F. — ANATOMIE GÉNÉRALE ET COMPARÉE
S2. — Des phanères chez les vertébrés et de leurs tissus producteurs. Mémoire d’histologie et d’embryologie comparées avec 20 figures dans le texte {Bibliothèque de l'École des Hautes-Études, section des Sciences naturelles, t. XXXIII, art. 3).
Dans ce mémoire qui comprend 1S7 pages, j’étudie ces organes de perfectionnement de la peau et des muqueuses dermo-papillaires que Rlainville a englobés sous la dénomination de pAanères. Ce sont, chez les mammifères, les papilles, les poils, les cornes, les ongles, les griffes, les odontoïdes, les fanons, les plaques cornées, etc. ; chez les oiseaux, les écailles, le bec, le gésier, \es plumes ; chez les reptiles, les écailles; les dents des divers vertébrés et les écailles des poissons osseux et cartilagineux.
Voici les résultats généraux que fournit l’ensemble de cette étude : Les téguments des vertébrés vivant dans l’atmosphère, dans un milieu sec, subissent de bonne heure, généralement pendant la vie fœtale, des modifications qui consistent essentiellement dans la formation de papilles à la surface de la peau et dans la transformation des couches épidermiques superficielles en une couche cornée. Ces saillies dermiques constituent ainsi la première ébauche des phanères. Lisse à l’origine, la surface du derme se hérisse peu à peu d’élévations, à formes variées, mais qui ont pour but de multiplier l’étendue nutritive et sensitive des téguments. Quand ces saillies figurent des prolongements assez allongés pour que l’épiderme ne puisse plus combler les intervalles, nous assistons à l’évolution des odontoïdes à proprement parler. Avec ce développement notable du tissu mésodermique coexiste l’évolution plus avancée de l’épiderme qui recouvre ces phanères d’une véritable couche cornée. Nous retrouvons ces organes dans les régions et sous les aspects les plus différents, aussi bien chez les mammifères que chez les oiseaux et les reptiles. Chez les
premiers, ils constituent les épines cornées qu’on rencontre sur le gland de certains carnivores, les papilles cornées de la langue et les lamelles cornées de la voûte palatine des ruminants et des carnivores, ainsi que les fanons des baleines. Les phanères homologues sont représentés par les dents et les lamelles cornées du bec, par les plaques cornées du gésier, par les écailles des pattes, chez les oiseaux, et par celles des téguments, chez les reptiles. Le tissu mésodermique phanérophore commence, dans tous ces organes, par du tissu mésodermique embryonnaire et devient peu à peu du tissu conjonctif ordinaire, accompagné d’un réseau élastique.
Dans certaines régions, la constitution de ces phanères reste la même; mais, comme ils deviennent des organes offensifs ou défensifs, on remarque que le tissu conjonctif du centre évolue de façon à constituer une charpente osseuse. Celle-ci est, dans certains cas, en continuité avec les pièces squelettiques. Exemples : cornes des ruminants, éperon du coq, écailles des tortues, etc. Dans d’autres, la plaque osseuse des phanères reste indépendante du squelette interne (bouclier des tatous, certains écussons dermiques des crocodiles).
En passant des scutelles et des écailles des oiseaqx et des reptiles aux phanères qui garnissent et arment les extrémités digitales, on remarque que les ongles, les griffes et les sabots débutent également par des plis ou par des invaginations de l’épiderme. En s’enfonçant dans le mésoderme, ces replis délimitent des surfaces dermiques sur lesquelles il se produira de la substance cornée très dure. Ici encore nous voyons le tissu phanérogène commencer par un tissu mésodermique embryonnaire qui, par suite, deviendra fibreux dans sa plus grande épaisseur, sauf à la surface mésodermique où il conservera les caractères du tissu conjonctif plus jeune.
Nous arrivons maintenant aux phanères les plus complets des vertébrés : nous voulons parler des poils, des plumes et des dents. Malgré les différences notables dans leur configuration et leur composition à l’état de développement complet, leur évolution embryonnaire est la même : l’origine est représentée le plus souvent par une éminence mésodermique dans laquelle pénètre
un cordon ectodèrmique. Bientôt le mésoderme entoure ce cordon plus ou moins de tous côtés [follicule pileux, plumeux ou dentaire), puis il soulève le fond du bourgeon épithélial en produisant la papille pileuse, 'plumeuse ou dentaire. En ne considérant que ce stade initial et le lien qui rattache les ongles aux poils, on pourrait répéter avec les philosophes de la nature que les dents ne sont que les ongles du squelette intestinal.
Mais, eu égard au milieu dans lequel se développe l’un ou l’autre de ces organes, nous voyons le follicule rester ouvert à la superficie (poil, plume) ou constituer un sac (dent). La paroi conjonctive du follicule restera à l’état de tissu conjonctif plus ou moins développé pour les deux premiers phanères, tandis que, pour le troisième, le tissu phanérophore évoluera de façon à devenir tissu osseux (cément) en passant chez certains animaux par le stade cartilagineux. La papille restera, pendant toute l’existence, à l’état de tissu conjonctif jeune (poil, plume), ou bien ses couches superficielles subiront des transformations parallèles à celles de la substance osseuse (dentine), le bourgeon épithélial continuera à produire des couches cornées, comme dans les odontoïdes ou les ongles (poil, plume), ou bien il élaborera les prismes de l’émail. Le mécanisme de ce développement est identique, mais les résultats diffèrent.
53. — Sur la génération des cellules de renouvellement de l’épiderme et des produits épithéliaux [Comptes rendus de l'Académie des sciences, 19 février 1883).
Quand on traite, par des acides ou des solutions alcalines, les couches cornées de l’épiderme qu’on regardait comme constituées par des cellules privées de noyau; si 'on lave ensuite et si on colore avec les réactifs colorants, il est facile de mettre en évidenee la présence de noyaux (plus ou moins ratatinés) dans les cellules cornées. La couche cornée résulte donc de la transformation de toutes les parties des cellules malpighiennes. Kôlliker [Histol., 1889, p. 197), qui antérieurement avait nié le fait, incline actuellement à penser qu’il existe des noyaux dans les cellules cornées.