‹ Titres et travaux scientifiques de Jacques MillotChapitre 6 sur 10 · III. — «El HEIU HES SI K LE REIN · texte numérisé non relu

III. — «El HEIU HES SI K LE REIN

Sur une ionction.d’élimination des graisses dans le rein des Mammifères carnassiers

Plusieurs auteurs avaient signalé la présence d’enclaves graisseuses dans le rein de divers Mammifères, mais l’étude systématique et, causale de celles-ci n’avait jamais été entreprise. Bien que mes recher-

Figure 6. —►Substance corticale d’un rein de Chat normal, fixé à l’acide osmique^^ Surcharge intense des caualicules en corps gras.

ches sur ce sujet ne soient pas encore terminées, j’ai observé déjà un certain nombre de faits nouveaux et significatifs.

Ainsi j’ai pu montrer que la teneur plus ou moins grande du parenchyme rénal en enclaves’grasses est un caractère en partie zoologique et que par exemple les Carnassiers (Félidés, Mustélidés) se distinguent de tous les autres Mammifères par la quantité exceptionnellement abondante de sphérules graisseuses que l’on peut observer dans la paroi de leurs canalicules rénaux. Ce fait semble s’étendre à toutes les espèces du groupe quoiqu’il se présente chez chacune d’elles avec des modalités variables, qualitatives et quantitatives. Le rein du Chat possède normalement beaucoup plus de graisse que celui du Chien, et celui-ci à son tour est plus riche que celui 'du Furet, par exemple.

Les enclaves se montrent surtout dans, les tubes contournés et dans les segments intermédiaires du canalicule. On peut aussi, mais plus rarement, en mettre en évidence dans la capsule de Bowman : seul le Chat présente des glomérules presque complètement infiltrés.

Leur nature chimique est-loin d’ètre toujours la même et les variations de cet ordre s’observent non seulement d’une espèce à l’autre, mais aussi à l’intérieur d’une même espèce, d’un individu à l’autre. Ainsi j’ai rencontré des Chats dont la quasi unanimité des enclaves rénales étaient formées de graisses' neutres non saturées, alors que ce sont en général fies corps lipocholestériques que l’on décèle dans le

Figure 7. — Eein de Chien. Fixation osmiqùe.

Enclaves lipoïdes prêtes à être expulsées dans la lumière des canalicules;

rein de cet animal. De même le Chien, qui possède des enclaves grasses osmioréductrices, montre quelquefois au niveau de ses canalicules des sphérules exclusivement -lipoïdes.

En ce qui concernç l’origine et la destinée de toutes ces enclaves, j’ai pu établir que le canalicule rénal des Carnassiers ne fait pas la synthèse de la graisse qu’il contient : celle-ci est d’origine sanguine et filtre à travers le tube urinaire, essentiellement au niveau du tube contourné, plus discrètement au niveau du gl'omérule ou du segment' intermédiaire ; les capillaires du rein montrent souvent dans leur lumière une quantité appréciable de sphérules grasses de taille vari'able, tantôt très fine?,, isolées ou plus ou moins régulièrement alignées,, plus rarement d’assez grandes dimensions, distendant la paroi vasculaire et réalisant de véritables embolies graisseuses.

Contrairement à ce qui se passe dans le foie par exemple, mes observations montrent de la façon la plus nette que dans le cas du rein aucune influence digestive n’intervient directernent pour expliquer les variations de la graisse capillaire ou même sa présence ; parmi les reins que j’ai étudiés, celui qui se'montre le plus riche en enclaves intracapillaires se trouve être celui d’un Chien maintenu sans nourriture depuis 36 heures environ.

La graisse d’origine circulatoire pénètre dans l’épithélium rénal et s’y accumule pendant un temps variable. Elle tombe ensuite dans la

Figure'8. — Eein de Chien fixé à l’acide osmique.

Lumière d’un tube contourné remplie par une grosse .sphère osmipréduotrice accompagné* d’une ephérule plus petite. • . .

lumière 'du tube, y est détruite et éliminée; Le fait que cette élimination n’avait pas jusqu’ici été mise en évidence tient à ce que les enclaves libérées 'sont détruites aveq une .extrême rapidité et à ce que leur élimination (tout au moins chez le Chienj qui m’a .fourni deS pièces particulièrement favorables) se fait selon un rythme intermittent el précipité : la graisse ne quitte la paroi épithéliale qu’au coui’s d’une espèce de « crise », réalisant une décharge presque totale, ‘en un 'temps probablement très bref. La réalité de l’élimination est. attestée par des images qui, quoique rares, sont très nettes ; elles montrent la lumièrfe des tubes contournées bourrée d’enclaves, ^n même temps que la paroi correspondante apparaît plus ou moins dépourype, des spihérules osmiophiles qu’elle contient dans les circonstances ordinaires ; l’épithélium qui vient d’évacuer ses enclaves demeure en parfait état, et telle qu’elle se présente îcf, l’élimination de la graisse épithéliale ne saurait être confondue avec les figures d’altératioii d’observation courante dans les pièces pathologiques ou médiocremént fixées. D’autre part, dans certains cas où la lumière est libre d’enclaves osmiophiles, on peut y mettre en évidence, -par la réaction de Fischler à l’acétate de|Cuivre, des cristaux d’acides gras témoignant d’une désintégration partielle,des graisses qui y étaient contenues.

Les observations ci-dessus concernent des animaux de diverses espèces, mais tous normaux, et dont j’ai presque toujours, pu connaître l’âge, le sexe, Létat génital ou alimentaire. II apparaît à la lumière de ces renseignements que chez les Carnassiers l’élimination de' la graisse par le rein est un processus physiologique qui correspond à une vérita’ble fonction de cet organe.

L’examen comparatif des pièces appartenant à des sujets jeunes ou: âgés, mâles ou femelles, jeûnants ou bien alim'entés, montre que si des variations quantitatives importantes se manifestent d’un individu à l’autre,-elles ne sont .cependant pas sous la dépendance des facteurs que je viens de citer. De sorte qu’en même temps^ que j’attribue à l’élimination de la graisse par le rein la valeur d’une fonction, et d’une fonction relativement indépendante, ' il me faut préciser qu’elle admet des variations individuelles, cycliques ou autres, dont le déterminisme reste à trouver. ?

* Sur la non-existence, du « rein gravidique » • ‘

Mes observations sur le rein des Carnassiers ont eu d’autre part la conséquence de me permettre de nier l’existence, jusqu’alors à peu près classique, du <( rein gras, gravidique ». On sait que ce terme désignait depuis Leyden une stéatose rénale survenant au cours de là gestation et considérée par les uns comme physiologique par les autrescomme pathologique. L’existence d’un tel rein s’appuyait d’abord sur l’étude de pièces provenant de’femmes mortes à l’hôpital, dont on pouvait, de ce fait, douter qu’elles représentassent l’état normal, — ensuite sur des observations de Chirié concernant des reins de Clhiennes. L’auteur en question, ‘trouvant des quantités notables d’enclaves grasses dans des pièces prélevées sur une dizaine de femelles au voisinage du terme, concluait que la stéatose observée devait être rapportée à l’état gravidique, persuadé qu’il était à priori de l’absence de toute image de ce genre dans le rein du Chien normal.

Les faits que j’ai exposés précédemment montrent pourquoi le travail de Chirié’pêche par sa base même : l’examen systématique d’un grand nombre de sujets des deux sexes révèle en effet ,que la graisse rénale existe chez l’animal normal, et qu’elle n’est pas plus abondante chez les femelles gestantes que chez les mâles.

, Pour-achever la démonstration de Vindépendance entre la gestation et l’éia^graisseux du rein, j’ai étudié ce qui se passe -dans ce dernier organe chez une femelle pleine lorsque l’espèce à laquelle celle-ci appartient ne présente normalement que peu de graisse rénale. Si la . conception de Chirié était exacte, les modifications entraînées par' la gravidité seraient sans doute beaucoup plus visibles dans les groupes à graisse normale peu abondante (Rongeurs) que chez la Chienne. J’ai donc examiné dans -ce sens les reins d’un certain nombre de Ratesou'de Cobayes femelles, gravides ou non,' sans y distinguer jamais de variations significatives.

J’ai ajouté à cette étude celle de plusieurs reins de Vaches. Cet animal a le double avantagée de représenter un groupe zoologique relativement pauvre en graisse rénale et de se rapproclher beaucoup, quant à la gestation, des conditions de durée réalisé^es dans l’espèce humai¬

ne. On ne peut opposer en effet à cet exemple l’objection qui pouvait venir à l’esprit en ce qui concerne le Cobaye femelle, et surtout la Rate, que la durée de la gestation est trop courte pour permettre à des modifications rénales de s’instituer. Chez la Vache, pas plus que d.-:ms les autres cas, je n’ai relevé de variations histologiques du rein au cours de la grossesse ou aux: environs dé son terme.

Je crois donc pouvoir conclure que chez l’animal il n’existe point de rein gravidique. Cette négation peut s’entendre à un double point

Figure 10. — Eein de Chien mâle fixé >4. l’acide osmique. Faisceaux de canalicules chargés de corps gras.

de vue, car si je n’ai retrouvé nulle part le rein gras gravidique de Leyden, je n’ai pas davantage observé dans l’état, dans la structui’e des différents segments urinaires, d’aspects particuliers permettant d’affirmer histologiquement l’influence de la gravidité normale sur la physiologie rénale. •

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