DEUXIÈME PARTIE
croissant, une hémiplégie droiie avec aphasie se dessine, enfin et seulement dans les derniers jours de la vie, surviennent des signes dits cardinaux des tumeurs cérébrales, la céphalée et les vomissements. Le signe typique de la papille étranglée, la Stauungspapille des Allemands, n’a jamais été constaté.
Pendant la première période, et surtout avec les données classiques actuelles, le diagnostic était presque impossible. On pouvait songer à de la pseudo-paralysie générale ou à une forme particulière de démence ou encore à un type clinique spécial de ramollissement.
Dans la deuxième phase, le champ des hypothèses se restreignait à deux.
On pouvait penser soit à un ramollissement eortical, soit à une tumeur. Et, de fait, le syndrome psyehoparalytique progressif et variable est bien le plus souvent causé par le ramollissement. On rejeta l’existence de celui-ci, après l’avoir envisagé un temps. L’âge peu avancé de la malade, l'intégrité de son appareil cardiovasculaire, l’absence d'ictus, la longue durée des phénomènes psychiques sans adjonction de manifestations paralytiques, voilà les raisons majeures qui motivèrent cette détermination.
Le diagnostic de tumeur cérébrale fut donc porté. Et pourtant, le tableau clinique était loin d’être complet.
Des signes de grande valeur, comme la céphalée et les vomissements, ne survinrent qu’à la fin, la Stauungspapille ne fut jamais observée.
Le diagnostic de tumeur étant accepté, restaient à déterminer le siège et la nature du néoplasme.
L’existence de signes psychiques bien nets, la présence d’une hémiplégie droite avec aphasie partielle, faisaient penser à une destruction de la région frontopariétale de l’hémisphère cérébral gauche.
Au bout d’un mois de traitement spécifique, nous pûmes rejeter d’une façon formelle ce que l’absence d’antécédents apparents ne permet jamais, la nature syphilitique des accidents.
Rien ne pouvait faire songer au tubercule. Par élimination et en tenant compte de la marche progressive de la maladie, l’hypothèse d’un gliome fut acceptée et le diagnostic de gliome fronto-pariétal gauche fut définitivement porté.
L’autopsie nous donna raison.
Il s’agissait d’un gliome ramolli occupant la moitié postérieure du lobe frontal et la partie antérieure du temporo-sphénoïdal du côté gauche .D’une symptomatologie purement psychique durant six mois cette tumeur avait pu en imposer pour de la démence. Plus tard, elle a nettement ressorti à la forme psycho-paralytique mise en évidence par les observations de MM. Brault
La rareté du cas nous a engagé à le publier. Le nja- Iqde, atteint depuis six mois quand nous l’avons examiné, présentait les signes suivants :
Il y avait de l’hémiparésie droite entraînant une légère boiterie. De la céphalée continue, augmentée par la percussioindu pariétal gauche. L’acuité visuelle
était diminuée. Il y avait de Tœdème des deux papilles. Au point de vue psychique, on notait : de la torpeur, la perle de la mémoire, de la gêne dans l’idéation, des troubles de la parole lente et monotone. En plus, un vomissement insolite se produisait de temps en temps.
En étudiant les symptômes de cette observation, on voit qu’on peut les ranger en deux catégories.
Il y a d’abord les symptômes généraux se rencontrant dans la plupart des tumeurs cérébrales, quel que soit leur siège ; à ce premier groupe appartiennent la céphalée continue, l’œdème des papilles, les vomisse-
Puis nous devons ranger dans unsecond groupe les signes moteurs et physiques, ce sont des signes de localisation. Ces signes sont d’une part l’hémiplégie droite, d’autre part la torpeur, les troubles de la parole et de l’idéation, la diminution de la mémoire.
Ces deux groupes de signes onteu une inégale valeur dans l’etablissement du diagnostic. Alors que le premier fournissait de fortes présomptions en faveur du diagnostic de tumeur cérébrale en général, le second confirmait ce diagnostic et permettait de localiser approximativement le néoplasme dans une région déterminée du cerveau, la région fronto-pariétale [gauche ; on ne pouvait préjuger, enl’absence de loutphenomene épileptique, de son siège cortical ou sous-cortical.
Nous disons : approximativement. On sait en effet la valeur relative de l’hémiplégie qui peut être observée dans les tumeurs de toute région soit par lésion directe des centres ou faisceaux moteurs, soit par leur compression à distance.
Notre cas est en faveur de l’opinion de ces derniers.
Le diagnostic de localisation n’a pas pu être serré de plus près ; on pensait à un néoplasme soit cortical, soit sous-cortical de la région fronto-pariétale, mais nullement à une tumeur aussi profonde, que celle d’un noyau gris central. Au reste, la lésion du noyau caudé a été une trouvaille d’autopsie ; c’est la règle.
Une trépanation au pied de la circonvolution frontale ascendante en avant et au-dessus du point Rolandique inférieur fut faite par M. Jaboulay. La dure-mère fut incisée, mais on ne chercha pas à atteindre le néoplasme. Cinq jours après, sans qu’on puisse incriminer un autre facteur que le schock nerveux, le malade succombait.
.4 l’autopsie, un gliome crétacé de la dimension d’une olive fut trouvé en plein noyau caudé.
Syphilis hépatique à forme scléro-gommeuse.
Ce diagnostic ne put être établi que sur la table d’autopsie. On peut voir sur les planches ci-contre qu’à ce moment-là Une pouvait être mis en doute. Il s agit bien d’un cas typique de foie ficelé soléro-gommeux. Le microscope n’a pu que confirmer. Il a décelé de la sclérose intense péri et intra-lobulaire et, au niveau des gommes, un aspect uniforme, finement granuleux caractéristique.
Sur le vivant, la maladie se présentait sous le masque d’une cirrhose atrophique, compliquée de péritonite tuherciileuse.
TKOISIÈME PARTIE