Observation de karyokinèse dans l’épiderme des mammi
fères adultes (en collaboration avec le 'professeur Mathias-Düval : Société de Biologie, 20 mars 1886).
En appliquant un vésicatoire sur la peau des cobayes, nous avons observé les phénomènes suivants, relatifs aux modifications de l’épiderme.
L’irritation expérimentale provoquée par le vésicatoire détermine dans l’épiderme, outre la production de sérosité, une hypertrophie considérable des cellules qui composent la portion profonde du corps muqueux. Chaque élément en particulier acquiert un volume double, ainsi que toutes ses parties constituantes. En même temps, les filaments ou granulations nucléaires deviennent plus abondants : ils se groupent et présentent tous les phénomènes qui caractérisent la division indirecte des cellules en général.
Il semble légitime de conclure de ce processus que c’est ainsi que se fait la régénération normale de l’épiderme. Dans les conditions ordinaires, cette recherche est très difficile, vu l’exiguité des éléments et le petit nombre de cellules en travail de multiplication; et, de l’aveu de Flemming lui-même, il faut examiner nombre de coupes de peau normale pour rencontrer quelques exemples de division indiscutable.
5o. — Sur le lieu et le mode de formation du pigment cutané chez les mammifères (Société de Biologie, 12 mars 1887).
Nombre d’auteurs ont avancé vers 1884 que le pigment cutané ne se formerait pas dans l’épiderme, mais qu’il aurait une origine purement mésodermique ou vasculaire. Dans la plupart des cas, les globules blancs se chargeraient des granulations pigmentaires des vaisseaux ou du derme et les amèneraient aux cellules épidermiques.
En étudiant le lieu et le mode d’apparition du pigment chez l’embryon des mammifères à peau colorée, j’ai pu établir que les cellules épithéliales de l’épiderme produisent elles-mêmes le pig-
ment qui les imprègne plus tard. On voit, en effet, que, dans les conditions normales de l’évolution, le pigment apparait chez les mammifères dans les couches profondes de l’épiderme et de ses dépendances (poil), avant qu’il n’en existe dans le derme. D’où la conclusion que, dans le développement normal, les cellules épithéliales sont aptes à élaborer la substance pigmentaire qui les imprègne. Il est fort probable que plus tard, chez les animaux adultes, les mêmes éléments continuent à être le siège d’un processus identique. Cependant la présence d’éléments pigmentés dans le derme nous indique que les mammifères possèdent, il est vrai à un degré moindre, des cellules conjonctives pigmentaires analogues aux chromoblastes. Il est possible, quoique je n’aie pas observé le fait, que certaines cellules mésodermiques pigmentées s'avancent et pénètrent par migration dans l’épiderme et les poils.
Ce mode d'élaboration du pigment par les cellules qui le renferment avait été vu par Coenil et Ranviee en pathologie; je l’ai signalé le premier, dans les tissus normaux, pour les cellules épithéliales d’une part, pour les cellules mésodermiques de l’autre. Le fait a été amplement confirmé dans ces deux dernières années par les recherches de Jaeisch, Schwalbe, Post *, sans que ces auteurs aient eu connaissance de mon travail, sauf Schwaebe, qui seul est au courant de la question.