‹ Titres et travaux scientifiques du Dr Maurice RenaudChapitre 5 sur 19 · II. — PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

II. — PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE

11. Études sur la croissance. — Au début de ma vie scientifique, je m’étais engagé dans l’étude du mécanisme de la croissance des tissus.

C’est un des champs les plus mystérieux de la biologie et dont l’exploration est des plus délicates et des plus ardues. Les seules

notions que j’ai pu éclaircir ont été exposées dans ma thèse inaugurale sur les Aplasies Traumatiques (op. 6).

J’y ai étudié cliniquement, anatomiquement et expérimentalement, ces curieuses infirmités, bien connues des chirurgiens d’enfants, secondaires à des lésions traumatiques ou inflammatoires survenues dans l’enfance, et qui, malgré leur caractère transitoire et leur complète cicatrisation, entraînent des troubles du développement d’un type spécial tout différent de celui des atrophies.

L’analyse anatomique et la reproduction expérimentale de ces aplasies m’ont montré qu’elles étaient bien dues, en l’absence de tout processus dégénératif, ainsi que l’avait déjà ditM. Klippel, à une diminution du coefficient d’accroissement par limitation des multiplications cellulaires.

Mon orientation ultérieure vers des problèmes plus nettement médicaux m’a détourné longtemps de ces questions de physiologie et de philosophie scientifique.

je m’y suis cependant trouvé ramené dans ces dernières années par l’étude de l’histogénèse des néoplasies, et des phénomènes d’involution sénile auxquels j’ai maintenant tendance à rattacher l’évolution de maintes scléroses viscérales.

ni. PROCESSUS INFECTIEUX

Conditions générales de leur Evolution. Immunisation.

C’est autour de l’étude des maladies infectieuses qu’ont gravité la plupart des manifestations de mon activité médicale.

J’avais compris, intuitivement d’abord, puis explicitement à mesure que se précisaient mes connaissances, que la maladie infectieuse joue dans la pratique de la médecine le rôle de beaucoup le plus considérable.

12. Processus Evolutifs et Maladies Accidentelles. — Une idée m’est devenue particulièrement chère, et se dégageant peu

à peu;, sert maintenant de, pivot à mon système de philosophie médicale. C’est à savoir qu’il y a des troubles morbides de deux categories les uns nécessaires, conditionnés par la nature même des processus biologic[|Ues et la constitution de la matière vivante ; les autres accidentels, déterminés par l’action fortuite d’agents pathogènes divers.

Ces derniers forment seuls le domaine de la médecine, parce qu’ils sont évitables et modifiables, alors que les premiers, échappant à toute action, ne peuvent être que la matière d une science où tout- se borne à la compréhension et à la coordination des phénomènes.

13. Le Rôle de l’Infection dans la Pathologie Humaine. — La part de l’infection dans les maladies acquises est considérable, mais nous sommes loin de savoir fixer exactement les limites de son influence.

Le désir de séparer ce qui est infectieux de ce qui ne l’est pas se retrouve dans un grand nombre de mes travaux.

J’ai cherché à préciser le rôle des infections anciennes, réveillées après une longue phase de latence dans la genèse des inflammations d’affections chirurgicales telles que les cholécystites et les ulcères de l’estomac (op. 74 et 124).

Je me suis efforcé, d’autre part, de séparer les processus involutifs des scléroses viscérales des processus de cicatrisation des lésions d’origine infectieuse (op. 119) réduisant ainsi le rôle pathogénique de certaines maladies, et particulièrement de la syphilis.

14. L'Infection chez le Nourrisson. — En revanche, j’ai montré que l'infection joue, dans les premiers temps de la vie, UH rôle primordial, que l’infection bactérienne est responsable de la plupart des syndromes pathologiques que présentent les nouveau-nés dont les troubles gastro-i-nteslinaux sont généralement, non pas primitifs, ainsi que. l’ont accepté jusqu’ici les pédiatres français, mais secondaires.

La conception des états, infectieux du nourrisson, telle que j,e l’ai exposée et défendue dans de nombreuses publications,, est une notion d’une importance considérable. L’application des directives qu’elle impose à la pédiatrie, et plus encore à la puériculture, est riche des plus heureuses conséquences,, ainsi qu’on le verra, plus loin.

15. Le mécanisme de l’infection. — Le déterminisme des états infectieux, l’enchaînement des accidents qu’ils provoquent, les réactions organiques auxquelles ils donnent lieu, ont longuement retenu mon attention- Leur étude a accaparé toute mon activité durant les, années. 1910 à 1914, alors q,ne je poursuivais les recherches qui ont abouti à mes publications sur le vaccin typhique irradié où le parallèle fait apres des observations minutieuses entre l’infection par le virus vivant et l’intoxication causée par le virus tué m’a fait pénétrer très avant dans le mécanisme de l’infection et des processus d’immunisation, et conduit à formuler la doctrine des vaccinothérapies non spécifiques (op. 21).

Deux idées se sont dégagées de tous ces travaux qui, an point de vue doctrinal et pratique, se sont montrées des plus fécondes.

C’est d’abord la notion que le. dogme de la spécificité n est que relativement vrai, et que les caractères généraux des-phénomènes biologiques dépassent toujours en importance les eaiactères étroitement spécifiques.

C’est ensuite, que, dans les processus infectieux, la localisation des lésions joue le rôle prépondérant pour la détermination de l’évolution, de la durée et de la gravité de la maladie.

Dans toutes mes études sur les maladies infectieuses, j’ai bien moins cherché a séparer les phénomènes,, à les distinguer d’après des nuances, suivant la tendance des bactériologistes, qu’à comprendre ce qui est commun à tous et à saisir le mécanisme général des grands processus qui se déclenchent, au cours de toute infection, pour la limiter dans les organes par l’inflammation, ou pour aboutir à un état humoral d’immunité.

16. Les conditions cliniques de l’évolution des états infectieux. — Ces notions théoriques, puisées dans, l’observation des réactions humorales et. dans les. études expérimentales,' m’ont fait envisager, sous un angle spécial, l’évolution des maladies infectieuses et poser pour leur traitement des principes généraux très sûrs.

J’ai compris qu’il fallait chercher la cause des différencesdans la marche et la gravité des infections beaucoup moinsdans la qualité des germes que dans des facteurs accidentels qui dépendent presque tous des conditions dans lesquelles sont soignés les malades.

On verra que, dans mes travaux sur les-pleurésies purulentes,

les pneumopathies et les otites, j’ai pu négliger presque systématiquement le côté bactériologique de la question.

J’ai pu montrer que, dans les conditions actuelles, les maladies infectieuses ne sont pas graves en elles-mêmes, et qu’il n’y a que des formes accidentellement aggravées de ces maladies. Le but du médecin doit donc être de prévenir l’action des facteurs secondaires d’aggravation. Mes statistiques sur les rougeoles, les pneumopathies, les pleurésies purulentes ont illustré mes conceptions.

17. Le Traitement des Etats Infectieux. — Elles ont en effet établi que les directives thérapeutiques les plus simples sont les meilleures puisqu’elles sont admirablement efficaces.

La propreté, l’hygiène, la balnéation froide, dont je suis un des fervents champions, la diète, sont des éléments de traitement qui suffisent dans la grande rnajorité des cas.

L’organisation des soins, la discipline, la régularité, sont les facteurs essentiels des succès thérapeutiques.

Quand la maladie ne guérit pas, il en faut chercher la raison dans la présence d’une lésion inflammatoire locale qui comporte ses indications thérapeutiques propres.

Ce n’est qii’exceptionnellement, et dans des conditions toutes particulières, qu’il deviendra convenable de stimuler artificiellement l’organisme par des moyens thérapeutiques appropriés.

J’ai été le premier à proposer, en pareil cas, l’injection de vaccins bactériens et de sérum adrénaliné intra-veineux.

Vaccins et Vaccinothérapie.

Dans une période qui était celle des premiers travaux de Wrigt, j avais entrepris l’étude des processus d’immunisation pour en tirer comme lui des applications thérapeutiques.

18. Vaccins Irradiés. — La critique des vaccins chauffés me conduisait à considérer bientôt comme le meilleur et le plus simple des vaccins la suspension dans l’eau de bactéries soumises à l’action des rayons ultra-violets (op. 20).

L’expérimentation établissait que les bactéries irradiées, tout en n’étant plus vivantes, conservaient leurs formes exactes, leurs propriétés physiques et chimiques, qu’elles étaient aisément

résorbables et se comportaient comme d’excellents antigènes.

L’étude comparée du virus et du vaccin irradié montrait que la toxicité et l’action sur l’organisme de l’un et de l’aulre étaient identiques. A la suite des injections de vaccins, toutes les réactions qui accompagnent et probablement conditionnent l’établissement d’un état d’immunisation (leucocytoses, formation d’agglutinmes, d’opsonines, etc.) se font plus rapidement et plus régulièrement après l’injection de vaccin qu’après celle de virus.

19. Vaccin Typhique Irradié. — Ces études expérimentales aboutissaient au moment même où MM. Chantemesse et Vincent commençaient leur campagne en faveur de la vaccination antityphique et apportaient pour elle un appui théorique important. Au Congrès de Médecine de 1912, où fut discutée la question de l’opportunité et de l’efficacité de la vaccination antityphique préventive, je me trouvais en mesure d’atfîrmer qu’un individu vacciné doit être, au point de vue de son immunisation, considéré comme un ancien typhique, qu’une seule injection de vaccin irradié suffit à conférer une immunisation permanente et que la vaccination antityphique préventive, toujours efficace, ne saurait être dangereuse.

Ce sont des conclusions que toute l’expérience ultérieure a pleinement confirmées.

20. Vaccinothérapie non spécifique. — Vers la même époque, la pratique des injections de vaccins dans les affections les plus diverses m’obligeait à reconnaître la valeur inégale des différents vaccins en tant que moyens capables de déclencher les processus d’immunisation. Je devais bientôt constater que quelques-uns d’entre eux, ceux par exemple qu’on prépare avec les cocci pyogènes, ne donnent presque pas de réactions utiles.

D’autre part, j’observais que les résultats thérapeutiques étaient en rapport bien plus avec l’importance des réactions organiques qu’avec la spécificité des vaccins employés. En outre, la rapidité avec laquelle les plus remarquables d’entre eux étaient obtenus excluait l’idée d’immunisation.

■En opposition avec les conceptions de Wrigt, qui cherchait à obtenir une immunisation spécifique par l’injection de bactéries aussi identiques que possible à la bactérie causale et se trouvait

amené à utiliser des vaeoins sans valeur antifénique, je ilinissais par ne plus injeeter, -en loutes circoinstanoes, qu’un vaccin à action antigénique certaine, tel que le vaccin tj’pMqne. ■

J’abandonnais ainsi complètement le do^me 4e la spécificité et je traitais les affections les plus oiiverses,, de tyipe aigu, subaigu <ou «chronique, par le vaccin typhique irradié et j’obtenais les plus beaux succès thérapeutiques qui aient jamais été observés.

Cela me conduisait à formuler une doctrine générale sur l’immunisation et les réactions organiques dans les maladies infectieuses, que tout «ce que nous avons appris dans ’Oes dernières années sur l’injection parentérale des .albumines capables de provoquer des chocs a pleinement oo.nfirmée (1).

C’est en déduction de ces conceptions que j’ai préconisé l’injection intra-vedneuse de sérum-adrénaline pour le traitement des infections graves, à pronostic désespéré, méthode thérapeutique qui a donné des résultats constants et merveilleux et dont je reparlerai à propos des pneumopathies.

J’en ai tiré plus directement encore l’idée de la vaccination systématique des nouveau-nés par le vaccin typhique.

21. Vaccination systématique précoce du nourrisson par le vaccin typhique. — Puisqu’il existe un ensemble de réactions humorales et tissulaires commun à toutes les maladies infectieuses et à tous les processus d’immunisation, j’ai pensé qu’il serait convenable que la première réaction anti-infectieuse de l’organisme se fît à l’égard de substances exactement dosées, à action transitoire et inosiipables de devenir nocives. Il y a en effet intérêt à entraîner l’organisme des jeunes sujets à réagir à des actions pathogènes artificielles, afin que le premier contact avec la maladie infectieuse elle-même ne soit pas pour lui une

(1) Mes travaux, sur ce point comme sur tant d’autres, ont été d’abord très froidement accueillis, pour ne pas dire plus.

La justesse de leurs conclusions a fini cependant par s’imposer e t s’ils n’ont pas été toujours aussi amplement cités qu’ils auraient dû être, ils n’en ont pas moins influencé nombre de travaux ultérieurs.

Qu’on me permette de citer ici la façon dont M. Kopaczewski les juge dans son livre sur la Pharmacodynamie des Colloïdes, t. II, p. 7 (Doin, 1925) ; « Rendons justice à M. Renaud qui, dès 1911, a signalé l’action aspécifique du vaccin typhique. 11 est regrettable que ce travail soit resté inaperçu, ce qui a permis à Kraus de s’attribuer trop hâtivement (sept ans plus tard) la découverte d’action non spécifique des vaccins, etc. «

surprise dont les conséquences risquent d’être désastreuses.

La vaccinalion systématique du jeune nourrisson, dans les conditions où je l’ai préconisée, répond à ce double but. Elle présente beaucoup d’avantages et n’olffre, ainsi qu’une large expérience l’a déjà prouvé, nul inconvénient (op. 63).

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