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V. — RECHERCHES DE PATHOLOGIE EXPERIMENTALE

Comportement du sarcome du Rat en présence du gigantome à terre d’infusoires

Dans ces recherches, faites en collaboration avec A. Prenant et H. Dimitresco, nous avons voulu étudier quel serait le comiportement du sarcome du Rat en présence du gigantome à terre d’infusoires, et si les deux sortes de tumeurs, coexistant chez un même animal, exerceraient ou non l’une sur l’autre une influence quelconque.

Cette influence, si elle existait, on pouvait à priori la supposer comme pouvant s’exercer de deux façons entièrement opposées. On pouvait s’attendre à ce que le sarcorqe amenât par sa' présence la transformation sarcomateuse du gigantome. Il pouvait au contraire arrivèr que le gigantome influençât d’une façon ou de l’autre le sarcome, soit en exaltant sa puissance d’évolution, soit au contraire en l’inhibant ou même en faisant disparaître'le néoplasme. Disons dès maintenant que suivant les conditions d’expérience c’est l’une ou l’autre de ces hypothèses qui se vérifie.

A partir d’un Rat souche porteur d’un volumineux sarcome fusocellulaire en pleine évolution, furent faites toutes les inoculations pratiquées dans nos diverses expériences, soit par injection de broyât dans la cavité péritonéale, sçit par greffe sous-cutanée. Le gigantome était produit à la façon habituelle par l’injection, soit intrapéritonéale, soit sous-cutanée, d’une suspension de terre d’infusoires- dans l’eau physiologique stérilisée.

•le ne veux pas entrer ici dans l’étude-histologique du sarcome fusocellulaire du Rat,7nôn plus que dans celle du gigantome, et j’arrive tout de suite à l’exposé de nos expériences.

1° Injections intrapéritoneales de terre d'Infasoires et de broyât de sarcome mélangés. ;

Ce mode d’expérimentation nous a donné des résultats variés. Tantôt il y a eu dissociation entre les deux composants du mélange, qni ont agi séparément, les fragments de sarcome inoculant le cancer, la terre d’infusoires déterminant un gigantome. Tantôt des tumeurs riiixtes se sont développées, dans lesquelles le stroma du'gigantome a pris le caractère,d’un sarcome.

2° Inoculation de greffe de sarcome précédée d’injection -intrapéritonéale de terre d’infusoires.

Nous avons dans ce cas fait précéder Tinoculatioli sous-cutanée du .sarcome par une injection intrapéritonéale de terre d’infusoires. Ce mode expérimental a été inspiré par l’idée de produire une immunisation antitissulaire à l’aide d’un matériel cellulaire spécial différant à la fois d’un tissu normal et d’un tissu néoplasique. L’immunisation antitissulaire pouvait résulter de ce que la faculté de multiplication cellulaire dans l’organisme serait détournée du sarcome et concentrée sur la production de gigantome.

Il est résulté de nos expériences que le développement préventif du gigantome dans la cavité abdominale n’empêche pas la greffe

sous-cutanée d’évoluer et qu’il n’y a pas eu d’immunisation antitissulaire.

3“ Production d’un giganiome au contact d’un sarcome en évolution.

Dans cette expérimentation, de beaucoup la plus importante par les résultats qu’elle a donnés, nous avons provoqué le développement d’un gigantome au contact d’un sarcome en pleine évolution. Dans pi'esque tous les cas nous avons observé soit un ralentissement marqué dans la croissance du sarcome, soi! même, chez ■fîx Rats, une régression de la tumeur allant jusqu’à sa disparition complète et durable. Dans un cas, où une pi'emière injection de terre d’infusoires

n’avait déterminé qu’un arrêt dans le développement du sarcome, une seconde injection amena- sa régression très rapide. ^

L’examen microscopique du nodule résiduel a montré qu’il s’agit d’un amas de cellules n’ayant plus du tout le type fusiforme et ne présentant pas de mitoses. Plusieurs régions sont nécrotiques ; dans celles qui ont échappé à la nécrose, les cellules sont polymorphes : un grand nombre d’entre elles, -pourvues de grands noyaux pâles, d’un coqps cellulaire considérable, ont un cytoplasme complètement

vacuolisé. Les, éosinophiles et les mastocytes assez nombi’eux sont disséminés dans la coupe, qui contient aussi des cellules à pigment ocre.

Gomment interpréter ces constatations frappantes ? On peut invoquer deux mécanismes bien différents, entre lesquels d’ailleurs rien ne nous autorise actuellement à établir une préférence. On peut supposer d’abord, et ce serait l’hypothèse la.iplus intéressante et la plus féconde, que la faculté de multiplication cellulaire dans la région considérée a été^ détournée de la tumeur maligne et concentrée sur la production du gigantome ; il est superflu d’insister sur l’importance que prendrait ce fait s’il venait à être vérifié. Mais on peut penser aussi qu’il ne s’agit que d’une action banale du liquide injecté et de la terre d’infusoires qu’il contient : le liquide se répandant à partir du point d’injection, sur tout le pourtour (îu sarcome, dans le tissu conjonctif péritumoral produirait dans ce tissu des modifications, des réactions de caractère sans doute inflammatoire, qui isoleraient le sarcome et troubleraient ses conditions de nutrition au point d’en déterminer l’atrophie.

Des lésions déterminées chez le Chien au niveau du foie et' de la rate par la pancréatectomie

En collaboration avec le Professeur Rathery et Kourilsky, j’ai fait une étude histologique systématique de l.’organe hépatique chez les Chiens dépancréatés.

Nous avons constaté une diminution considérahle du glycogène hépatique. Celui-ci occupe normalement chez le. Chien toute l’étendue du lobule ; il est plus dense à la périphérie. A la suite .de la pancréatectomie totale et dans les premières heures qui suivent l’opération, le glycogène disparaît complètement ou presque complètement ; dans ce derniei’ cas la zone périportale seule en présente encore quelques vestiges.

Le foie normal contient constamment des enclaves grasses, réparties le plus souvent d’une façon régulière dans tout le lobule : elles . sont petites et disiposées dans les cellules de telle façon qu’elles indiquent l’axe des travées,. Le Chien pancréatectomisé présente au contraire un foie êxtrêmement chargé en graisse ; aprè.s l’action de l’acide osmique, les lobules apparaissent h faible grossissement comme autant de masses noires autour desquelles les espaces portes se mon-

trent seuls réservés en clair ; les enclaves 'sont petites, bourrant la cellule, mais ne manifestant aucune tendance à se fusionner en une masse unique .comme chez les animaux dépancréatés traités par l’iri-

Figure 14. — l'oie de Chien normal ; fixation osmique. Disposition typique de la graisse ; les enclaves sont alignées en files médiotrabéoulaires.

suline. Seul l’emplacement du noyau apparaît libre d’enclaves dans la cellule ; aucune disposition axiale comparable à celle que nous avons vu être normale ne demeure visible. La surcharge graisseuse est uniquement due à des graisses neutres riches en acide oléique. Sil’on traite comparativement par les' méthodes de détection des lipoïdes le foie d’un animal norrnal et celui d’un animal opéré, on n’observe jamais dans ce dernier d’augmentation du nombre des enclaves, mais au contraire, dans certains cas, une diminution. En opposition avec les observations de Lombroso (1923) et Mirabile, nous n’avons enregistré aucune différence appréciable entre les sujets jeunes et les sujets âgés aq point de vue de l’intensité de la stétose réactionnelle.

L’examen des foies de Chiens dépancréatés révèle en outre dans la presque totalité des cas la présence d’assez grandes quantités de pigment biliaire. Celui-ci apparaît contenu dans les canalicules biliaires, mais on le rencontre aussi dans certains cas à l’intérieur des cellules hépatiques elles-mêmes. Il se montre souvent- moins abondant au centre qu’à la périphérie du lobule. Enfin on le trouve également dans les cellules de Kupffer. '

Dans quelques cas'de'pancréatectomie totale, ceux où les Chiens n’avaient présenté que peu de troubles, et dans les cas de pancréatectomie partielle s’accompagnant de glycosurie, le parenchyme hépatique était indemne de pigment biliaire, mais par contre les cellules de Kupffer se montraient bourrées de .mottes de pigment ocre donnant la réaction du fer. L’apparition anormale de pigment biliaire dans le foie' nous paraît liée à une production exagérée de ce pigment, due elle-même à une destruction massive d’hématies. On en retrouve des traces non seulement au niveau de la cellule de Kupffer du foie, mais aussi dans la rate. Ce. dernier organe iprésente .d’ailleurs, en même temps que-des images surabondantes de désintégration globulaire, une certaine tendance à la sclérose ; lorsque celle-ci est manifeste, il apparaît régulièrement dans les ganglions lymphatiques voisins des’ signes d’une activité hématolytique anormale très marquée ; dos suppléances de cet ordre ont d’ailleurs déjà été signalées chez le Chien (Binet et Verne).

Ces trois ordres de modifications hépatiques : disparition totale ou subtotale du glycogène, stéatose très accusée, apparition de pigment biliaire bu au moins de pigment ocre, sont les seules que nous ayons ipu observer. Jamais nous n’avons relevé de figures de dégénérescence soit nucléaires soit cytoplasmiques. En particulier nous n’aVOns pu déceler d’altérations du chondriome : les mitochondries nous ont simplement paru diminuées de nombre dans les cellules surehai’gées d’enclaves grasses, mais nous n’avons jamais vu de figures d’homogénéisation telles qu’il en a été signalé sur le même objet dans d’autres conditions expérimentales.

Les trois ordres de lésions que nous venons de décrii’e s’établissent avec une grande rapidité dans la totalité du parenchyme. Elles sont complètement instituées dans les 72 bernes qui suivent l’opération et ne semblent plus augmenter dans les jours ultérieurs La disparition du glycogène a lieu la première : elle est réalisée au bout de quelques heures, alo'rs qu’aucun autre phénomène n’est encore visible.'Rappelons à ce propos que dans la plupart des cas décrits, la siH'charge graisseuse ne s’établit dans le foie qu’après la disparition subtotale du glycogène (intoxication phloridzique, .etc...).

Etude des modifications histologiques dues à l’action de la synthaline

Dans une série' d’expériences effectuées sous la direction du Pro-

fesseur Rathery, nous nous sommes proposé d’étudier sous le contrôle de l’observation histologique l’action de la synthaline.

iD’une part,- nous avons rechei’ché sur le Chien, préalablement dépancréaté, si ce médicament était capable de ramener rapidement au niveau du foie l’aspect normal modifié à la suite de la pancréatectomie. Nous avons fait ingérer à quatre .Chiens préalablement dépancréatés 20 mgr de'synthaline par 24 heures. Les animaux ont été sacrifiés de 4 à 11 jours après le début du traitement. Chez aucun d’eux nous n’avons pu obtenir la régression des modifications hépatiques (disparition du .glycogène, surcharge 'graisseuse), contrairement à ce qui se passe, d’après divers auteurs à la suite du traitement par l’insuline. L’examen histologique des principaux organes ne nous a pas permis de distinguer les Chiens ayant seulemertt subi l’opération de ceux-ci qui étaient, à la suite de celle-ci, traités par la synthaline.

D’autre part, nous avons voulü nous assurer que l’ingestion répétée de synthaline n’entraînait aucune lésion, au niveau du rein, du pancréas ou du foie. Nous' avons dans ce but fait ingérer à trois Chiens normaux les mômes doses que ci-dessus et nous les avons sacrifiés dans les mêmes délais. Avant tout traitement, nous avidns soumis nos animaux à la laparotomie exploratrice nécessaire au prélèvement d’un fragment témoin des organes que nous voulions étudier. L’examen des pièces d’autopsie ne nous a perihis de relever que deux modifications de l’aspect histologique du foie. C’est d’une part une diminution nette, souvent importante, du glycogène hépatique ■ ce fait concorde étroitement avec fohservation parallèle plusieurs fois rapportée d’une diminution du glycogène après injection d’insuline. Le glycogène résiduel est toujours localisé à la région périportale du lobule. C’est, d’autre part, une surcharge des cellules de Kupffer en mottes de pigment ocre donnant la réaction du bleu de Prusse : l’abondance de ces enclaves témoigne d’une active désintégration globulaire. ^

Nous avons noté que tous les animaux synthalinés, les normaux comme les dépancréatés, subissaient au cours de l’expérience et malgré'sa courte durée une perte de poids sensible.

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