qu’il aurait après une seule ingestion globale.

Ces conclusions, établies avec les solutions concentrées d’alcool (rhum) sont encore vraies pour les solutions plus diluées. Nous nous sommes assuré sur l’animal que des ingestions successives de vin artificiel (alcool à 10 %) superposent leurs effets sur le taux alcoolique du sang.

INFLUENCE DE L’ÉTAT DE JEUNE OU DE PLÉNITUDE STOMACALE SUR L’ABSORPTION DE L’ALCOOL

C’est une notion très répandue dans le public que l’action de l’alcool est plus forte lorsqu’il est absorbé à jeun que lorsqu’il se trouve mélangé aux aliments.

A vrai dire, aucune démonstration rigoureuse n’est venue jusqu’alors confirmer ou infirmer une telle opinion.

Dans les quelques expériences tentées déjà sur l’homme, il s’agit seulement de l’ingestion de petites doses d’alcool (0,8 et 0,29 cc, par kg.) et de la recherche des variations du taux alcoolique des urines qui ne renseignent que très indirectement et imparfaitement sur les phénomènes de l’absorption.

Nous avons donc repris ces recherches et nous avons procédé sur nous-même à deux expériences consistant à ingérer, soit à jeun, soit pendant un repas gras, une quantité assez forte d’alcool et surtout à faire suivre les ingestions de quatre à cinq prises successives de sang afin de pouvoir établir par l’analyse biochimique les variations du taux alcoolique de celui-ci dans les deux cas.

La conclusion se dégage facilement de la comparaison des courbes des figures 1 et 6.

Nous voyons, sur la figure 1, qu’à jeun, l’absorption alcoolique a atteint le maximum après une heure et que ce maximum (0,63 ) est un peu supérieur — parce qu’il s’agit de l’ingestion d’alcool concentré — à la quantité d’alcool ingéré par kilogramme du poids du corps (0,50).

Sur la figure 6, les constatations sont du même ordre:

Fig. 6. — Influence de l’état de plénitude stomacale sur l’absorption • et la pénétration de l’alcool dans le sang (Auto-expérimentation)

Le taux maximum (2,22) est légèrement supérieur au taux de l’alcool ingéré par kilogramme (2 cc.).

Mais ce taux maximum se trouve placé deux heures après l’ingestion. En outre, la courbe descend lentement, comme cela s’observe d’ailleurs pour les taux alcooliques élevés du sang qui exigent 12 heures et plus pour tomber à zéro.

Par conséquent, la réputation qu’ont les aliments gras d’entraver l’absorption de l’alcool ne résiste pas à l’expérience: Le poison pénètre dans le sang dans les mêmes proportions, qu’il soit ingéré à jeun ou pendant un repas. La marche de l’absorption se trouve seulement un peu ralentie par la présence d’aliments dans l’estomac.

L’EMPOISONNEMENT ALCOOLIQUE AIGU DE L’ADULTE ET DE L’ENFANT COEFFICIENT

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