IV. — ENCÉPHALITE LÉTHARGIQUE
Note sur l’existence d’un foyer épidémique d’encéphalite léthargique à Alger. — Société médicale des hôpitaux de Paris, 5 mars 1920 (avec le Professeur Ardin-Delteil).
Nouvelles modalités cliniques de l’encéphaUte aiguë épidémique. Les formes choréiques. — Société
médicale des hôpitaux de Pkris, 5 mars 1920 (avec le , Professeur Ardin-Delteil).
Nouvelles modalités cliniques de l’encéphalite aiguë épidémique. Formes ambulatoires pouvant simuler les débuts de la paralysie générale. —
Société médicale des hôpitaux de Paris, 19 mars 1920 (avec le Professeur Ardin-Delteil et Derrieu).
L’encéphalite léthargique dont notre Maître M. le Professeur Ardin-Delteil avait déjà signalé l’apparition a Alger au début de l’année 1918 a donné lieu pendant V hiver 1919-1920 à une explosion épidémique qui se poursuit encore àl’heure actuelle. Dans une première note, nous en rapportons dix-sept observations recueillies en quelques semaines chez des malades habitant Alger et ses environs ou provenant de départements voisins, ce qui montre déjà l’importance et l’extension rapide de cette épidémie.
Ces cas se sont présentés avec l’allure clinique que l’on reconnaît généralement à cette affection et dans laquelle le début infectieux fébrile, la léthargie, les troubles ocu.
laires se sont associés de façon presque constante, mais dans des proportions variables suivant les malades. Nous ne nous étendrons pas plus longtemps sur ces faits actuellement bien connus.
Nous rappellerons seulement quelques particularités cliniques présentées par nos malades.
Tout d’abord le délire : il est pour ainsi dire constant ; souvent intense, à prédominance nocturne ; délire professionnel ou hallucinatoire ; délire quelquefois très précoce, pouvant précéder de 6 à 8 jours et même davantage les premiers signes caractéristiques de l’affection.
Nous avons noté chez certains malades une augmeniation du tonus musculaire ; chez l’un d’eux, cette hypertonie était à ce point généralisée qu’elle lui donnait un aspect soudé, rigide avec impassibilité du masque et fixité du regard rappelant à s'y méprendre 1 allure du parkinsonnien.
Plus fréquentes ont été les contractions musculaires involontaires : tremblement menu des extrémités rappelant celui des alcooliques, des paralytiques généraux, secousses musculaires à type myoclonique, mouvements choréiformes. Dans quelques cas, ces derniers se sont montrés avec des caractères tellement nets, ont revêtu une importance tellement marquée qu’ils donnaient à l’allure de la maladie un aspect particulier sur lequel nous avons par la suite insisté.
Signalons enfin le cas d’une de nos malades qui a réalisé de façon transitoire un syndrome thalamique nettement caractérisé.
Tels sont les faits d’encéphalite léthargique que nous avons observés. Ils nous ont permis de prendre contact
en quelque sorte avec cette affection, et partant d une base bien établie, de dépister ensuite des formes moins caractéristiques, dont nous avons à deux reprises signalé les modalités.
Nous avons tout d’abord insisté sur les formes choréique&-dont nous rapportons quatre observations. Tous ces malades, en même temps qu’un début infectieux fébrile, ont présenté une agitation choréiforme généralisée rappelant par ses caractères la chorée de Sydenham. Chez deux d’entre eux, les paralysies oculaires et la léthargie ont été nettement caractérisées ; chez le troisième, les paralysies oculaires ont été fugaces, disparaissant en vingtquatre heures ; la léthargie s’est montrée très atténuée, durant quarante-huit heures à peine ; enfin chez le quatrième, il n’y eut à aucun moment ni troubles oculaires, ni léthargie. Nops assistons donc aune dégradation progressive des signes qui jusqu’ici semblaient caractériser l’affection, tandis qu’au contraire, par leur précocité, par leur intensité, par leur durée, les mouvements choréiques ont occupé le premier plan de la scène clinique. Ces formes particulières d’encéphalite aiguë épidémique nous ont paru mériter d’être isolées sous le nom de formes choréiques.
Dans une troisième note, nous faisons allusion à une . autre modalité particulière que nous avons observée au cours de cette épidémie. Il s.’agit de trois malades, qui se présentaient au premier abord comme des paralytiques généraux : et l’on notait chez eux de troubles psychiques avec état démentiel, affaiblissement intel-
lectuel, perte de mémoire, désorientation dans leterhps et dans l’espace ; des troubles moteurs avec diminution légère de la force musculaire, tremblement menu des extrémités, trémulation fibrillaire des lèvres et de la langue rendant la parole hésitante, bredouillante, en somme un ensemble de signes rappelant quelquefois à s’y méprendre la maladie de Bayle.
Mais à les examiner de plus près on s’apercevait que ces phénomènes s’étaient installés de façon rapide, après une période infectieuse de courte durée ; on était frappé de les voir apparaître en série, ces malades étant entrés dans nos salles à quelques jours d’intervalle,, comme s’il s’était agi de quelque maladie épidémique; la réaction de W. recherchée dans le sang et dans le liquide céphalorachidien restait négative; enfin, l’évolution ultérieure, la régression rapide de ces phénomènes achevaient de caractériser cette forme particulière d’encéphalite. Sans doute il s’agissait bien d’encéphalite diffuse, mais dans laquelle le tréponème n’intervenait pas et qu’il fallait rattacher au virus, jusqu’ici inconnu, de l’encéphalite aiguë épidémique.
Ces -faits étaient intéressants à signaler. Ils nous montrent que l’encéphalite déborde du cadre étroit où on l’avait anatomiquement située. Si le mésocéphale représente la localisation élective du virus qui la détermine, il faut admettre qu’il n’en constitue pas la localisation exclusive et que celle-ci peut largement déborder son territoire pour s’étendre à l’encéphale tout entier.