Bourses séreuses et cavités péritendineuses
82. — Sur le développement des cavités closes tendineuses et des bourses'muqueuses (G, R- de la Société de Biologie, 1896, p. 70).
83. — Développement des tissus conjonctifs muqueux et réticulé
{Ibid., 11 Janvier 1896, p. 47).
84. — Sur le développement morphologique et histologique des bourses muqueuses et des cavités péritendineuses {Journal de l’Anatomie et de la Physiologie, 1896, p. 236, avec 3 figures dans le texte et 1 planche).
Dans ces publications, j’expose le résultat de mes recherches : 1« sur le développement morphologique des 'bourses muqueuses et des cavités péritendineuses ; 2” sur les phénomènes histologiques qui président à l’établissement de ces cavités.
J’ai choisi, comme objet d’études, les pattes abdominales du lapin. il est facile de se procurer des embryons frais à tous les stades de
développement ; de plus, le tendon d’Achille présente à son extrémité distale une double bourse séreuse, l’une, achilléo-plantaire, située entre le tendon d’Achille et le plantaire grêle, et l’autre, achilléo-calcanéenne, siégeant entre le tendon d’Achille et le calcanéum.
Sur les jeunes embryons, la surface du tendon n’est pas libre ; elle est continue avec du tissu conjonctif lâche qui la relie au tissu environnant. Ce fait s’observe sur le tendon d’Achille, sur celui du plantaire grêle et les divers tendons fléchisseurs. Avec l’âge, le tissu conjonctif lâche qui entoure immédiatement le tissu dense du tendon devient clair, prend un aspect muqueux; puis on y voit apparaître des espaces vides qui continuent à être cloisonnés quelques temps encore par des trabécules protoplasmiques anastomosées. Aux points nodaux de ce réticulum protoplasmique persiste un noyau. Plus tard, les fdaments du réticulum protoplasmique disparaissent également; les restes cellulaires deviennent libres pour s’atrophier finalement. Les bourses séreuses et les cavités péritendineiises sont donc des formations secondaires; elles succèdent à un tissu plein; elles résultent d'une évolution spéciale du tissu conjonctif, qui, à l'origine, soudait les tendons aux parties périphériques.
Pour m’éclairer sur cette évolution spéciale du tissu conjonctif, j’ai dû remonter au premier développement et à la structure du tissu mésodermique des membres. Dans des membres naissants, la forme primordiale du tissu mésodermique est représentée par des cellules dont le protoplasma, homogène et transparent, se teint énergiquement par l’hématoxyline ou la thionine.
Par rapport aux noyaux, le protoplasma est fort peu abondant. De plus, il est impossible de distinguer de limites entre le protoplasma situé entre deux noyaux voisins. La forme primordiale du tissu conjonctif est ainsi constituée par une masse de proloplasma commun et à nombreux noyaux. L’examen des divisions cellulaires, très nombreuses dans ce tissu, apporte une nouvelle preuve à l’appui de cette conclusion : au moment de la division mitosique, les modifications structurales (zone claire périnucléaire) s’étendent jusqu’au milieu de l’intervalle compris entre le noyau qui est en division et les noyaux voisins qui ne le sont point.
Ces faits sont en contradiction avec la théorie classique qui veut que le tissu conjonctif doit son origine à des cellules libres {embryonnaires, lymphatiques, indifférentes ou mésenchymateuses). La forme primordiale du tissu conjonctif n’est nullement représentée par des cellules simplement juxtaposées ou réunies par une substance muqueuse ou intercellulaire. C’est, au contraire, un protoplasma commun qui réunit les noyaux. L’évolution ultérieure fournit des nouvelles preuves en faveur de cette manière de voir.
A mesure que le protoplasma internucléaire s’accroît, il se différencie : 1“ en une zone périnucléaire, très colorable par l’hématoxyline et des prolongements semblables qui s’anastomosent entre eux, et 2° en un protoplasma transparent et peu colorable.
Si l’on désigne sous le nom de chromophiles les portions protoplasmiques qui ont de l’élection pour l’hématoxyline et la thlonine et sous celui d’hyaloplasma le protoplasma peu colorable qui est compris dans les mailles chromophiles, on peut caractériser le deuxième stade du tissu conjonctif en disant qu’il est formé par un complexus cellulaije à réticulum chromophile et à mailles pleines d'hyaloplasma.
Sur les embryons de lapin longs de 2 jusqu’à 3 centimètres, le tissu qui occupe la place des futures cavités séreuses du tendon d’Achille et des tendons fléchisseurs des doigts est déjà constitué par du tissu conjonctif à réticulum chromophile et à mailles pleines d’hyaloplasma.
Dans ce tissu plein surviennent peu à peu des modifications structurales qui portent d’abord sur l’hyaloplasma. Celui-ci augmente de volume et se transforme en une substance à apparence muqueuse [gélatine de Wharton), qui devient de plus en plus fluide. Par places, elle se résorbe et des vides ou vacuoles apparaissent dans le tissu réticulé. Les espaces vides ou lacunes s’étendent rapidement, et, au tissu réticulé plein succède ainsi un tissu réticulé dont les mailles vides continuent à être traversées par les fils chromophiles : c’est le troisième stade d’évolution du tissu conjonctif ou tissu réticulé à mailles vides. Retenons, en passant, que les lacunes ainsi développées sont lacunes intracellulaires.
Enfin, le réticulum chromophile lui-même s’atrophie ; le noyau et les portions périnucléaires du protoplasma deviennent libres sous la forme de globules blancs. De cette façon disparaît tout un territoire de tissu conjonctif auquel succède ainsi une bourse séreuse ou une cavité péritendineuse.
Cette fonte protoplasmique s’étend jusque sur la portion interne ou libre des cellules superficielles de la bourse séreuse ou de la gaine fibreuse du tendon. La cavité reste, par suite, limitée par la zone périnucléaire de ces cellules nucléées qui, du côté adhérent, conservent la structure et les connexions des cellules conjonctives ordinaires. Ces cellules superficielles, après avoir ainsi perdu, par fonte, une portion du corps cellulaire deviennent les cellules endothéliales ou de revêtement de ces cavités.
Velpeau a bien vu, dès 1843 que, dans le principe, les os, les tendons et leur étui fibreux ne font qu’un seul et même corps ; mais, ignorant l’évolution des tissus, il rapporta la formation des cavités séreuses et .des cavités closes tendineuses à l’action des contractions musculaires. A l’époque où ces cavités se développent chez l’embryon, les muscles nie sont pas encore capables de se contracter, et, si des contractions se produisaient, elles ne seront certes pas assez énergiques pour que les frottements de leurs tendons puissent creuser des cavités. Ces cavités sont le fait d’une évolution spéciale du tissu conjonctif ; au lieu d’élaborer des éléments solides, ce protoplasma des cellules conjonctives prend de moins en moins de consistance, se convertit en une sorte de gélatine qui se fluidifie et se résorbe très rapidement.
En disparaissant ainsi, tout un territoire conjonctif disparaît et l’espace qui prend sa place est la séreuse ou cavité close tendineuse.
P. Domeny {Archiv f. Anat. u. Entwick, 1897, Anat. Abth.) a repris le développement des bourses muqueuses et confirme de tous points mes résultats : la cavité séreuse ou muqueuse est le résultat de modifications cellulaires d’un tissu conjonctif identique à celui qu’on observe dans les autres régions du corps.