‹ Titres et travaux scientifiques de Jacques MillotChapitre 9 sur 10 · B. - TRAVAUX DIVERS · texte numérisé non relu

B. - TRAVAUX DIVERS

L’Eosinophilie et l’apparition de corps de Russell chez les Batraciens, en métamorphose

Au couig de l’étude histologique de têtards de Rana temporaria de toutes les tailles, mon attention a été attirée par la présence régulière de nombreuses cellules éosinophiles, les unes typiques, - les autres atypiques, dans les téguments de certains individus. J’ai étudié ce pihénomène avec soin et j’ai vu que, s’il manquait chez les individus jeunes, il était absolument général chez lés animaux ayant commencé leur- métamorphose et se maintenait pendant toute la durée de celle-ci. J’ai alors entrepris des élevages en série pour préciser les conditions dans lesquelles il se produisait, et j’ai pu établir les laits suivants :

Chez la i)lupart des têtards en cours de métamorphose, on observe dans le péritoine et dans le tissu conjonctif sous-cutané trois sortes d’élémefits oxyphiles :

r des leucocytes éosinophiles typiques, absolument semblables à ceux qu’on observe en petit nombre chez le têtard plus jeune ; mais ils sont ici beaucoup plus abondants et forment dans certaines régions de véritables amas ;

2° des cellules éosinophiles histiogènes qui peuvent se distinguer . des éléments précédents par leur taille, un peu supérieure, et par l’irrégularité du nombre et des dimensions de leurs granulations, inégaler^aent réparties dans la cellule et ne la remplissant pas toujours complètement ;

3= des éléments contenant des enclaves éosinophiles anormales, très particulières, qu’on n’observe jamais chez les têtards plus jeunes .et qui appellent immédiatement la comparaison avec les corps dits de Rus.sell, décrits depuis longtemps chez l’Homme dans certains tissus pathologiques et retrouvés dans l’épiplopn du Lapin par Dubreuil et Favre. L’éosinophilie se montre absolument constante chez Ions les sujets examinés, bien que l’intensité du phénomène soit sujette à nuctuations et que l’abondance relative des trois types decellules que je viens de décrire varie suivant les individus considérés. Le stade- de la métamorphose où se trouve,le têtard a d’ailleurs

son importance : le double phénomène de l’apparition des corps de Russell et de l’éosinophilie, qui commence d’ordinaire plusieurs jours avant que les ébauches des pattes postérieures soient visibles sous la tégument, passe par un maximum au moment où, les pattes postérieures. étant çomplètemeùt sorties, la queue va commencer à régresser. Le phénomène décroît alors lentement jusqu’à la fin de la métamorphose et cesse lorsque celle-ci est comiplète. A partir de ce mo-, ment, la Grenouille ne présentera plus jamais de corps de, Russell, ainsi que j’ai pu m’en assurer par l’examen de nombreuses Rana teinporaria jeunes ou adulte^, prises dans les conditioris les plus diverses.

.t’ai pu retrouver dans les préparations presque toutes les formes de cellules à corps de Russell décrites par les auteurs. Le plus fréquemment, on rencontre des éléments ronds d’assez grande taille, à noyau toujours’excentrique, soit arrondi, soit ovalaire, soit mullilobé, parfois même double ou triple ; ils ctuitiennent un ou plusieurs globules hyalins, réfringents, coloràbles électivement par Léosine et par la fuchsine, dont le nombre et la taille très variables sont en raison inverse l’un "de l’autre. .l’ai pu assister à leur génèse à partir d’une assez grande cellule à protoplasme basophile qui peut être considérée

Figure 15. — Têtard en métamorphose : divers types de cellules à enclaves oxyphiles ; • en 1 et 2, corps de Bussell.

comme l’équivalent chez les Batraciens de la cellule plasmatique des • Mammifères.

Après m’être convaincu de la constance, de réosinophilie et de la fréquence de l’apparition des cellules a corps de Russell chez les têtards en métamorphose, j’ai essayé d’ohtenir ex,périmentalement des variations de ces phénomènes. Je n’y .suis point parvenu. J ai soumis des séries de têtards à des régimes alimentaires variés (-rarné exclusif, végétarien exclusif, etc...), en ai maintenu d autres à 1 obscuiité et dans d’autres conditions anormales sans jamais observer de modifications dans les phénomènes décrits plus- haut. Dans un seul cas, célui de's têtards soumis à un jeûne absolu, j’ai obtenu un résultât qui pouvait à première vue paraître positif ; ces animaux ne présentaient ni éosinophiles abondants ni coiips de Russell dans leurs tissus, alors que leurs contemporains en étaient pourvus. Mais l’action du jeûne avait en réalité porté sur la croissance des animaux dont le dé- ' veloppement était extrêmement ralenti. Aucun d’entre eux, au moment où les témoins bien nourris étaient transformés en grenouilles,^ ne présentaient de pattes postérieures. Le jeûne, qui avait empêché la métamorplhose, n’avait donc empêché que secondairement^ la réaction éosinophiliqiie de se produire. Celle-ci peut donc bien être considérée comme liée à celle-là d’une façon directe et le rapport qui les unit n’esf donc pas accidentel.

On peut en dire autant du rapport qui existe chez le têtard de Rana temporaria, entre l’éosinophilie et la formation du corps de Russell.^ Ces''deux phénomènes, lorsqu’ils coexistent, sont contemporains. Les cas où l’éosinophilie apparaît seule encouragent, me semble-t-il. à considérer la production de corps de R.ussell comme urte modalité acces- ■ soire du processus général et constant d élaboration de substance oxyphile. si actif au cours de la métamorphose. La substance éosinophile qui .prend le plus souvent la forme de petites granulations égales, peut apparaître pendant cette période sous une forme nouvelle, celle de sphères homogènes de taille variable, souvent' considérable Le faitque les cellules à corps de Russell dérivent d’éléments qui sont très probablement aussi à l’origine des éosinophiles histiogènes donne une base histologique à cette manière de voir.

Les observations que je rapporte confirment entièrement la théorie de MM. Dubreuil et Favre qui établit chez les Mammifères la parenté des deux sortes de cellules. Elles permettent aussi de reconnaître aux corps de Russell un caractère de généralité zoologique qui leur manquait jusqu’à présent, puisqu’ils n’avaient été signalés que

chez les Mammifèrés (Hommes Lapin)Enfin elles montrent pour la première fois leur présence dans un cas non exceptionnel et noii pathologique. On les avait décrits dans des tumeurs, dans l’épiploon enflammé. Chez le têtard, leuz' présence est la règle et accompagne un phénomène cataclysmal, il est vrai, mais physiologique, la métamorphose. ■ ■ '

On peut espérer que .ces observations, concernant fort heureusement des animaux dont l’étude en série est facile et qui se prêtent particulièrement à l’expérimentation^ aideront à élucider le problème de l’éosinophilie ; il semble en tous cas certain qu’elles ont contribué à l’élargir. .

Sur les Guêpes {Polisles Gallicus) itifestées-par les Xenos

Dans ce travail, fait en collaboration avec lé Professeur'E. Rabaud, nous avons étudié les modifications dues à la- présence d’un parasite dans les tissus de son hôte : nous avons utilisé comme matériel de recherche un certain nombre de Polistes gallicus Fabr. infestés par des Xenos il nous paraissait intéressant de vérifier ou d’infirmer sur cet objet la théorie classique qui veut que le parasite exerce une inlluence élective sur l’appareil génital de l’hôte, et fasse de celui-ci un castrat parasitaire.

L’étude morphologique des ovaires nous a montré que ces derniers subissent le plus souvent chez le Poliste infesté une réduction appréciable. Cette réduction atteint bien moins la longueur de l’organe, qui reste sensiblement constante, que le diamètre des tubes ovariqués. L examen cytologique n’a-pu se faire de façon très approfondie en raison des fixateurs que les circonstances obligeaient à employer. Cependant, nous avons pu nous fendre compte que les ovocytes des sujets infestés étaient tout à fait pomparables à ceuS des sujets nor- ,maux et ne présentaient aucun signe nucléaire ou cytoplasmique de dégénérescence. Mais il nous faut remarquer qu’on ne rencontre, dans lès tubes des sujets parasités, que des ovocytes de faille petite ou moyenne, alors.que quelques-uns des renflements de l’ovaire pormal contiennent constamment des éléments de grande taille et plus évolués. La diminution de diamètre des tubes ovariques chez les Polistes infestés tient donc à la plus faible dimension des éléments qu’ils contiennent, non à une diminution du nombre de ceux-ci.

L’appareil digestif et l’appareil excréteur (tubes de Malpighi) des

I^listes infestés sont absolument comparables à ceux des sujets sains. Par contre, le système musculaire apparaît légèrement réduit.

Mais c’est le tissu adipeux qui nous a révélé les modifications les plus considérables ; elles nous ont permis, dans la majorité des cas, de faire sur coupes le diagnostic d’infestation : le corps adipeux, qui occupe presque tous les espaces laissés libres par les organes chez l’animal sain se trouve limité chez le Poliste stylopisé à un mince croissant périphérique tassé contre rhypoderme et à quelques îlots épars. Les cellules elles-mêmes ne sont pas touchées dans leur aspect : elles se. montrent comme à l’ordinaii’e riches en enclaves grais-, seuses, mais leur nombre est fortement diminué.

La réduction de volume du tissu adipeux nous a paru plus forte que celle qui porte’ sur les ovaires ; elle peut quelquefois atteindre 50 p. 100 ; il est intéressant de noter que la régression du corps adipeux est d’autant plus accentuée que la réduction de volume des ovaires est plus grande : l’action nocive du parasite sur l’hôte atteint parallèlement l’un et l’autre tissu.

En résumé, l’action de .Ycnos sur Polisles apparaît contrairement à cé qui avait été soutenu antérieurement à pi’opos d’autres Invertébrés, bien moins comme une action élective sur l’appareil génital femelle que comme une action générale, en quelque sorte banale, qui appauvrit l’être en produits nutritifs ou d’accumulation, au profit dë son parasite, touche principalement le tissu adipeux et n’atteint l’ovaire que secondairement, en tant que celui-ci peut être considéré, soit comme accumulateur, soit comme consommateur de produits nutritifs.

■Sur un Cy'sticercoïde nouveau parasite de Herpobdella atomaria

.le n’insisterai pas ici sur ce travail, fait en collaboration avec Ch Joyeux, concernant la découverte et l’étude d’un Taenia chez une petile Sangsue commune d'eau douce'. C’est le-deuxième Taenia décrit chez les Hirudinées. . ' •

Sur deux nouvelles méthodes de coloration

A la demande d’histologistes qui avaient vu mes préparations aux Congrès de l’Association des Anatomistes, j’ai publié deux méthodes de coloration inédites faciles à exécuter et très diflérenciatrices. Particulièrement applicables aux tissus riches en enclaves des Invertébrés,

' elles constituent aussi chez les Vertébrés des techniques de premier ordre pour les recherches concernant le pancréas, l’hypophyse, etc...

Sur l’utilisation en histologie des pièces conservées dans le formol pour la mise en évidence des graisses

Il était d’opinion courante que les fragments de tissus fixés et conservés quelque temps dans une solution d’aldéhyde formique restaient parfaitement jpropres à l’étude histologique des corps gras. J’ai eu l’occasion de me rendre compte qu’il n’en était rien, et cela au bout d’un temps relativement court ; les solutions formolées n’empêchent pas les corps gras de se transformer et de se détruire à l’intérieur des pièces qu’elles pénètrent. L’étude histologique comparée de fragments d’organes conservés dans le réactif et prélevés de quinze jours en quinze jours est très instructive à cet égard. Elle révèle essentiellement ; d’une part une diminution progressive des corps gras, graisses lieutres et lipoïd.es, allant jusqu’à leur disparition complète ; d’autre part une apparition ou une augmentation des acides gras libres décelés par la méthode de Fischler. Ces faits ont été vérifiés sur différents objets ; foies de divers Poissons, foies de Mammifères appartenant à des groupes variés, reins de Chats, de Chiens, etc... Seule la vitesse du phénomène varie suivant l’organe considéré. C’est en ce qui concerne le foie des Poissons qu’elle semble être la plus grande : à titre d’exemple, je signalerai ce que j’ai observé dans divers foies’ appartenant à des Syngnathes : sur les .pièces fraîches on voit dans les cellules hépatiques d’assez nombreuses enclaves osmiophiles. Après fixation pendant 24 heures dans le formol (solution commerciale) à 20 % et conservation pendant trois mois dans une solution de taux plus faible.(5’%), les cellules n’en contiennent plus trace.

Cherchant à expliquer le phénomène, j’ai envisagé diverses hypothèses, faisant intervenir une oxydation, une saponification, etc.?. Ses graisses disparues. Une seule a paru mériter d’être retenue : celle qu’un ferment, une lipàse, contenue dans le tishi, est cppable d’exercer son action malgré la présence d’aldehyde formique. Deux faits viennent indirectement à l’appui de cette manière de voir ; le premier est que la disparition des■ enclaves grasses est plus rapide pour des pièces dé Mammifères conservées à 35°-40° que pour celles qui restent maintenues à la température ordinaire. En second lieu, la de.struction des graisses tissulaires s’opère avec une vitesse inégale sui-

vant les organes. Ceux-ci étant fixés et maintenus dans des milieux absolument comparables, il est bien évident que la cause des variations doit être rapportée au fragment lui-même : ce fait peut servir dans une certaine mesure à appuyer l’hypothèse d’une action diastasique, lalipase du foie, celle du rein se montrant, on le sait, inégalement active.

Page 1